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La foire internationale des Mascareignes bat son plein

10 novembre 2005, 00:00

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La 6e foire internationale des Mascareignes se tient jusqu?au 13 novembre. 190 exposants présentent, dans la halle et sous des tentes voisines, le meilleur et le pire des foires commerciales.

Honneur cette année à l?Afrique australe pour cette sixième édition de la foire des Mascareignes. Même s?ils sont venus en masse, les exposants africains et malgaches ne proposent dans l?ensemble que de l?artisanat. C?est très coloré chez les Sud-Africains (paniers, bijoux, objets décoratifs) et beaucoup plus classique chez les Malgaches. Paniers, sets de table et autres voitures en objets de récupération sont légion. La foire des Mascareignes accueille également des négociants chinois qui proposent de la camelote au kilo. C?est pas cher, et pour le prix, il ne faut pas demander d?explication, le vendeur ne s?exprime que dans la langue de Confucius. A voir le nombre de stands proposer des tissus et objets décoratifs inspirés des motifs indiens, on ne peut que se dire que l?impact de Bollywood et des féeries indiennes est très profond. Les lampions chatoyants et autre sari merveilleux sont en tous cas plus attirants que les stands de friture et les montagnes de samoussas transpirants que ne manque pas de proposer toute foire commerciale réunionnaise qui se respecte.

La qualité a un prix

Il a un côté éternel enfant, Emmanuel Henault. Sur son stand, on trouve d?un côté des articles de jonglerie, de quoi donner des palpitations à toutes les jeunes filles enrôlées dans les troupes de twirling-baton. Diabolo, quilles, boules, etc. ?De ce côté, ce sont mes jouets à moi. De l?autre, ce sont ceux de mes enfants. Je ne suis pas le revendeur d?une marque. J?ai commencé ce boulot parce que je ne trouvais pas ici ce que je cherchais pour mes enfants. Aujourd?hui, je suis aussi le seul vendeur d?objets de jonglerie de tout l?océan Indien.? On l?aura compris, chez Jongl?île aussi, c?est bébé qui est roi. L?ambiance doit être sympa à la case. Mais ce qui marque le plus dans le discours d?Emmanuel Henault, c?est la connaissance qu?il a de ses produits. Même sur les fausses dentitions, il est intarissable. Pour un diabolo, compter à partir de 10 euros.

La bouffe a toute son importance dans une foire commerciale, et pas uniquement à la foire agricole de Bras-Panon. Laurent Lette propose une superbe panoplie de produits espagnols et languedociens. Un assortiment de saucissons, de jambons et de fromages à donner envie de se faire enfermer la nuit dans la halle des manifestations du Port. On connaît la réputation des jambons espagnols. ?Le Pata negra est le caviar des espagnols. Il sèche pendant 36 mois. Sa saveur et sa chair sont inégalables?, assure notre vendeur en tendant une petite tranche. La société Las Terrenos est présente sur les marchés forains. Elle propose son Pata negra à 149 euros le kilo. Il n?y a pas de secret : la qualité a un prix.

Passionnée jusqu?au bout des ongles. Loëtitia Paredes vous expliquera, avec le sourire, d?où viennent les huiles essentielles dont les petites fioles bleues s?alignent sur le présentoir. ?Les huiles que nous proposons peuvent servir à se parfumer. On les utilise aussi pour soulager des maux, pour se détendre, se soulager ou aseptiser la maison.? En ?tête de gondole?, un mélange spécial pour repousser les moustiques est dans son diffuseur. ?On applique les huiles essentielles dans le bain avec le savon, pour le massage ou en friction. On peut aussi les inhaler.? À 6,5 euros le flacon de 15 ml, à 10,5 euros le flacon de 50 ml avec une mention spéciale pour le flacon Sabaiah qui rassemble de l?ylang-ylang, de l?orange et du citron.

Joëlle Pernin ne vend rien. Elle propose de soigner et scolariser des enfants malgaches, et de nourrir leur famille. Bénévole pour la branche réunionnaise de l?association Enfants du monde, elle a le regard passionné de celle qui donne sans compter. Sur son stand, quelques produits de l?artisanat malgache, des affiches mais surtout une proposition : ?Pour 23 euros par an, vous pouvez parrainer un enfant. Actuellement, 1 222 enfants malgaches sont suivis par notre association et leurs parrains.?

Marie-Sophie Mounyapen vend les dernières productions Bollywood et leurs produits dérivés. DVD et CD s?empilent sur ses étalages au grand bonheur des jeunes filles conquises par les stars indiennes. En bout de table, on trouve également les CD destinés aux swamis, prêtres tamouls, pour les célébrations. 10 euros pour l?élan mystique.

