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L?imaginaire

12 novembre 2005, 20:00

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de Christophe Vallée

Le Maurice des écrivains est la transfiguration d?une essence intérieure. Qui ne le dit mieux que le grand Malcolm de Chazal : « Tous les étrangers qui viennent ici sont frappés de l?aspect de nos montagnes. Irréelles, artificielles, visions martiennes ou lunaires. Moi qui ai vécu parmi elles et qui les regarde avec l??il impressionniste du visionnaire, voici ce que j?ai vu : partout sont semés sur les versants et les crêtes des gisants, des sphinx esquissés, des initiales clairement entaillées, des hiéroglyphes, des signes des gestes d?homme. À tel point que nous avons des montagnes portant des noms comme ceux-ci, le Pouce (doigt et lingam), les Trois Mamelles (dont parle Marie-Thérèse Humbert, La Montagne des signaux)? Les plus étonnantes de toutes sont peut-être le Corps de Garde, montagne ? habitée?par une forme d?homme étendu qui fixe les plaines de la Rivière-Noire, et notre Pieter Both qui est un Sisyphe poussant sa pierre. » Petrusmok, édition Scheer, page 34.

L?île Maurice, terre entre deux mers, l?île, mer ou ciel entre deux terres, le voyage métaphorique qui disloque ou raboute les deux hémisphères réversibles, le Nord et le Sud insupersosables. L?île : nom féminin, Maurice, nom masculin, et pourtant « il » que l?on entend comme un son masculin, comme le dit Édouard Maunick. De même le Talipot du jardin de Pamplemousses n?existe que parce que peut-être Tahar Ben Jelloun en a parlé.

De même Unnuth dans Sueurs de sang est un écrivain qui fait le pari fou d?exprimer la réalité de la Maurice indienne avec la langue hindi et sa musicalité, son alphabet qui sont propres. De même Carlo de Souza qui dans la Maison qui marchait vers le large décrit non le quartier physique de La Motte, mais la métaphore de ce peuple constitué de cinq communautés condamnées à vivre ensemble.

De même on peut dire que Curepipe a été inventée par Bertrand de Robillard (L?homme qui penche). Le Curepipe de de Robillard est bien l?essence de Curepipe. À la manière de la rue des boutiques obscures de Modiano, de Robillard nous donne à voir une palette de couleurs, blanc le jour, noir la nuit, comme les couleurs des hommes de l?île Maurice vivent en camaïeu la nuit tombée dans une ville où la couleur blanche fut longtemps de rigueur.

Le portrait Chamarel de Shenaz Patel là encore ne décrit pas Chamarel, la terre des sept couleurs, les couleurs des peuples qui composent Maurice, le métissage inavoué, inavouable et pourtant horizon indépassable de l?Ile Maurice, mais secrètement nié par chacune des communautés formant le tabou suprême. Shenaz Patel nous parle de nous comme tout grand écrivain et non de la géologie. Comme l?écrit Robert Furlong parlant de Malcolm de Chazal, l?écrivain « recrée la carte de l?Ile. »

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