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?Je gênais beaucoup de personnes?

1 novembre 2005, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Trois mois après son limogeage, que fait Jyoti Jeetun ? </B>

Rien. Je suis au chômage. Le constat est extrêmement dur à faire. Le pays m?a rejetée. Je n?ai pas d?amertume, de regret ou de reproche. Peut-être bien qu?il y a un brave dans ce pays qui va m?offrir un emploi.

● <B> Que s?est-il passé au juste, en ce mois d?août, avant que le conseil d?administration ne vous congédie ? </B>

D?abord, à la réunion du 2 août, la présidence me demande de quitter la réunion du Board puisqu?un item à l?agenda me concerne. Et j?apprends, subséquemment, que la motion pour me renvoyer est proposée et rejetée par tous les directeurs.

Le même scénario se produit à la rencontre du conseil d?administration du 19 août matin. Ce n?est que tard dans l?après-midi, par voie de lettre, que je suis informée de la résiliation de mon contrat avec effet immédiat. Par la suite, personne ne m?en a parlé et j?ai n?ai pas eu de contact avec qui ce soit.

Mais la manière dont j?ai été traitée, la brutalité et l?humiliation que j?ai subies vont me marquer à vie aussi bien que ma famille et mes enfants qui ont payé très cher mon engagement dans le SIT pendant les 11 dernières années. Mon bureau a été scellé. Les clés ont été déposées au poste de police. La sécurité a été mise au courant. J?ai aidé à bâtir cette entreprise. J?ai mis mon âme dans le SIT. Je suis ni une voleuse encore moins une criminelle. Et pourtant quelqu?un dans le système a décidé de me renvoyer de la manière la plus grossière.

● <B>Pourquoi avez-vous recherché un avis légal avant que le conseil d?administration ne résilie votre contrat ? </B>

Ce n?est pas moi mais les directeurs du Board. Je n?ai même pas vu cet avis légal. Les directeurs ont essayé d?assumer leurs responsabilités parce qu?ils sont nommés par des actionnaires pour veiller à leurs intérêts au sein de la compagnie. En ce faisant, ils ont voulu s?assurer de ne pas agir à l?encontre de ces intérêts.

Autant que je sache, la décision de solliciter un avis externe a été motivé par le fait que notre conseiller légal, le Sollictor General agit de même auprès du gouvernement et que les directeurs ne voulaient pas l?embarrasser.

<I>De nombreuses personnes ont prédit la mort de la banque en ces termes : ?ça li pou fermer couma MCCB ça.? </I>

● <B>Le ?Board? vous révoque. Plusieurs versions circulent. Quelle est la vôtre ? </B>

Que ce soit pendant cet épisode ou les 11 ans que j?ai passé à la tête du SIT, le conseil d?administration ne m?a jamais fait de reproche verbalement ou officiellement. Il y a eu certes des palabres, rumeurs ou ragots. Je ne suis pas certaine que l?on voudrait bien aujourd?hui parler de tout ça.

Le pays est petit. Malheureusement, on fait beaucoup d?amalgame. Aux élections générales de 1995, on m?avait accusé de faire campagne pour Sir Anerood Jugnauth et Rama Sithanen. En 2000, ce fut pour Arvin Boolell et Sanjay Dabeesing. Aujourd?hui, c?est pour Paul Bérenger.

Or, tout ce que nous avons fait au SIT pendant ces 11 années écoulées, c?est de travailler dans l?intérêt des actionnaires. Point à la ligne. Nous avons effectivement collaboré avec les différents gouvernements au cours de cette période car notre politique a été de collaborer avec l?État, pour faire avancer les affaires de la compagnie. Il faudrait bien que le pays différencie entre la politique politicaille et le policy, entre un état, une compagnie et ses employés.

Cela dit, beaucoup de palabres ont circulé à mon sujet. Pendant ces 11 ans, je ne vivais que pour le SIT. Tout le reste était secondaire, même mes enfants et ma famille.

