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Grand-Baie de nouveau capitale artistique
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Grand-Baie de nouveau capitale artistique
Cinq peintres exposent, ces jours-ci, leur vision artistique, de notre monde, de leur pays, à Grand-Baie, qui redevient, l?espace et la durée de deux expositions, la capitale de la Beauté à Maurice. Les amateurs de Beaux- arts pourront, en effet, admirer des aquarelles du peintre malgache Bary Ravalimananda, à la galerie du Moulin Cassé, à Péreybère (lundi et mardi de 10 à 18 heures), mais aussi les dessins de Jean- Marie Chelin, les chefs-d??uvre de Georgina Rey, les huiles de Fabien Cango et de J. Roger Charoux, au Centre international de conférence de Grand-Baie, du jeudi 17 au samedi 19 novembre, aux mêmes heures. On ne peut rêver semaine plus riche en émotions esthétiques.
Bary Ravalimananda devait faire partie, l?an dernier, de l?exposition collective d?art malgache avec Georges Rakatomana, Léon Fulgence, Jean-Yves Chen et le photographe Pierrot Men (voir l?express du 10 octobre 2004). Des problèmes de santé l?ont contraint à la dernière minute de reporter sa participation à la présente exposition au Vieux Moulin de Péreybère et qu?organisent avec tant de savoir-faire et de goût Marie de Commarmond et Diane Henry.
Les ?uvres de Ravalimananda n?ont rien à envier à celles de ses compatriotes qui nous ont procuré tant de ravissement il y a un an. Elles reflètent la beauté ambiante, qu?il s?agisse de celle de co-quettes villas sagement alignées, tout comme des amours de pousse-pousse (rickshaw) aux couleurs coquelicot ou encore d?imposantes péniches qu?agrémente un jeu de mâts, de cordages, de poulies, de vaguelettes, de reflets.
Il s?agit, bien sûr, d?une beauté digérée, le peintre ne retenant que l?essentiel et des détails l?enrichissant et le complétant.
Ses aquarelles sont d?une telle puissance d?évocation que nous demeurons confondus devant une telle maîtrise du pinceau et de simples couleurs à eau. Belle technique et superbe palette de couleurs qui valent le déplacement, la contemplation et le désir de ramener chez soi une parcelle de cette Beauté, mise en toile et offerte à notre émerveillement.
Un ravissement qu?on souhaite infini
Jean-Marie Chelin semble ne pas croire aux vertus de la couleur, à moins qu?il préfère compter sur la force de son crayon et sur celle de ses coups de crayon pour faire revivre ces bâtiments et ces objets que nous ne savons plus voir autour de nous ni admirer. Rien n?échappe à son regard d?artiste ni à sa puissance de reconstitution par les seules vertus de coups de crayon, patiemment alignés les uns après les autres. La meilleure part de notre île Maurice, si belle quand on ne la pollue pas, se laisse enchâssée dans l?écrin de son carnet de croquis.
Il y a là de simples cases mardaye mais aussi de fières et élégantes maisons créoles, des sous-bois avec beaux sapins et cabanes (au Canada) mais aussi des pirogues, de belles églises, des cheminées de sucrerie, fruit du travail des hommes. Jean-Marie Chelin nous invite à une tournée esthétique de notre belle Maurice rien que pour le plaisir de voir redéfiler devant nos yeux ces monuments d?enchantement que sont, par exemple, la maison Oozeerally à Trou- d?Eau-Douce, les berges du ruisseau du Pouce, les cuisines extérieures d?Eurêka avec leur toit de tuiles authentiques, les ruines évocatrices de Belle-Mare, La Salette entrevue grâce à une lézarde dans une murette. On rêve seulement de pouvoir, un jour, se procurer un album contenant les reproductions des beaux dessins si évocateurs de Jean-Marie Chelin.
Pas la peine de chercher le même souci de précision et d?exactitude chez Fabien Cango, le peintre de l?explosion et du feu d?artifice qu?est tout moment de vie, tout instant de réalité, toute émotion vivement ressentie. Chez Cango la couleur explosée, atomisée, l?emporte et de beaucoup sur les formes et les détails. Le fauvisme est une image d?Épinal comparé à l?exubérance colorée de ses ?uvres.
