Publicité
Le St Géran : Son One and Only !
Avec sa coupe courte, son uniforme immaculé impeccablement repassé, sa broche avec son prénom qui réfléchit chaque rai de lumière et ses mocassins blancs, Lisette Preaudet, 53 ans, a quasiment tout de l?infirmière. Il ne lui manque que la coiffe. Les services qu?elle prodigue pourraient s?apparenter à ceux de l?infirmière car Lisette n?a pas son pareil pour «soigner» la literie, le linge de table et les vêtements des clients fréquentant le palace qui l?emploie.
D?ailleurs dans la bouche de ces derniers, son nom est synonyme de faiseuse de miracles en matière de vêtements à détacher, de linge délicat à laver ou réparer. Elle est si efficace que durant ses 30 ans de service, elle a obtenu la médaille d?or de l?hôtel. à ce titre, elle a ajouté celui de «Best Employee of the Year 1987» et le premier prix au niveau des services du National Quality Award.
« Je ne sais pas d?où cela me vient car personne ne m?a appris à laver et à détacher. Je crois que tout est une question d?état d?esprit. Rien ne me semble impossible et je n?aime pas dire non quand on me demande quelque chose. En fait, je me dis que je tenterai le tout pour le tout et ferai de mon mieux. Et les trois-quarts du temps, cela réussit», déclare-t-elle avec vivacité.
C?est le 4 octobre 1975 que cette fille d?une famille très nombreuse de Mare d?Australia, qui n?a étudié que jusqu?en standard VI, est embauchée par le St Géran. Cet établissement vient juste d?ouvrir ses portes et a déjà recruté la s?ur de Lisette comme femme de ménage. à l?époque, Lisette qui n?a que 23 ans, est déjà mariée et mère d?un enfant.
À l?issue de son entretien d?embauche, elle est envoyée au département lingerie où elle doit agir comme aide blanchisseuse. Ledit département est chapeauté par celui du «Housekeeping», lui-même administré par la gouvernante Jacqueline Domaingue. Le courant passe immédiatement entre les deux femmes.
«À cette époque, les vêtements des clients, ceux du personnel, les couvre-lits, se lavaient à la main pour éviter qu?ils ne se déforment durant le nettoyage à sec.»
Lisette qui est à cheval sur le travail bien fait, ne lésine pas. à tel point que l?os de son poignet droit est aujourd?hui déformé. Mais cet investissement personnel s?avère payant car cinq ans après avoir rejoint l?équipe du St Géran, elle est nommée surveillante du département lingerie. Ses responsabilités sont alors décuplées. Sa journée type commence à 6 h 30 et se termine à 15 heures 30, heure à laquelle elle est relevée par une autre surveillante assurant le service de nuit.
Dès son arrivée au département, Lisette inspecte le carnet des messages pour vérifier qui a récupéré quels vêtements en son absence. Elle examine les plaintes éventuelles des clients, va à leur rencontre pour en discuter et met tout en ?uvre pour réparer ce qui est réparable. Elle doit livrer torchons, serviettes, uniformes propres aux valets et aux autres membres du personnel de l?hôtel, récupérer d?eux les pièces sales et tachées. Elle doit aussi vérifier tout le linge revenu du nettoyage à sec.
Sur la brèche toute une journée
S?il est vrai qu?elle est aidée par une équipe, en moyenne, c?est plus d?un millier de pièces diverses qui entrent et sortent de la lingerie. De sorte que Lisette est sur la brèche une journée durant. Quand un membre du personnel est absent, que ce soit au blanchissage ou au repassage, Lisette effectue le remplacement sans rechigner. « Nous sommes un établissement cinq-étoiles. Le client n?a pas besoin de savoir qu?il y a des absences dans la section et le service doit être maintenu.»
Et même quand le personnel obtient près de six mois de congé lors de la rénovation de l?hôtel en 1999, Lisette est régulièrement à la lingerie pour nettoyer les uniformes et combinaisons des ingénieurs et ouvriers qui y travaillent et réajuster les uniformes des employés qui ont maigri ou pris du poids durant ces «vacances forcées».
Son plus grand succès professionnel, estime-t-elle, a été le nettoyage d?une robe de mariée truffée de perles et impossible à être nettoyée à sec. Lisette l?a lavée à la main de bout en bout en utilisant des serviettes. «La cliente qui était si triste de ne pouvoir porter cette robe une nouvelle fois, est restée bouche bée quand je la lui ai rendue toute propre. Son contentement faisait plaisir à voir.»
Au cours de sa carrière, Lisette a eu l?occasion de rencontrer des personnalités qui ont apprécié ses services, notamment la princesse feu Soraya. «à chaque fois qu?elle venait à Maurice, la princesse Soraya faisait appel à moi, me demandant de m?occuper de ses vêtements. La confiance a fini par s?établir et à la fin, elle disait au valet de venir me chercher pour que j?aille prendre de l?argent dans sa chambre. Elle tenait à ce que je l?accompagne lors de mes jours de congé à Flacq pour acheter des saris.»
« La retraite n?est pas loin »
Lisette n?a pas vu les ans passer. Si elle adore le St Géran qu?elle compare à sa maison, qu?elle se dit bien gâtée par les clients habituels, de même que par ses supérieurs, elle trouve même que depuis que l?hôtel a été rénové, les rapports humains sont devenus impersonnels. «Les managers ne viennent plus nous saluer. C?est important que le chef le fasse car, ce faisant, il peut prendre la pleine mesure de nos problèmes et aider à les solutionner rapidement. Le personnel sent alors qu?on s?intéresse à lui et se met en quatre pour mieux faire.»
Elle regrette d?ailleurs le départ à la retraite de Jacqueline Domaingue, qui savait y faire avec le personnel qu?elle dirigeait.
«Elle était comme une maman pour nous. Elle ne manquait aucun anniversaire, offrant souhaits et petits cadeaux à chacun. Ces petits gestes motivent et incitent à se dépasser.»
De plus, ajoute-t-elle, l?instauration d?un maillon intermédiaire, celui du maître d?hôtel, a également contribué à mettre de la distance entre le personnel de la lingerie et les clients. «Nous sommes là pour travailler certes mais c?est encourageant et motivant de voir la satisfaction du client quand nous lui remettons son vêtement reprisé, propre. Ce contact-là fait aujourd?hui défaut. Et c?est dommage.»
Ces derniers temps, Lisette songe sérieusement à la retraite. Pour se reposer et profiter de ses enfants et petits-enfants. Son supérieur direct a trouvé la formule pour ne pas la perdre. «Elle m?a demandé de trouver une personne capable de me remplacer et que je formerai deux ans. Je pourrais me retirer quand je serai satisfaite de son travail. Le problème est que je n?ai trouvé personne pour me remplacer car je suis extrêmement exigeante envers moi.»
La réputation de Lisette a dépassé les frontières de l?établissement et les propositions de débauchage n?ont pas manqué ces 30 dernières années. Elle les a toujours rejetées. «J?ai été toujours fidèle à mon employeur qui a su bien me traiter. Cela aurait été malhonnête de le quitter et de prendre de l?emploi ailleurs. Et maintenant, la retraite n?est pas loin.»
Lisette est ravie que son fils, Lansley, 30 ans, ait trouvé un emploi d?électricien dans le département de maintenance du St Géran. « Même si je me retire bientôt, je partirai le c?ur content en sachant qu?au moins un Preaudet est encore là ». à cet hôtel au sein duquel elle a évolué pendant 30 ans, elle souhaite comme le chante si bien le groupe Sinsémilia, « tout le bonheur du monde?»
Publicité
Publicité
Les plus récents