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Un voyage au coeur de la mondialisation

25 octobre 2005, 20:00

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Sans que nous en prenions réellement conscience, notre quotidien est sournoisement envahi par des produits importés de pays à bas coûts. Le thème abordé par Laurence Benhamou dans Le Grand Bazar mondial tente de nous transporter dans les arrière-cuisines de la mondialisation, avec sa logique infernale : celle du prix toujours le plus bas.

A travers des témoignages d’acheteurs travaillant pour la distribution, l’auteur cherche à décrire les mécanismes de cette “ronde autodestructrice” dans laquelle “les consommateurs, les industriels et la grande distribution scient tous ensemble la branche sur laquelle ils sont assis”. L’état des lieux semble édifiant : “En un quart de siècle, l’économie est passée du tout intégré au tout acheté et, de plus en plus, au tout importé”, souligne l’auteur. Selon une étude de l’hebdomadaire L’Usine nouvelle, entre 1978 et 2002 les entreprises ont triplé leur activité, mais ont multiplié par sept leurs achats à l’étranger.

T-shirts du Bangladesh, chaussettes d’Inde, jouets et même haricots verts en boîte de Chine, rien ne semble échapper au rouleau compresseur de la mondialisation. La Chine, qualifiée de “grand aspirateur des commandes mondiales, grâce à ses usines qui poussent en une nuit et sont capables de fournir n’importe quoi”, est omniprésente au long du livre. Au cœur de ce système, les acheteurs, aventuriers du XXIe siècle, qui, dans une quête digne du Graal, parcourent frénétiquement la planète à la recherche du toujours moins cher. Certaines de leurs phrases font frémir : “On n’est jamais aux taquets en prix, la valeur n’a pas de sens en achat.”

Et l’auteur de prévenir : “Le départ des industries de main-d’œuvre n’en est qu’à ses débuts.” La machine infernale profite de la schizophrénie du consommateur, qui, dans sa recherche incessante de la bonne affaire, finit par mettre en péril son propre emploi. Ne demeure que le discours lénifiant des gouvernants, qui laissent “subir cette désindustrialisation comme un fait accompli.”

L’auteur ne donne pas pour autant les clés pour sortir de ce tourbillon. Mais le péril est-il aussi grand qu’on veut bien nous le dire ? Deux faits pour se rassurer après avoir refermé le livre de Laurence Benhamou. D’abord, selon une étude du Boston Consulting Group de 2004, seuls 6 % des biens manufacturés consommés en France sont fabriqués dans des pays à faible coût de main-d’œuvre. Ensuite, les trois quarts des entreprises chinoises qui exportent sont codétenues par des groupes occidentaux.

<B>Stéphane LAUER

© Le Monde 2005. Distribué par

The New York Times Syndicate</B>

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