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L?encombrant Monsieur Raddhoa

22 octobre 2005, 20:00

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Nul ne peut nier ses qualités. Mais ses défauts prennent souvent le dessus. Lui, c?est Hurrydeo Raddhoa, le surintendant de police qui veut faire de Maurice, une île propre débarrassée du crime.

Même si son intention est noble, ses méthodes peu orthodoxes ainsi que ses déclarations tonitruantes à l?égard de certains avocats font tiquer l?hôtel du gouvernement. Surtout depuis qu?il a rouvert le dossier du hold-up sanglant à la Mauritius Commercial Bank (MCB).

Sa déclaration dans un quotidien du matin selon laquelle la somme emportée en février serait supérieure à celle déclarée par la banque présageait déjà ce qu?il avait en tête? « Il était sur le point d?interpeller deux directeurs de la banque ainsi qu?un avocat », assure-t-on dans les milieux du gouvernement.

Il a été rappelé à l?ordre à temps, en fin de semaine dernière. Pour certains au sein du gouvernement, au moindre faux pas, basta : il sera de nouveau bon pour un autre séjour dans le garage de la Special Mobile Force (SMF), d?où il a été repêché à l?issue des législatives de juillet dernier.

<B>Un « poids lourd »pour le pouvoir

Au fil des jours, Hurrydeo Raddhoa est devenu embarrassant. « Line sape lor billot grace au cas Ujoodha », explique une source qui le décrit comme un « poids lourd » pour le pouvoir.

« Li enconbran pu human rights. Pa blyer fine ena rapor ki dimun ine gagne bater. Mai li fine ressi gagne ene boue sauvetaz a la derniere minit kar line gagne sa case la », indique-t-on dans les milieux du Prime Minister?s Office.

Mais comment un officier, dont les subalternes croulent sous les accusations de brutalité policière, et qui a lui-même été blâmé dans un « ruling », a-t-il pu être réintégré dans la police ? Est-ce réellement une décision interne des Casernes centrales ?

Comment ce chef, à l?origine de son transfert pour la SMF en octobre 2001, car il défiait son autorité, s?est-il soudain dit qu?il était indispensable ?

Personne n?est dupe : la décision de lui offrir le billet retour est éminemment politique. « Dès le départ, il y a eu énormément de pression de la part d?un lobby sectaire pour le faire réintégrer », souligne un membre du gouvernement.

« Li encombran pu human rights. Pa blyer fine ena rapor ki dimun ine gagne bate. Li fine ressi gagne boue sauvetaz? »

Il est aussi vrai qu?une proche du policier a fait campagne pour les travaillistes durant la campagne électorale dans un bastion connu pour être ultra sectaire, reconnaît un député du Parti travailliste. En retour, l?officier a été « récompensé » pour services rendus.

« En tan ki ex PM et lider loposiyon li extrememan faux de dir ki reintegratyon Raddhoa ene decisyon intern de la polis », a d?ailleurs fait ressortir Paul Bérenger, lors de sa conférence de presse d?hier. « Raddhoa avait été mis au rancart, au garage de la SMF, pour des raisons que l?on sait. Ramgoolam pa pe assim so decisyon. La nominatyon et promotyon Raddhoa decisyon Premie Minis sa. C?est ene la honte pu limaz et la repitatyon de Moris », tonne l?ancien Premier ministre.

Mais n?oublions pas tout de même que la décision de réintégrer l?enquêteur reposait aussi sur son excellent track record. « At the end of the day, kuma nou pe trouver dan case Ujoodha, mem si ena allegation britalite, li pe apporte resiltat », fait ressortir un policier qui a déjà travaillé au sein de la cellule homicide du Central CID.

Hurrydeo Raddhoa dispose aussi d?un fort courant de sympathie de la part d?un Senior Minister, dont une proche aurait été victime d?une agression récemment. Ainsi également que d?un autre élu dont le domicile avait été cambriolé, il y a quelques années.

En réintroduisant l?officier dans l?arène, le gouvernement fraîchement élu voulait jouer à fond la carte populaire. Nombreux sont en effet les parents des victimes, dont les circonstances de la mort n?ont pas été élucidées, qui réclamaient le retour du bouillant enquêteur à la CID.

<B>« L?impression qui se dégage est qu?il ne va pas rester longtemps là où il est. S?il continue à agir comme il le fait. »

Navin Ramgoolam a été « sensible » à ces demandes, d?autant plus qu?il a reçu des « centaines de lettres de félicitations » depuis la réintégration de Raddhoa, qu?il ne tient pourtant pas en odeur de sainteté.

« Fine donn li ziska desam pu amen bane resiltat. Li ena obligatyon pu amen resilta. Mai Navin bien amerder ar so propensyon donn interview radio lagazet kot li dir bane enormite », révèle une personnalité du cercle intime du chef du gouvernement.