Ce sont les invités d?honneur de cette sixième édition. Les Sud-Africains sont venus avec leur artisanat. Cette femme Zoulou dont nous n?avons malheureusement pas très bien compris le nom, vous propose des paniers décoratifs. Celui-ci se nomme un Ionuthu. Il est proposé à 38 euros.

Il paraît que ça marche. Vous passez la sangle autour de la zone à travailler, mettez en route la machine et hop. ?Le Vario draine la rétention d?eau et favorise l?élimination de la cellulite, explique Claude Lefebvre. Cela fait quatre ans que je vends cette machine, qui a fait ses preuves depuis une cinquantaine d?années. Et j?ai des clientes qui aujourd?hui pourraient témoigner des résultats obtenus.? Ah, le témoignage des clientes. Il paraît qu?en dix jours des résultats seraient obtenus. La beauté retrouvée pour 550 euros, vous laisserez-vous tenter ?

Les fleurs en plastique étaient déjà une bonne alternative aux fleurs sitôt coupées, sitôt fanées. Un beau vase rempli d?anthuriums en tissu assurait un rayonnement perpétuel au milieu de la table du salon. Mais c?est dépassé. Les usines de l?empire du Milieu vous proposent le bouquet qui clignote. Fei Ho reconnaît que le bouquet clignotant ne déchaîne pas les passions. ?Les ampoules placées au milieu des fleurs clignotent à la même vitesse. Ça marche avec deux piles. On peut aussi éteindre le clignotement.?

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LA CONCURRENCE INDIENNE INQUIETE LES EXPOSANTS

Ibrahim Patel, élu de la CCIR et président de la Fédaction, monte au créneau. Il lance un message aux hommes politiques en leur demandant de tout mettre en ?uvre afin de ?protéger l?économie locale face à la concurrence déloyale?.

Il n?est pas content Ibrahim Patel. Et il le fait savoir. Il n?est pas content avec les organisateurs des salons et autres foires, qui font venir dans l?île des exposants étrangers. Lesquels n?hésitent pas à casser les prix sur des marchandises disponibles sur le marché local. Ibrahim Patel n?est pas content non plus avec les politiques qui accueillent sur le territoire de leur commune tous ces exposants venus d?ailleurs. Il montre du doigt le salon de l?Orient, qui s?est déroulé, la semaine dernière, au parc du Colosse, à Saint-André, dans le cadre du Dipavali, ainsi que la Foire internationale des Mascareignes, qui a lieu actuellement au Port. Ibrahim Patel se fait le porte-parole des exposants-commerçants de la Réunion, qui ne peuvent pas lutter contre ce qu?ils qualifient de ?concurrence déloyale?. Selon le président de la Fédaction, ?avant de mettre en place ce genre de manifestations, les organisateurs ainsi que les maires concernés auraient dû se concerter davantage avec les commerçants locaux?. Or, à en croire l?élu de la Chambre de commerce et d?industrie de la Réunion, ?rien n?a été fait dans ce sens. Résultat, tous les exposants de la Réunion, qui préparent cette foire depuis environ un an, se retrouvent avec les mêmes marchandises que les exposants indiens. Sauf que ces derniers bradent les prix car eux ne payent pas les mêmes taxes que les commerçants d?ici. Les exposants de la Réunion sont donc pénalisés. Leur chiffre a considérablement chuté?, rouspète Ibrahim Patel. ?S?il y avait eu concertation et dialogue avec les acteurs locaux, nous aurions expliqué aux organisateurs la nécessité de jouer la carte de la complémentarité. C?est-à-dire demander aux exposants étrangers de venir vendre uniquement des articles originaux, qui n?existent pas dans l?île. Cela aurait eu le mérite de faire découvrir aux consommateurs réunionnais d?autres choses. Nous aurions été complémentaires et on aurait travaillé en partenariat. Ce qui n?est pas du tout le cas actuellement?. Le président de la Fédaction insiste sur le fait que ?les exposants Indiens sont venus pour casser les prix et repartir dans leur pays avec un maximum d?euros. Ils n?en ont que faire de l?économie locale?. Mais qui faut-il réellement blâmer ? Les exposants indiens qui cassent les prix ou les exposants de la Réunion dont la marge bénéficiaire serait peut-être trop conséquente. En tout cas, les consommateurs, eux, se frottent les mains, en se disant ?pourvu que ça dure? !

Yves MONT-ROUGE

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