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Porter un projet
Avec le renouvellement de ses instances, le MMM joue à quitte ou double. Cet exercice pourrait précipiter son dépérissement ou au contraire lui permettre de rebondir significativement. Il ne retrouvera pas avant longtemps une autre occasion de conjurer son sort après les désaveux successifs du peuple.
Déjà, il est clair que le rajeunissement ne se fera pas, ou alors il sera très progressif. Les vieux routiers du parti ne veulent pas partir. Jayen Cuttaree, fidèle parmi les fidèles, brigue, à nouveau, un siège au comité central de même qu?Alan Ganoo, Ahmad Jeewah, Ivan Collendavelloo, Rajesh Bhagwan, Sam Lauthan et autres José Arunasalon. Le leader, Paul Bérenger, se réjouit du fait que la vieille garde ne l?a pas abandonné. Il y trouve une preuve de la résilience des vétérans de son parti. Mais il devra reconnaître que l?usure est un facteur qui se paie très cher en politique.
Le leader du parti disposera d?une marge de man?uvre importante quand l?heure sera venue de constituer le bureau politique. C?est lui qui nomme les ?office bearers? et il peut alors avancer ses propres pions. S?il le voulait, il pourrait alors constituer une équipe jeune à ses côtés à la tête du parti. Mais la situation est compliquée pour Paul Bérenger car il a fait savoir qu?il veut d?une renaissance qui ?ne blesse personne?. Sa sollicitude pourrait permettre, par exemple, au septuagénaire éreinté qu?est Ahmad Jeewah de conserver la présidence ?
Si toutes les grosses pointures continuent à peser dans la direction du parti, le MMM pourra difficilement éviter le naufrage qui se profile. Déjà, son récent déclin est attribué à l?archaïsme de ses pratiques politiques. Seul un véritable vent de changement aurait pu faire changer de cap au navire MMM.
Ce parti est devenu triste car la flamme des militants a disparu. La fatigue des vétérans est visible. Les uns et les autres se livrent des guerres fratricides qui n?ont rien à voir avec des convictions. Leurs clivages sont aujourd?hui le résultat de querelles de positionnement. Ils se battent non pas pour défendre des idées mais des postes.
Devant cet état de fait, on peut s?interroger sur la capacité de la future direction du MMM à porter un projet novateur et devenir une force d?alternance crédible. Le MMM a connu la gloire au cours de longues périodes de notre histoire grâce à ses spécificités. Durant les années 70, le MMM était un parti révolutionnaire. Au cours des années 80, il était devenu un parti social-démocrate mais avait un style qui tranchait avec celui des autres. Ses dirigeants avaient une rigueur, une discipline, une vision. Aujourd?hui, le MMM prétend repartir à la reconquête du pouvoir sans être capable de se distinguer des autres. Pourtant ? les spécialistes du marketing le savent bien ? il n?y a pas de succès sans un ?product differentiation?.
Si le MMM pense ressortir son projet socialisant, il se trompe. Ce terrain est désormais occupé. Il ne pourra pas déborder le PTr sur sa gauche. Les travaillistes ont eu du succès grâce à un thème qui devait forcément séduire étant donné la conjoncture de l?époque. Il faudra à son successeur un projet économique qui garantit le social. Et une équipe rajeunie pour défendre ces idées nouvelles.
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