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?Les Chiommes? pour saluer les Chagossiens
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?Les Chiommes? pour saluer les Chagossiens
Cris de chiens pour douleurs d?hommes. Des comédiens jouant aux hybrides, personnages mi-chiens, mi-hommes. Les Chiommes, c?est la dernière création de Gaston Valayden et Darma Mootien. Ils l?ont présenté mercredi soir dans le cadre du Festival de théâtre de Port-Louis. Une pièce qui sera rejouée samedi à 20 heures. Prix des places Rs 100.
Au Chagos, on a d?abord tué les chiens. Avant de tuer les hommes. Pas physiquement bien sûr, mais à petit feu. D?abord en arpentant leur territoire. Telle une invasion. Sans leur parler. Sans leur expliquer, juste en les empêchant d?approcher. Puis, en les condamnant à l?errance à Maurice. Terre d?accueil, terre pleine d?écueils.
Dans la peau de l?Américain : Gaston Valayden en veste militaire et épaisses lunettes de soleil. Pour personnifier l?Anglais : Darma Mootien en casquette de treillis sur son short bleu marine. Et par-dessus, une généreuse couche d?arrogance, parfois surjouée. Mais comme l?intention est bonne?
Pour en revenir à Darma Mootien, son costume dépareillé s?explique par le fait qu?il campe deux rôles dans Les Chiommes. Performance d?acteur que celle d?enchaîner le registre militaire au rôle dramatique du bon vieux Joseph, un pêcheur sur la fin de sa vie, qui préfère mourir plutôt que quitter son île.
Un jusqu?au-boutisme qui fait la force de cette pièce qui va crescendo. De la référence biblique, car ?au commencement il y avait la nuit? à la scène où tous les comédiens jappent, aboient et hurlent à la mort. Imaginez une demi-douzaine d?adolescents et d?enfants ( dont certains pris en charge par le Trust Fund for the Rehabilitation of Vulnerable Groups) qui, dressés sur les genoux, crient comme des chiens avec plus ou moins de conviction.
Une mise en scène qui pousse les comédiens à recouvrir le corps du vieux Joseph comme le ferait un chien. En clair, cela veut dire que les comédiens attrapent du linge par les dents pour en recouvrir le cadavre. Entre ces deux temps forts, le couple de valeurs montantes ? Kristeven Mootien et Sophie Adèle ? passe de l?admiration sans bornes pour la pureté de l?air au mécontentement avec le manque d?infrastructure. Pas d?avion. Pas d?uniforme pour aller à l?école. Une éducation sommaire qui aboutit à ?rap koko, tir filet.?
Ce qui explique le décor sobre mais parlant de la pièce : au fond et en bordure de la scène : des filets de pêche. Sur scène : des carcasses de noix de coco que les comédiens s?emploient à dépailler tout le long de la pièce. Gaston Valayden prend la précaution de préciser que son travail a été étoffé par les contributions d?Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos.
Une création que les Chagossiens sont venus applaudir par bus entier mercredi soir. Avec Les Chiommes, la Trup Sapsiway a le mérite d?avoir fait plus qu?un clin d??il. Tout en évitant l?hommage larmoyant. Tonique, les ségas que ?piquent? les jeunes comédiens sont le pendant à la rengaine mélancolique et monocorde qui fait office de transition entre les scènes.
Plus perfide : l?incarnation, par Gaston Valayden, d?un Chacha bonhomme et gêné aux entournures. L?auteur de la pièce ne s?est pas contenté d?évoquer le paradis perdu. Les cocotiers, les brises estivales et le bleu de la mer. Il signe une satire contre la raison d?État. Celle qui transforme des hommes en chiens.
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