Publicité

La Banque centrale met la pression sur Sookun de la First City Bank

25 octobre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Un bras de fer entre la Banque de Maurice et Harry Sookun, vice-président de la First City Bank (FCB), est engagé. Hier, la Banque centrale lui a ordonné de quitter les bureaux qu?il occupait dans le quartier général de la FCB à Port-Louis. Le régulateur bancaire estime que la présence de Harry Sookun dans les locaux de la banque est une ingérence permanente dans les activités quotidiennes de la banque, alors qu?il n?est que membre du conseil d?administration. Il est également soupçonné de divulguer des informations confidentielles à la presse.

Cette décision s?inscrit dans une opération plus vaste de changements au niveau de l?actionnariat de la FCB prévus d?ici la fin de l?année. Le financier Harry Sookun, qui détient actuellement 39 % du capital de la banque, doit réduire sa participation à 10 % au plus tard le 31 décembre 2005.

Selon un arrangement agréé par le principal concerné au moment du rachat de l?ex-Delphis Bank par la FCB, il devra diluer son capital conformément au Banking Act. Il avait en effet bénéficié d?une dérogation temporaire. ?Durant ces deux dernières années, la Banque de Maurice a, lors de plusieurs réunions, attiré l?attention de Harry Sookun et d?autres membres du conseil d?administration sur les changements qui doivent intervenir au niveau de l?actionnariat?, affirme une source autorisée.

La Banque centrale digère mal les attaques dont elle fait l?objet de la part de Harry Sookun. Elle estime qu?il lui fait un faux procès au sujet d?un prêt accordé à l?homme d?affaires Yacoob Maghoo. (Voir ci-dessous). Les milieux proches du régulateur estiment que les changements qui doivent intervenir au niveau du capital de la banque ne sont pas étrangers à cette agitation.

A deux mois de l?expiration de la dérogation dont bénéficie le financier, ce dernier ne s?est toujours pas exécuté. La Banque de Maurice avait convoqué les membres du conseil d?administration de la FCB vendredi pour qu?ils s?expliquent à ce sujet. Harry Sookun ne s?était pas présenté. Il s?était également absenté d?une autre réunion convoquée lundi pour discuter du même problème.

L?attitude de l?homme d?affaires irrite le régulateur. L?impression qui se dégage est que le financier n?est nullement intéressé à céder ses parts. Il chercherait même, disent les sources autorisées, à consolider son emprise sur la banque en visant un poste d?executive chairman. La Banque centrale s?est toujours opposée à cette idée.

Plusieurs écarts

Elle étudie les moyens légaux pour agir contre Harry Sookun, si jamais il ne respectait pas l?échéance du 31 décembre. Elle se dit déterminée à s?opposer à toute tentative visant à repousser l?expiration du délai.

Le gouvernement s?intéresse de près à cette affaire dans la mesure où l?Etat détient 60 % du capital de la FCB à travers la participation de la Development Bank of Mauritius et de la State Investment Corporation. Le ministère des Finances cherche lui aussi des explications auprès de Harry Sookun sur la marche qu?il compte suivre dans les semaines à venir.

Ce dernier n?en est pas à son premier écart. La Banque centrale s?est intéressée à lui à plusieurs reprises ces dernières années. Dans un cas, elle avait ordonné à la FCB de ne plus payer le loyer d?un representation office de la banque à Londres. Une enquête avait révélé un conflit d?intérêt impliquant Harry Sookun dans cette relation d?affaires, car il est le propriétaire du bâtiment.

Celui-ci avait aussi eu des démêlés avec le régulateur lorsqu?il avait proposé de vendre la société de crédit-bail, Global Direct Leasing, dont il est le propriétaire, à la FCB. La Banque de Maurice avait rejeté cette demande.

La bagarre entre le vice-président et le CEO

Quand la First City Bank (FCB) prend son envol en 2002, ils sont trois, qui visiblement s?entendent bien. D?après les procès-verbaux des réunions du conseil d?administration, Harry Sookun, Sunil Bheeroo et Rohit Auckle paraissaient sur la même longueur d?onde.