Il fait davantage penser à un William Turner qui aurait fui les charmants couchers de soleil vénitiens pour oser entrer dans l?intimité des chambres et des cuisines de nos maisonnettes urbaines entassées les unes sur les autres. Même la rue, la réalité urbaine, se referme sur elle-même pour mieux enfermer le contemplateur au confinement, à la proximité voulus par l?artiste. Le huis-clos est une autre caractéristique de l??uvre de ce peintre tout en force et vigueur.
L?espace s?ouvrant sur l?infini est en revanche une dimension essentielle de la vision esthétique de Georgina Rey. Celle-ci atteint son apogée et sa plénitude dans ses marines où grève, lagon, horizon, voûte céleste fusionnent pour nous permettre de contempler un monde sans commencement ni fin, un monde vaste comme un instant d?éternité, se prolongeant dans un ravissement qu?on souhaite infini. La nudité est de règle chez cette artiste qui voit en notre terre un début d?espace sidéral. Peu de détails dans cet univers infini. Simplement des traits, des contours, dont on ne peut saisir que le passage devant nos yeux ravis et émerveillés.
Des ?uvres qui explosent comme des actes de foi
À nous de nous laisser emporter par cet élan irrésistible. Il s?en dégage toute une philosophie, une leçon de vie. Nous sommes de passage et nous ne pouvons pas comme le souhaite le poète Jacques Prévert « rester sur notre terre qui est si jolie ». Nous sommes appelés à d?autres béatitudes, à d?autres félicités. C?est toute notre dimension eschatologique que nous enseigne visuellement Georgina Rey.
Ses ?uvres explosent comme autant d?actes de foi et d?espérance dans une résurrection vainqueur à jamais de l?éphémère. Il n?est pas donné au commun des mortels de savoir peindre l?éblouissement d?un chemin de Damas ou d?une entrée en Terre Promise. Raison de plus pour nous imprégner de ce savoir-faire artistique sublimé car nourri de réflexions métaphysiques.
C?est un nouveau Roger Charoux qui exposera ses huiles cette semaine au Centre international de conférence, tenant lieu de Galerie Coin de Mire, à Grand-Baie. Un nouveau Charoux qui se garde bien de jeter aux orties les atouts du Charoux éternel ne pouvant se démoder. La nouveauté consiste surtout à ajouter un élan, un dynamisme à ce qui pouvait paraître trop statique, trop figé dans l?ancien mais sans perdre un iota de la maîtrise du coup de pinceau, de l?équilibre des formes, des espaces, de l?harmonie des taches et des effets de couleur.
Le visiteur ne saura où donner de la tête
L?ensemble gagne en légèreté (on pense plus particulièrement à ce bouquet de fruits où des bananes remplacent des glaïeuls et où des pommes deviennent des roses) ou en fierté, en noblesse (de magnifiques cabris nous toisant comme l?aurait fait un Maître de Santiago, joué par un Raymond Némorin, heureusement revenu dans son île natale). La panne est tellement réussie qu?on se plaît à se remémorer le savoir-faire d?un Hervé Masson-A., son ancien compagnon de jeunesse et d?errance, car il sait faire appel aux mêmes oppositions colorées pour traduire un sentiment d?effort collectif.
Une chose est certaine : le visiteur ne saura où donner de la tête, cette semaine au Centre international de conférence, interpellé à tout instant qu?il sera entre la minutie de Jean-Marie Chelin ne faisant grâce d?aucun détail mais si accessible,
si nostalgique, le huis-clos explosif de Fabien Cango, les espaces infinis s?ouvrant sur une autre réalité de Georgina Rey et un Roger Charoux promenant son regard d?artiste sur toute la beauté aux mille formes au sein de laquelle nous vivons en privilégiées qui s?ignorent. Souhaitons seulement que les partisans de ces peintres, les uns aussi talentueux que les autres, n?en viennent pas aux mains dans leur désir de se convaincre mutuellement de la supériorité de leurs préférences esthétiques.
Et merci de tout c?ur à Doris et à Christian Bossu-Picat, admirables accompagnateurs de nos meilleurs artistes.
En espérant surtout que cette exposition d?une exceptionnelle beauté ne soit pas un chant du cygne.
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