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Raddhoa sous haute Surveillance

16 octobre 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Li impé excité. Nu pé veille li ! » C?est en ces termes que s?exprime l?un des membres en vue du gouvernement qui sourcille face au nombre d?accusations de brutalité notées contre les hommes de l?officier Hurrydeo Raddhoa.

Il est tout à fait conscient que si le nouveau patron de la CID de Curepipe et de la MCIT disjoncte, c?est l?image même du gouvernement qui en prendra un coup. C?est ce qui se passe ces jours-ci avec la réouverture de l?enquête sur le hold-up sanglant de la Mauritius Commercial Bank (MCB), au cours duquel Gérald Lagesse a été tué et Rs 51,8 millions emportées.

Depuis la réintégration de Radhooa au sein de la police, des suspects, déjà inculpés pour ce hold-up, ont été à nouveau interrogés avant d?être accusés pour un nouveau délit.

« Pena oken resilta ziska ler. Li pe arret dimun kine deza areter et li pe met nuvo charge kont zot. Dans toute enquête, il y a une collecte de preuves au préalable. Lui, on ne sait pas trop comment il fonctionne ! Il interroge les suspects avant de trouver les preuves », déplore ce ministre.

Du chauffeur de taxi, Saïd Lallmamode, en passant par Mithil Sotrooghan et Vinessen Subbaroyen, tous allèguent avoir été obligés de faire des confessions sous la contrainte.

Il y a trop de coïncidences. C?est le même schéma à chaque fois. Ces hommes disent avoir été frappés avec une matraque après qu?on leur a placé une cagoule sur la tête pour ne pas identifier les policiers. Même Marcelin Azie, le suspect du viol et du meurtre de Nadine Dantier, fait état de ce genre de traitements dans une plainte consignée à la Commission des droits de l?homme.

Il n?arrive pas à marcher

Comment expliquer que Vinessen le planton qui se tait depuis février, se mette à parler devant les subalternes de Raddhoa en avouant avoir touché Rs 6 millions de roupies ainsi que des devises pour le casse du 11 février ?

D?ailleurs, comme les autres suspects, ses proches affirment qu?il s?est évanoui un matin. Nul ne savait où le trouver. Alertée, l?avocate Devina Deonaran, a dû attendre toute la journée avant d?être mise en présence de son client. Les hommes de Raddhoa lui ont d?abord déclaré qu?il se trouvait « très loin », à l?autre bout de l?île puis, que « leur véhicule était tombé en panne ».

Lorsqu?il est finalement mis en présence de l?avocate, il n?arrive pas à marcher, revient sur ses « aveux », dans lesquels il implique des membres de sa famille, soutenant avoir été torturé.

« Li pé bate dimoun. Nu pe veille li. Si li al trop loin li pou tasser par li mem. Lotel guvernma ine demane rappor medical Vinessen. Rappor la li damning. Nune conné line gagne bater », affirme notre source.

En effet, il y a une preuve que Vinessen, soupçonné d?être le cerveau du hold-up au début de cette affaire, a sans doute lâché le chiffre de Rs 6 millions sous l?effet de coups de matraque portés sur la plante de ses pieds.

Ancien médecin légiste de la police reconverti en consultant privé, le Dr Gujjalu a confirmé que le planton, détenu par les hommes de Raddhoa depuis le 10 octobre, a bien été battu sur la plante des pieds et qu?il a des hématomes sur tout le corps. Le rapport a été transmis à l?Attorney General, Rama Valayden. Dans son rapport, le médecin explique avoir trouvé des traces de coups portés par un objet contondant. Pour lui, « there was no doubt that he had sustained bodily injury since two days ».

La mère vit dans la peur

Et comme un événement en entraîne un autre, le frère de Vinessen, Vissen, a été hospitalisé vendredi soir, quelques heures après avoir été interrogé par l?escouade de Raddhoa.

Il a fallu qu?il commence à vomir dans une cellule du poste de police de Roche-Bois vers 20 h 30 ce jour-là, pour qu?il soit emmené à l?hôpital Jeetoo.

« C?est incroyable. Il y a eu un ordre du magistrat dans la journée pour qu?il soit examiné. Il est déjà 20 h 30 passées, mais la police voulait un ordre écrit avant qu?il puisse être examiné par le Dr Gujjalu », s?emportait son avocat, Me Jean-Claude Bibi, au poste de Roche-Bois vendredi soir.

Après avoir enchaîné les appels au bureau du commissaire de police, il a dû persuader les officiers présents d?aller voir son client qui se tordait de douleur pour l?emmener à l?hôpital, car ceux-ci ne voulaient pas que le Dr Gujjalu, présent à ce moment-là, l?ausculte. Comme aucun véhicule de la police n?était là, Me Bibi a même offert qu?on utilise sa voiture pour le transporter aux urgences.

Par ailleurs, depuis que Raddhoa a fait irruption dans leur vie, les Subbaroyen disent être « terrorisés ». La mère vit dans la peur, ne passant pas une nuit chez le même proche.

Par crainte d?être « brutalisé », le père s?est présenté à la Commission des droits de l?homme avant de se rendre à la police pour s?expliquer sur les Rs 6 millions que lui aurait offertes son fils.

Hier matin, c?est le suspect Steeve Monvoisin qui s?est évanoui dans la nature. Dans ses « aveux », Vinessen aurait dit que c?est ce jeune qui serait venu lui remettre l?argent à Piton.

LES ÉLUCUBRATIONS DU SP RADDHOA

Dans une déclaration dans un quotidien, l?officier Raddhoa croit savoir que Rs 78 millions ont été dérobées du main vault de la MCB et que des devises ont également été emportées d?après les « confessions » du planton Vinessen Subbaroyen. Ce qui pousse le directeur général p. i de la MCB, Philippe A. Forget, à sortir de sa réserve pour souligner que seules des roupies se trouvaient dans ce fameux coffre et que la somme volée est bien de Rs 51,8 millions. « Il n?y avait et il n?y a aucune raison pour la MCB de ne pas rapporter le chiffre exact de ce qu?il lui a été volé », affirme-t-il. « Nous avons aussi pris note de ces déclarations lors du Conseil des ministres. Li pé brile li mem », confie un membre du gouvernement. « Fine ena communications avec le commissaire de police lor so maniere de fer. Nu pu control li aster la. » D?où peut-être le fait que l?officier ait, tour à tour, été entendu par la Commission des droits de l?homme et le ministre de la Justice, Rama Valayden. À ce dernier, le policier évoque une « cabale » des avocats contre lui et multiplie les déclarations assassines dans la presse. « Je ne crois pas que des gens de la trempe de Yousuf Mohamed vont inventer des choses contre lui. Il devra surveiller ses arrières », commente un proche de l?hôtel du gouvernement. De son côté, la Commission des droits de l?homme trouve qu?il y a effectivement une hausse des allégations de brutalité depuis que Raddhoa a repris du service. « On compte bien enquêter sur tout ça », lâche laconiquement une source proche de la commission.

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