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?Le Petit Prince? laisse perplexe?
Derrière le regard critique d?une ?grande personne?, des enfants retrouvent leur innocence et leur dextérité naturelle à réciter des lignes sur scène. Le Petit Prince est pauvre en adaptation théâtrale certes. Mais pour les deux petits princes, pour tous les enfants acteurs qui se sont donnés et qui y croient, c?est une belle expérience qu?ils ont vécue vendredi lors de la première du Petit Prince de Saint-Exupéry au théâtre de Port-Louis.
Mais il faut bien croire que Rowin Narraidoo de Latelyé Teat Pierre Poivre ne cultive pas la même perception que nous sur la merveilleuse traversée du désert de ce petit prince en quête de vérité. La pièce gagne certes en fraîcheur mais elle s?effeuille et laisse un goût amer d?inachevé.
Habillées en roses, portant hautes leurs épines, des fillettes envahissent la scène, capturent notre attention par leurs mouvances et leurs tournoiements. Trop tôt, Zachary Hurbs, huit ans, apparaît. Cotonneux dans son rôle de prince, blondinet, portant fièrement et joliment la physionomie voulue par Saint-Exupéry.
La démarche espiègle, il se dirige vers Rowin Narraidoo, devenu l?aviateur réparant son avion et entame la conversation. Zachary sort sa ligne et lance un inaudible : ?S?il vous plaît?Dessine-moi un mouton !?.
D?accord, la pièce s?entendra peut-être mieux plus tard. Mais Rowin Narraidoo qui ébauche et frôle son rôle d?aviateur : déception. Toute la candeur, tout le symbolisme tangible de cettte séquence disparaît. Le public cligne des yeux, se tangue sur son siège, se préparant à entendre la fameuse réplique : ?ça c?est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans?.
Nous tentons de saisir à bras le corps et à bras de mots, les gribouillis rapides de l?aviateur sur son carnet. La scène reste pourtant inaccessible tant l?échange entre le petit prince et l?aviateur se passe dans l?intimité. L?éléphant vite expédié dans le boa et le prochain chapitre débute.
Fraîcheur pudique
Le rire fusait rarement mais certains passages très coquets ont ravi les enfants. Comme l?arrivée d?un arrosoir géant pour rafraîchir la rose de ses belles couleurs. Ou encore celle du buveur, mordant d?un rire sonore qui accapare la salle.
Portant son costume alourdi par des bouteilles collées sur son buste, Rowin Narraidoo réveille l?attention des enfants. Le temps de la rigolade passé et voilà que le trouble recommence. C?est un roi fatigué et ensommeillé qui se présente sur scène. Au lieu de bomber le torse, c?était comme s?il avait été obligé de forcer la voix.
Joël Latreille montre ici une interprétation légère. Diren Veerasamy, le second petit prince,11 ans pourtant très loin de l?effigie du petit prince, parvient à nous ramener une fois de plus sur scène. Le caractère apporte son lot de fraîcheur pudique. Un peu gauche sur les bords, mais tout à fait sympathique.
Le vaniteux, joué par Jason Latreille, retrace ses lignes comme un pénible parcours. C?est toujours vers la fin qu?il augmente sa diction. D?ailleurs, nous finissons même par anticiper ses accents ?aigus? et ses accents ?graves?. La lumière s?éteint encore, chaque passage étant marqué par un instantané figé.
Changement de décor, brouhaha et pas retentissants. Vient un allumeur de réverbères, où Jany Jhugroo-Narraidoo égaie la pièce. Tant par ses éclats de voix soudains, tant par l?énergie qu?elle tente de conserver.
C?est la seule ?grande personne? qui sache prendre l?enfant par la main et l?inciter à se lancer comme elle dans cette aventure st-exupérienne. Son interprétation du marchand de pilule, où elle se faufile parmi le public, s?écrie haut et vulgairement : ?Demandez des pilules? à tue tête, c?est là que nous sentons que Latelyé Teat Pierre Poivre se rend compte qu?il y a bien un public face à eux. Superbe déclamation.
?Voir avec le coeur? ?
La scène du renard, pilier du Petit Prince, écume les réflexions. C?est sous une masse de tissus, habillée en renard, que la filette braîlle de derrière sa fourrure. Mais rien à faire. C?est entre des morceaux de paroles que nous comprenons que le chapitre le plus important est déjà achevé.
Et St-Exupéry qui voulait nous faire ?voir avec le c?ur?, cela va être robuste de comprendre cette vision de la pièce, tant les éléments s?enchaînent dans un désordre technique. Si cette pièce s?adressait aux enfants, il faudrait se demander si ces derniers ont compris le morceau d?histoire.
Le poignant message de St-Exupéry n?est pas dans les priorités du metteur en scène certes. Il avait voulu inclure marionnettes et jeux d?ombre chinoise ; il l?a fait. Mais la réalisation laisse à désiré.
Nous nous sommes esclaffés à l?entrée du géographe, avec son timbre de voix perçant et ses allures de grenouille vertement déphasée. Qui se dit géographe mais qui ne s?intéresse pas ?aux choses éphémères?. Ou encore la scène de l?écho qui ne reste qu?un imperceptible passage dont l?essentiel est invisible.
Sur-utilisation de techniques qui laissent perplexe. A un moment, on se concentrait plutôt de savoir d?où venait la voix off, vu que la scène était vide au lieu de prêter attention à la trame. La pièce s?est terminée sans que nous le sachions.
Formidable initiative que de laisser parler son âme d?enfant sur cette pièce. Magnifique interprétation de certains d?entre eux. Voilà seulement, que la ?grande personne? prendra le dessus pour dire que la pièce a été très difficilement assimilée par ceux qui ne connaissent pas Le Petit Prince.
Il faut être averti de l?histoire pour venir voir cette représentation avec le c?ur. Tentons néanmoins d?apprivoiser cette pièce et d?attendre la prochaine pièce du festival de théâtre qui continue avec Sone Ka Anda mercredi et samedi à 20 heures.
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