Des personnes m?ont attaquée sur les études de mes enfants, l?achat de ma maison et aussi mon honneur. Elles ont insinué que j?ai contracté un emprunt de Rs 5 millions, sans garantie, à la Mauritius Post Cooperative Bank (MPCB), dont j?ai présidé le conseil d?administration. Il s?avère que je n?ai même pas un compte d?épargne à ladite banque.

Tous ces propos sont blessants, quand on a tant de principes, d?idéaux et de rigueur dans la vie et quand on a travaillé avec conviction et dévouement.

● <B>Tout au long de votre carrière, vous avez quand même côtoyé les politiques. </B>

Comme dans n?importe quelle entreprise, le Chief Executive Officer et le président du Board sont souvent les porte-parole de la compagnie auprès du gouvernement, les médias ou autres partenaires. Au SIT, nous avons toujours travaillé en collaboration et avec le soutien du gouvernement. Mais il n?y a jamais eu d?ingérence politique dans la gestion. De 1994 à 2005, le gouvernement en place a eu sa politique de démocratisation économique à différents niveaux. Chaque régime a contribué à bâtir le SIT.

● <B>Avec 55 000 actionnaires, vous conviendrez que la politisation du SIT est possible ? </B>

Certes, le risque est là. Le SIT, cependant, n?est pas une personne, mais un conseil d?administration, une équipe et des actionnaires. Personnellement, j?ai introduit un company policy au sein de la compagnie stipulant qu?aucun employé n?a le droit de participer dans une activité politique.

Sanjay Dabeesing, le précédent président du Board, qui était pourtant à un moment donné conseiller du Premier ministre, n?a jamais été politique dans son approche au SIT. Il a pris des décisions qui seraient impossibles du point de vue politique. Par exemple, il a signé, en 2001, la lettre autorisant le SIT à acquérir 35 % du deal Illovo. Que ce soit au niveau du Board ou des employés, le SIT a toujours été guidé par le même principe de faire avancer les intérêts des actionnaires.

● <B>Et quid des pressions ? </B>

Au sein du SIT, nous avons toujours subi des pressions. Non pas des leaders mais de ces troisièmes et cinquièmes couteaux qui appellent pour caser quelqu?un, décrocher un contrat ou être nommé consultant.

Nous avons toujours été intransigeants là-dessus. Aucun employé n?a été recruté sur avis politique, du moins jusqu?à ce que je sois démise de mes fonctions. Même pour la vente des terres, nous sommes passés par un appel d?offres afin de choisir d?une liste de notaires.

Ça nous a fait beaucoup d?ennemis. Je gênais beaucoup de personnes.

● <B>Mais à la tête de la Mauritius Post Cooperative Bank, cette pression s?est concrétisée ? </B>

De nombreuses personnes ont prédit la mort de la banque en ces termes : ?ça li pou fermer couma MCCB ça.? Or, grâce à un travail d?équipe, du Board, du management et des employés, la banque a fait des profits de quelque Rs 50 millions.

Certes, il y avait des pressions qui, cependant, n?ont jamais été transcrites dans les faits. Des institutions qui sont orientées vers la profitabilité ne doivent jamais subir des ingérences politiques. Le SIT et la MPCB sont de ces exemples de succès des entreprises, où il n?y avait pas d?ingérence politique. Que ce soit au niveau des recrutements, ou des contrats alloués ou des prêts accordés.

Même à la banque, où l?état est actionnaire majoritaire à hauteur de 90 %, il n?y en a jamais eu. à la MPCB, nous n?avons pas de non-performing account. Aucun emprunt n?a été accordé à des personnes qui n?ont pas un business case, les garanties nécessaires ou la capacité de remboursement.

?J?ai reçu des menaces de perte d?emploi, voire des dépositions à la commission anti-corruption. Des gens vous appellent et vous disent ?nous connaissons Anerood ? (NdlR: Sir Anerood Jugnauth). </I>

● <B> Donc, aucune menace ou insulte pendant vos 11 ans ? </B>

Si. J?ai reçu des menaces de perte d?emploi, voire des dépositions à la commission anti-corruption. Des gens vous appellent et disent ?nous connaissons Anerood ?(NdlR: Sir Anerood Jugnauth). Ils vous parlent de Paul (NdlR: Paul Bérenger). Uniquement pour impressionner, ils tutoient la personne. Et certes quand on ne cède pas, on se fait des nombreux ennemis.

