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Il n?est pas mort le poète
On croit que la poésie ennuie forcément. étiquetée, étouffée sous une tonne de préjugés, elle est mal-aimée parmi ses frères, les autres genres littéraires. Le choix d?Indradhanush, celui de consacrer un numéro entier à Léoville L?Homme, affublé du titre ronflant de ?premier poète national? est l?occasion rêvée de se souvenir que sans les fulgurances du langage, cette verve faite verbe, c?est un pan de nous-mêmes que nous dédaignons en faisant la grimace devant des vers frétillants.
Évidemment, tout commence à l?école. Si les romanciers ont fait une timide apparition au cursus, les poètes attendent encore que l?on veuille bien les laisser chanter. Est-ce parce qu?il y a pénurie de textes poétiques à Maurice ? Cela est impossible.
Si le nom d?Edouard Maunick nous vient spontanément en tête, cédons la place à Jean-Louis Joubert, professeur à l'université de Paris-XIII et auteur d?études et anthologies consacrées aux littératures francophones, pour qu?il nous donne la pleine mesure du caractère prolifique de la production contemporaine.
Pourquoi lui demandez-vous ? Tout simplement parce que Jean-Louis Joubert signe La poésie mauricienne aujourd?hui, article fraîchement paru dans Francophonia. Cette revue littéraire italienne à diffusion internationale consacre sa présente édition, le n° 48, à La littérature mauricienne de langue française.
Jean-Louis Joubert y énumère à tour de bras les univers poétiques divers et dissemblables, qui nous parlent pourtant de nos semblables. Une liste, qui après le clin d??il de rigueur à Malcolm de Chazal et au maître Robert Edward Hart, s?attache au ?lyrisme violemment elliptique, saturé d?images flamboyantes, habité par la subtile rythmique de la langue maternelle créole? d?Edouard Maunick.
Procédant de manière systématique, Jean?Louis Joubert brasse les années 50 à nos jours pour nous rappeler que l?inspiration poétique a produit aussi bien des météores tels Pierre Renaud, Jean Claude d?Avoine ou Raymond Chasle.
Comme des ?uvres?galaxies à l?immensité pas encore totalement explorée.
Le critique s?attache notamment aux démarches de Khal Torabully et de Vinod Rughoonundun. Son analyse le conduit à signaler que chez l?un, ?il ne s?agit pas de revenir aux langues des ancêtres mais d?inventer une langue qui en conservera des traces fécondes et que l?on pourra habiter dans le présent et l?avenir?. Alors que chez l?autre, ?la poétique est marquée par les habitudes langagières du créole (?).? Le poète a su éviter les écueils du sentimentalisme ou de l?engagement véhément qui guettent tant de poètes débutants.
L?excuse de la quantité, encore moins de la qualité, ne tient plus. Encore moins celle du renouvellement de cette production littéraire.
Nous voilà à la mi-novembre, saison des ébauches de bilans. En matière de poésie, pas d?esquisses qui compte, l?édifice est déjà construit. Pourquoi tergiverser encore et se demander qu?est-ce que l?année a bien eu de poétique, alors que seul avec la langue, l?incontournable Edouard Maunick n?a eu de cesse que de narguer la mort. Le tailleur de syllabes est revenu par-delà la maladie nous dire ses 50 quatrains. Pou ki pas zis seki kone kone.
Dans un tout autre genre, la troupe réunionnaise Véli nous a donné l?exemple en juillet, de ce que pouvait être la poésie théâtralisée. Joli emballage musical pour éviter les bâillements qui accompagnent avec plus ou moins de discrétion le nom de la poésie.
Et comme s?il nous avait entendus, Dev Virahsawmy, linguiste, dramaturge et aussi poète, a la bonne idée de lancer ses ?uvres complètes, mises en ligne, demain.
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