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Funeste idée
L?obsession de porter nos petites querelles politiques sur la scène internationale est commune à plusieurs partis politiques. Ce week-end, cela a été au tour de Pravind Jugnauth d?annoncer son intention d?alerter la communauté internationale sur ce qu?il appelle les ?dérives totalitaires? du gouvernement.
Il emboîte ainsi le pas à d?autres dirigeants qui, une fois dans l?opposition, croient que leur fonds de commerce se trouve à l?étranger. On se souviendra notamment des bruyants appels au secours lancés par le Parti travailliste dans les années 90 aux organisations internationales. Le plus souvent, ces bruits n?étaient suivis d?aucun effet.
Le MSM croit malgré tout à cette stratégie d?internationalisation. Il écrira à des gouvernements étrangers et à des instances de l?Onu pour faire état de ses griefs contre le pouvoir. Sa démarche est indigne. Que ses inquiétudes sur le non- respect des libertés individuelles soient fondées ou pas, le leader du MSM devrait savoir que le linge sale se lave en famille.
La démarche de Pravind Jugnauth est d?autant plus étonnante que le fondateur de son parti est aussi le père de la République. Quand Anerood Jugnauth prônait avec tant de conviction l?accession de Maurice au statut de République, il ne pouvait pas imaginer qu?un jour son parti attacherait si peu d?importance à la fierté nationale.
L?initiative extrême de Pravind Jugnauth est disproportionnée par rapport à la gravité des faits reprochés. Même s?il a raison de dénoncer les pratiques de mauvaise gouvernance qu?il dit relever, rien ne peut justifier la campagne internationale qu?il annonce. Cherche-t-il à projeter Maurice comme un pays où les citoyens doivent s?appuyer sur des béquilles étrangères pour faire entendre leurs revendications ?
Il est exagéré de parler de ?dérives totalitaires? alors que la série d?allégations faites par le MSM pourraient constituer, tout au plus, des abus de pouvoir ou des actes revanchards. Admettons que certains comportements de la majorité préfigurent un Etat totalitaire, alors il revient aux institutions compétentes de les sanctionner. Il faut se désespérer de notre système de démocratie s?il n?est pas capable d?offrir à Pravind Jugnauth, ou à n?importe quel autre citoyen, une plate-forme à partir de laquelle il peut contester des décisions qu?il juge arbitraires. Les cours de justice, la presse indépendante et les radios libres sont des voies de recours autrement plus dignes que les supplications faites aux étrangers.
Cependant, autant on peut réprouver le mode d?action de Pravind Jugnauth, autant on doit réclamer plus de vigilance et d?efficacité des institutions officielles. Les allégations de violation des droits des détenus, par exemple, sont terrifiantes et révoltantes mais les institutions d?Etat chargées de les contrôler réagissent à peine. Si la situation s?aggrave, cela justifiera l?appel aux ONG étrangères?
Quant aux ONG locales, elles sont promptes à sauver quelques espèces de vacoas ou à condamner des publicités trop suggestives, mais elles demeurent velléitaires sur des questions fondamentales. Pas une seule n?a élevé sa voix quand Soorya Gayan a été démise de ses fonctions injustement. Pourtant il s?agissait bien d?une injustice. Le Premier ministre lui-même l?a reconnu et a cherché à faire amende honorable par la suite.
Il est normal que Pravind Jugnauth soit interpellé par les excès qu?il dit constater. Mais il devrait se montrer plus sage et refuser toute action qui prendrait l?allure d?un dénigrement de notre pays.
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