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Portes ouvertes aux prisons
Des mesures qui mettent en péril la sécurité de la population suscitent toujours une grande émotion dans l?opinion publique. C?est donc sans surprise qu?est vivement contestée la décision du ministre de la Justice de proposer une loi pour accorder la rémission aux prisonniers, y compris les trafiquants de drogue et les meurtriers ou violeurs d?enfants. Son indulgence a pour but, officiellement, d?amener le prisonnier à réapprendre à vivre positivement. En vérité, elle chercherait à évacuer le trop-plein des prisons.
C?est par le biais d?une réponse à une interpellation parlementaire que le ministre Rama Valayden a confirmé que le ?Reforms Institutions Act? sera revu pour permettre de réduire la peine des prisonniers qui auront un bon comportement à la prison. Sa déclaration a choqué les esprits quand il a indiqué que tous les prisonniers pourront indistinctement aspirer à cette faveur.
La société pourrait payer très cher toute décision prise à la légère au sujet de la rémission. Ce droit sera étendu aux délinquants sexuels. Or, ceux-ci retrouvent souvent leurs pulsions criminelles à leur sortie de prison et demeurent dangereux. Certains diront avec mépris que cette peur relève d?un fantasme sécuritaire mais les statistiques démontrent que le taux de récidive de cette catégorie de criminels est élevé.
Pour autant, il faut reconnaître que la réduction de peine annoncée comporte quelques avantages. Elle permettra de désengorger les prisons. Les gardiens pourront mieux imposer le respect de leur uniforme car les prisonniers sauront que ces officiers ont le pouvoir de leur rendre la liberté. Ils vont se montrer plus coopératifs et cela aidera à rétablir une situation qui s?est beaucoup dégradée ces dernières années. Il fallait redonner aux gardiens les moyens d?instaurer l?ordre dans l?univers carcéral.
Sur le plan humain également, la mesure préconisée aura des conséquences positives. Une poignée de prisonniers va profiter de la libération anticipée pour entamer plus tôt que prévu sa réhabilitation. Cependant, d?autres, n?ayant pas la capacité de changer, vont mal utiliser cette liberté. La menace viendra surtout de ces criminels qui étaient en prison pour des crimes liés à la drogue ou aux délits sexuels commis sur des enfants. Ceux-là sont prompts à récidiver. Les experts le savent. Les pouvoirs publics peuvent-ils l?ignorer ?
La réduction de peine ne sera accordée, en accord avec les autorités judiciaires, que si le détenu présente aux psychiatres des gages sérieux de réadaptation. La marge d?erreur des experts reste néanmoins importante. Avec un tel risque pour la sécurité, comment ne peut-on qualifier de hasardeuse l?expérimentation du gouvernement ?
Il n?en demeure pas moins qu?il faut d?urgence élaborer une nouvelle politique carcérale. Le chaos s?est installé dans nos lieux de détention surpeuplés, l?environnement carcéral rend le détenu encore plus pervers qu?avant, il n?y a pas de suivi social des prisonniers à leur libération, etc. Si les peines réduites ou alternatives, comme le travail communautaire, n?étaient accordées qu?à des petits délinquants, il n?y aurait pas lieu de s?inquiéter. Mais le gouvernement se propose aussi de libérer avant l?heure ceux qui ont été condamnés pour des crimes hideux. Il mesure mal le risque que ces criminels peuvent recommencer.
Dans ce débat, les défenseurs habituels des droits de l?homme vont se faire entendre avec force. Il serait utile que des associations de défense des victimes élèvent aussi la voix.
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