Mais Harry Sookun a dû, hier, évacuer son bureau de la banque ?avec effet immédiat?. Sunil Beeroo n?est plus à la FCB. Il a démissionné en février, faisant des allégations de malversations à la banque.

Le vice-président du conseil avait crié au scandale, accusant son ancien collègue Auckle d?avoir facilité l?octroi de prêts à certaines personnes, dont Dharmaveersing Roopun, ancien deputy speaker, notaire membre du MMM et Yacoob Maghoo, fils d?Abu Maghoo, agent du MMM, tous deux directeurs des compagnies Skyline Ltd et Pleasure World Company Ltd. Rohit Auckle, chief executive officer (CEO) de la banque, se contente d?affirmer que ?les procédures ont été respectées?. Au-delà des dettes irrécupérables, que s?est-il passé entre ces hommes ?

?Maghoo et Roopun ne sont que des prétextes. Comment Sookun peut-il dire qu?Auckle a protégé Maghoo quand c?est lui qui a introduit les Maghoo à la FCB ?? s?interroge un proche de Rohit Auckle. En effet, des documents que nous avons en notre possession démontrent que Harry Sookun a garanti deux prêts aux Maghoo. L?un en novembre 2001, quand Yacoob Maghoo a fait une demande d?un prêt d?un million de roupies, (la FCB était alors la Delphis Bank) et un deuxième en septembre 2002, quand la s?ur de Yacoob Maghoo, Shamima, a demandé un prêt de Rs 1,5 million. ?Sookun signe des papiers pour affirmer qu?il accepte d?être ?liable for repayment of the loan as if I, myself were the borrower? et il dit que ce sont les autres qui privilégient les Maghoo et les Roopun ?? s?étonne un employé de la FCB.

Malversations

Pourtant, Harry Sookun accuse la banque d?avoir prêté de fortes sommes à Skyline et Pleasure World, faisant fi des procédures. Ces deux compagnies sont des clients non performing. Donc, leurs demandes pour des prêts additionnels devraient être refusées. Selon la version du clan Sookun, l?accounts manager et le credit officer avaient conseillé au CEO de ne pas approuver le prêt. Or, il a été octroyé. Un proche d?Auckle explique : ?le CEO ne fait que suivre les recommandations (...) C?est le loan committee qui recommande l?approbation du prêt au conseil d?administration. Une fois que ce dernier approuve, la demande est renvoyée au credit officer, qui la renvoie au CEO pour la signature finale. Ce n?est qu?après toutes ces étapes qu?il approuve. Il ne vérifie pas chaque demande car elle a été passée au peigne fin.?

Cet interlocuteur affirme qu?il ?n?est pas vrai? que le CEO a passé outre les recommandations. Harry Sookun affirme cependant avoir écrit des lettres au président du board dès 2002 pour faire état de malversations.

Changement de bord

Si l?on en croit l?entourage de Rohit Auckle, Harry Sookun aurait inventé cette histoire ?parce qu?il n?était pas satisfait de sa position de vice-président?. D?ici décembre, les actions de Harry Sookun devraient être réduites de 39 % à 10 %. ?Mais si Sookun se retrouve avec 10 %, il ne pourra pas aspirer à être président ni même conserver son poste de vice-président?, explique un proche du milieu.

Harry Sookun ne cache pas sa frustration. ?En dépit du fait que je détiens 39 % des actions et que je suis vice-président du conseil d?administration, je n?ai jamais eu mon mot à dire dans l?administration de la banque.? Un proche d?Auckle réplique : ?Le conseil d?administration était très enclin à satisfaire Monsieur Sookun.?

Il semble que les ponts soient coupés entre les Maghoo et Sookun qui étaient à un moment très proches. D?aucuns mettent ce revirement sur le compte du changement de bord politique de Sookun. L?enquête indépendante du ministère des Finances devrait apporter un peu de lumière sur ce règlement de comptes. Et Rohit Auckle aurait demandé au président du conseil d?ouvrir une enquête.

Publicité