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La mauvaise éducation d?Eshan
Vous souvenez-vous de cet enfant à peine majeur qui avait passé deux nuits à la belle étoile, sous une pluie torrentielle à l?arrière du Plaza, parce qu?il ne savait pas où aller ? C?était en mars, et il venait alors d?être lâché dans la nature par le Rehabilitation Youth Centre (RYC) où il a passé huit ans de sa vie.
Si vous suivez le parcours de cet enfant, Eshan Purang, vous conviendrez que son long séjour dans cet établissement ne lui a pratiquement rien appris. Il avait 10 ans lorsqu?il est retrouvé par la police, errant sur la plage publique de Flic-en-Flac, avec une bouteille de rhum à demi-entamée.
L?enquête menée par les autorités révèle que son père et sa mère sont des sans domicile fixe. N?ayant pas de proche disposé à le prendre en char-ge, Eshan est alors placé dans une famille d?accueil.
L?enfant, qui est par la suite jugé instable, est interné au RYC, institution censée l?aider à trouver sa voie et à le préparer à mieux affronter la société.
Mais lui a-t-on vraiment donné un coup de pouce ?
Un gros problème de comportement
Pendant son internement, l?une de ses demi-s?urs, qui avait appris son existence, décide de l?emmener vivre sous son toit pour un mois, à titre d?essai. Elle veut l?aider ainsi à s?en sortir et se dit disposée à lui offrir une scolarité. Mais le hic, c?est qu?Eshan est resté turbulent. Pensant peut-être que tout est permis, il pénètre chez des voisins, ouvre leur réfrigérateur et se sert.
À une autre occasion, il se rend chez un voisin, prend le téléphone et se met à appeler des gens sans en avoir eu la permission ! « Pou li sa ti normal. Li impe triste me linn depass limit. Li ti pli gran me li zoue ek bann zanfan 9, 10 zan, li galoupe vire ar zot », raconte son frère aîné, Hansta, qui a eu, plus ou moins, le même parcours que lui.
S?il trouve un objet qui lui plaît chez un proche, il le prend. Pour lui, tout ce qui est à quelqu?un d?autre pouvait lui revenir? « Pou li sa ti normal, li pann apran ki sakenn ena so kiksoz », confie Hansta. Eshan ne veut pas se plier non plus aux règlements de la famille, comme, par exemple, faire le ménage à une certaine heure, sortir et dormir à des horaires précis.
Outre ces lubies, Eshan ne semblait pas être très au fait de l?art de se tenir à table et des normes d?hygiène. « Kan li ti manz poison, li zet tu pikan anba. Lerla nou mem nounn demann li be ki bann la inn aprann toi laba », raconte un membre du personnel de l?abri de nuit où Eshan avait trouvé refuge.
L?enfant a donc quitté le RYC avec un gros problème de comportement, avoue Hansta, qui est lui-même passé par le Correctional Youth Centre (CYC) avant d?atterrir dans cet abri géré par Caritas, une organisation caritative de l?Église catholique.
Un séjour sous de mauvais auspices
Pourtant, résume Hansta, qui a aujourd?hui 22 ans, c?est au RYC et nulle part ailleurs qu?Eshan aurait dû bénéficier d?une véritable réhabilitation.
« Sipoze li ti pou pli bien laba, me linn mal tourne. » Qu?est-ce qui n?a pas marché dans son cas ? À l?époque, vu son très jeune âge, il aurait dû être mieux encadré, explique un officier du RYC. « Il y avait un monsieur qui voulait le prendre sous son aile. Mais un officier qui fait tout pour casser le moral des enfants, a fait comprendre à Eshan que l?homme allait sans doute l?agresser sexuellement. Linn dir li tansion, li kontan b? ti garson. »
Ledit officier, selon un autre de ses collègues, a même tenté de décourager une des rares proches d?Eshan qui était disposée à le prendre en charge. « Il lui a dit que l?enfant était dangereux et qu?il pourrait bien la violer un jour. »
Et le séjour d?Eshan au RYC a, pour ainsi dire, débuté sous de mauvais auspices. « À chaque fois, il se plaignait d?être battu par d?autres gamins. Kiksoz linn dir moi ek so labouss seki la ba li ti santi pli dan bez parski li ress ferme e li pa aprann narien. Li nek finn balye ramass fey », raconte son frère.
Ce qui expliquerait pourquoi Eshan a mal tourné, alors que tous pensaient que ça aurait plutôt été le cas d?Hansta qui avait été, de loin, le plus turbulent des deux enfants Purang. Hansta s?est en effet retrouvé au CYC où il y a moins de travail de réhabilitation.
Il avait 8 ans lorsqu?il s?est rendu, pour la première fois, à SOS Village de son propre chef car son père, très porté sur la bouteille, le battait. Sa mère se soûlait également et les deux enfants n?avaient, pour ainsi dire, pas de vie de familiale normale.
Son père viendra le reprendre, mais Hansta reprendra la direction du centre d?accueil lorsque son père se met à nouveau à le maltraiter. C?en est alors trop. Hansta se défoule sur d?autres enfants du village, se rebelle, sèche les cours et utilise l?argent qu?on lui offre pour le transport pour s?acheter des douceurs.
« Ti bien difisil, to fer move. To mank lamour et lafeksion mama, papa. Tou to bane soufrans, tou sa bate tonn gaigne ek to papa, to tir sa lor tou seki pass divan toi. To fer betiz, to laguer ek bann mama. »
Aider son petit frère à s?en sortir
Bon gré, mal gré, SOS Village lui paie des études techniques, histoire de lui apprendre un métier. Cependant, il est toujours aussi rebelle. À 16 ans, on emmène Hansta au CYC pour lui enlever le goût de se battre avec ses amis. Mais rien n?y fait, il finira par y être interné pendant un an. Le CYC est alors pour lui une petite prison où il apprend la discipline. Et Hansta n?a pas eu le malheur de connaître des officiers qui auraient aimé le voir chuter dans la délinquance. Ni l?alcool, ni la drogue ne l?ont jamais tenté. En entrant au CYC, sa seule envie a été de s?en sortir.
« Sakenn so komba. Mo lobzektif seki sa lane ki vini mo bizin ena enn lakaz », confie Hansta. Depuis qu?il est sorti du CYC, il a accumulé les petits boulots et tout son salaire va sur un compte du Plan épargne logement (Pel) de la Mauritius Housing Company (MHC).
Il préfère vivre à l?abri de nuit, loin des tentations de sa jeunesse. Avec l?argent qui est sur son compte à SOS Village, il espère réaliser son rêve : fonder une famille tout en essayant d?aider son petit frère Eshan à s?en sortir?
« Samem mo obzektif. Mo anvi montre bann zeness sa pou moi. Montre zot ki monn pass par enn moman difisil et ki manti kan zot dir ki enn zanfan pu fini parey kuma zot paran. Sakenn inn ne ar so lespri, se nou devoir nou dibout lor nu lipie. Mo finn ena enn zistoir dan mo lavi. Enn zour moi rakont sa mo bann zanfan. Mo pou fer tout pu zot pa pass parey kouma moi. Nou bizin pran kouraz, pa bess lebra. Ti fasil met enn lakord dan mo likou mo suiside. Enn ta prie bondie me ress anplas. Moi monn bouz troi pa et bondie inn aid moi pou katriem la. » Paroles sages d?un jeune à qui on aurait pu prédire un avenir bien sombre.
Eshan, lui, se cherche toujours. La dernière fois que Hansta l?a aperçu, c?était il y a quatre mois. Il errait à Rose-Hill.
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