Mais qui dit obligation de résultats ne dit pas nécessairement que « la fin justifie les moyens », ajoute cette personne. « L?impression qui se dégage est qu?il ne va pas rester longtemps là où il est. S?il continue à agir comme il le fait, bane la pou dir li lev pake ale. »

<B>Vénérer comme une idole</B>

Mais d?ores et déjà, si jamais la décision de « casser » Hurrydeo Raddhoa est prise, soulignent des locataires de l?hôtel du gouvernement, ce n?est pas le Premier ministre qui montera en première ligne. Celui qui lira la sentence sera l?Attorney General et ministre des Droits de l?homme, Rama Valayden. Ce dernier risque d?y laisser quelques plumes. On pourra croire qu?il en veut au policier car les suspects arrêtés de nouveau dans l?affaire du hold-up de la MCB et l?assassinat de Nadine Dantier sont ses anciens clients.

En attendant, Hurrydeo Raddhoa ne fait rien pour prévenir les foudres gouvernementales. Il continue à faire ses déclarations intempestives.

Lundi, sur les ondes d?une radio privée, il a montré qu?il aimait parler de lui à la troisième personne, a tenté d?expliquer que la population le vénérait comme une « idole », avant de déraper lors de l?intervention de Yousuf Mohamed, Senior Counsel. Mais à trop en faire, on finit par se brûler les ailes.

La frustration gagne du terrain

Depuis septembre, le retour de Hurrydeo Raddhoa à la CID de Curepipe et son parachutage à la barre de la Major Crime Investigation Team (MCIT), suivi d?une vague de transferts qualifiés de punitifs a entraîné beaucoup de frustrations au sein de la police.

« Il y a de nombreux officiers intègres qui travaillent dans l?ombre. On lui a donné beaucoup de liberté. Il fait des déclarations de presse qui souvent frisent la diffamation. Et à l?écouter, li mem meyer. Sa mem pu destabilise la polis », résume un inspecteur. « Si tu gard kumans fer kuma li, ki pu arriver ? »

Certains vont jusqu?à penser qu?il a été placé aux Casernes centrales dans le but de « faire partir » le commissaire de police. Ils en veulent pour preuve qu?il rapporte directement le déroulement de ses enquêtes au chef du gouvernement, ce qui est contraire à la procédure. « Il n?y a rien de plus faux. Il a sans doute fait courir le bruit afin que ses supérieurs le craignent. Sane cou la, li pé autoproclam limem mari, li pe koze li mem a la troiziem personne, li pu gagne bezer, li pu fini parey kuma sa dimoun ti pe reagir parey kuma li bien avan », averti un proche de Navin Ramgoolam.

Vraie ou fausse, le policier sous-entend, par ses déclarations, qu?il a une ligne directe avec le Premier ministre. Dès qu?il a été réhabilité, il a déclaré dans un quotidien qu?il attendait son retour au pays pour lui demander de recruter sous contrat deux de ses anciens bras droits.

Une lettre de protestation

Il en a profité pour alléguer qu?il y avait eu des « magouilles », provoquant la colère parmi les anciens de la MCIT. « Il s?attaque à notre intégrité et nous met en danger. En lisant ces bêtises, les proches des personnes assassinées risquent de croire qu?on a touché des pots-de-vin pour que l?enquête ne suive pas son cours ? », s?insurge un limier.

Une lettre de protestation a été envoyée au commissaire de police afin qu?il apporte un démenti aux allégations du surintendant. « Mais comme on le craignait, Ramanooj Gopalsingh n?a pas bougé le petit doigt pour ramener son subordonné à l?ordre. En jetant de la boue sur cette équipe, Raddhoa ne l?a-t-il pas blâmé par la même occasion ? », se demande un ancien membre de la MCIT.

« Il fait beaucoup de jaloux »

La déclaration du Premier ministre selon laquelle la réintégration de Raddhoa relève d?une « décision interne » est donc prise avec circonspection par les policiers. En mai dernier, l?officier n?avait-il pas servi une mise en demeure au commissaire de police et à la Disciplined Forces Service Commission parce qu?il n?avait pas été nommé assistant surintendant de police ?

Dans ce document, le policier disait clairement qu?il était « victime du commissaire de police » et qu?il estimait qu?il n?avait pas été promu parce qu?il « n?était pas bien vu du CP ». Ce dernier, selon lui, se serait embarqué dans une « unimaginable victimisation expedition » contre lui, surtout depuis le démantèlement de l?escadron de la mort.

D?après Hurrydeo Raddhoa, à ce moment-là, le chef de la police aurait développé une aversion contre lui, lorsque Swaleha Joomun, veuve de l?une des victimes de l?attentat de la rue Gorah Issac, a déclaré à la presse qu?elle le considérait comme « le vrai commissaire de police ».

Certains au sein de la police estiment cependant qu?il faut mettre ces « vieilles histoires » de côté et laisser Raddhoa faire son travail. « Je ne crois pas qu?un policier du xxie siècle agit de la façon dont on accuse les hommes de Raddhoa. La première réaction d?un suspect qui est passé aux aveux, peut être de dire qu?il a été brutalisé lorsqu?il se retrouve enfin en présence d?un avocat. J?ai le sentiment que Raddhoa fait beaucoup de jaloux. Il travaille et aime qu?on fasse de la publicité autour de sa personne. Personnellement, je pense qu?il est en train de faire son boulot », avance un ancien chef de la cellule homicide du Central CID.

Une chose est sûre : Hurrydeo Raddhoa ne laisse personne indifférent !

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