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Le pouvoir absolu

2 novembre 2005, 20:00

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Le pouvoir dont dispose Navin Ramgoolam depuis les élections législatives et municipales peut donner le vertige. Il y a aujourd?hui une concentration totale du pouvoir entre ses mains. Normalement, il restera le maître absolu pendant cinq ans. Mais le Premier ministre refuse de s?en contenter. Il souhaite une marge de man?uvre encore plus grande. Son discours à Bon-Accueil, lundi, laisse voir une grande déception de ne pas contrôler davantage de députés au Parlement.

?Il y a trois circonscriptions dans ce pays qui n?ont pas su voter en bloc. Si tel avait été le cas, nous aurions eu la majorité nécessaire pour faire encore plus que ce que nous réalisons aujourd?hui?, a dit Navin Ramgoolam, lors des célébrations du Divali dans ce village de l?Est. Les trois circonscriptions visées par le leader du PTr sont le n° 8, Moka-Quartier-Militaire ; le n° 10, Montagne-Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est et le n° 14, Savanne-Rivière-Noire.

?Je suis triste de ne pas avoir eu la majorité des trois quarts à cause de ces circonscriptions?. Ces regrets du Premier ministre soulèvent des questions de fond mais, d?abord, il faut noter le blâme qui est infligé aux électeurs de ces régions pour leur comportement aux urnes. Or, un démocrate doit respecter, en toutes circonstances, le verdict du peuple et la sagesse de l?électorat. Il n?attribue jamais ses déconvenues à une faute de l?électeur.

Ensuite, une question plus fondamentale se pose. Quels sont les projets que le Premier ministre n?arrive pas à faire concrétiser tout simplement parce qu?il est privé d?une majorité de trois quarts? Il dit que son gouvernement aurait fait ?encore plus que ce que nous réalisons aujourd?hui? s?il avait les moyens de modifier la Constitution mais ne donne aucun détail sur les initiatives bloquées. Il est vrai que la révocation du président de la République en est une. Sir Anerood Jugnauth aurait déjà quitté le Réduit si le PTr avait le soutien de 54 députés. A l?exception de ce seul v?u non exaucé on voit mal ce qu?une majorité accrue aurait offert comme opportunité à Navin Ramgoolam.

Autant que l?on sache, le Premier ministre n?a jamais envisagé l?éventualité d?une révision constitutionnelle pour pouvoir honorer son engagement de démocratiser l?économie. Si, par exemple, le PTr avait eu l?intention d?amender le paragraphe 8 de notre loi suprême garantissant la ?protection from deprivation of property? pour exproprier des familles riches, il l?aurait annoncé dans son manifeste électoral. Quant à ses autres engagements électoraux, ils ne requièrent pas de révision constitutionnelle pour être mis en ?uvre.

Ce n?est guère nécessaire de tripoter la Constitution pour bien réussir ce qui importe le plus en ces temps de morosité économique. Une majorité imposante ne peut guérir une carence de vision. Pour créer des emplois, pour soutenir nos usines de textile, pour moderniser notre fonction publique, pour attirer les investisseurs étrangers, cela ne fait aucune différence que la majorité soit de trois quarts ou pas.

Le gouvernement actuel jouit, en tout cas, d?une conjoncture très favorable car il bénéficie d?un énorme capital de confiance tandis que l?opposition s?est écroulée. Il a la légitimité pour mener à bien des réformes capitales. L?absence d?une plus forte majorité au Parlement ne peut pas lui servir d?excuse à une éventuelle incapacité d?élaborer des projets précis et concrets.

En revanche, le soutien des trois quarts du Parlement est requis pour des réformes touchant par exemple à notre système électoral. Mais, à ce sujet, le PTr ne risque pas de voir ses projets contrariés par la poignée d?élus de l?opposition. Un dialogue avec le MMM et le MSM devrait aboutir à un mode de scrutin acceptable par tous. Les grands partis nationaux se sont tous déjà exprimés en faveur de la représentation proportionnelle. Leurs divergences sont minimes et portent seulement sur les modalités de la réforme.

La recherche du pouvoir absolu ne procède pas toujours de bonnes intentions. Dans notre histoire politique, il y a eu des gouvernements qui ont profité d?une majorité de trois quarts pour approfondir la démocratie mais d?autres s?en sont servis pour confisquer les libertés.

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