● <B>En décembre 2004, le SIT a servi de plate-forme pour les discours politiques ? </B>

Pour célébrer les 10 ans du groupe, le Board a décidé de marquer l?événement. Tous les précédents ministres de l?Agriculture, des Finances et Premiers ministres qui ont contribué au succès du SIT y ont été conviés. De là à dire que j?ai fait une plate-forme aux politiques, je laisse le soin aux autres de déduire.

● <B>Vous laissez un bilan avec des profits en hausse. Quels sont les secteurs qui y ont contribué ? </B>

Le SIT a réalisé des profits chaque année depuis sa création. Au 30 juin 2005, les bénéfices ont été de Rs 149 millions, avant que le Board ne décide, après mon départ, de faire un impairment. Le chiffre d?affaires a été de Rs 678 millions. Nos actifs valent Rs 2,3 milliards. Ils ne tiennent pas compte de la valeur réelle des plus de 500 arpents de terres qui ont été convertis et qui valent dix fois plus alors qu?ils sont toujours évalués à Rs 125 000 chacun. Il y des réserves de plus que Rs 700 millions et des profits non distribués de Rs 600 millions.

Trois secteurs ont contribué à ces bénéfices en hausse : la production énergétique à partir de la bagasse, les parts de profits de BBHM (gérant les biens Illovo) et la vente de terrains dans des morcellements.

L?entreprise a désormais des bases solides en termes de liquidités, de structures et de ressources humaines. Aujourd?hui, une famille sur cinq a un actionnaire au sein du SIT. C?est devenu un household name.

● <B>Quels sont les secteurs prioritaires d?investissement pour le SIT et le pays? </B>

Je ne suis pas de ces pessimistes qui font des discours fatalistes. Je suis contente que le gouvernement n?ait pas adopté cette attitude.

Au niveau du SIT, nous avons déjà des projets en chantier, dont l?alliance stratégique dans l?hôtellerie et la transformation du jardin botanique de Pamplemousses. C?est sûr que l?hôtellerie et les loisirs sont des secteurs porteurs.

● Mais l?expérience du Waterpark a quand même été douloureuse? </B>

Le projet du Waterpark est un investissement décidé en 1999 par le conseil d?administration parmi tant d?autres, telles l?énergie, les loisirs, le développement foncier et la culture de la canne.

Chaque décision d?investissement est prise à la lumière des informations dont nous disposons de même que des suppositions. Souvent, il arrive que ces suppositions ne se matérialisent pas, et que les données changent, à l?instar de la taxe sur la valeur ajoutée qui a augmenté à deux reprises au cours des cinq dernières années et qui a eu un impact sur le budget de loisirs des Mauriciens. Parmi les investissements faits par n?importe quelle entreprise, il y en a qui sont des stars et qui rapportent beaucoup et d?autres qui font moins bien ou encore qui font mal.

Au football, quand une équipe gagne sur un score de 3-1, on ne dit pas qu?elle n?a pas bien joué parce qu?elle a encaissé un but. L?essentiel est de remporter la rencontre.

Il faut voir dans la globalité. En général, le SIT a eu d?excellents résultats que ce soit au niveau des profits, des liquidités, des actifs ou de la démocratisation des terres ou des loisirs.

● <B>Qu?est-ce que représente le ?deal? Illovo pour le SIT ? </B>

Le deal est incontestablement dans l?intérêt des actionnaires. Le bilan financier est là pour le prouver, avec les 35 % de BBHM et les 7 000 arpents de terre. Il y a eu des centaines de millions de bénéfices et des milliers de nouveaux propriétaires terriens.

Propos recueillis par

<B>Kamlesh BHUCKORY</B>

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