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Le timbre dans tous ses états
Le gris des bâtiments historiques, le grand bleu des lagons, l’écarlate du trochétia, le vert des champs de cannes, le timbre-poste nous en fait voir de toutes les couleurs ! Et cette petite vignette qui accompagne factures, lettres d’amour, ou encore cartes postales a franchi bien des horizons avant de devenir l’emblème de la poste dans le monde et de franchir notre territoire.
Ses origines remontent à 1840, année où Rowland Hill invente le timbre-poste. Son émission sera effectuée la même année et créé par le graveur Joseph Osmond Barnard à Port-Louis. « Cela a révolutionné le système postal car auparavant, le service postal existait, mais était irrégulier. De plus, l’expédition du courrier nécessitait un paiement de la part du destinataire à la réception. L’introduction des timbres-poste a aussi vu l’application du paiement par l’expéditeur », déclare David Martial du Blue Penny Museum.
Des timbres qui vont marquer l’histoire
Après le Brésil, la Suisse et les États-Unis, Maurice se met alors à l’ère des timbres-poste. Deux autres timbres sont bientôt imprimés – un d’une valeur d’un penny, de couleur vermillon, et le second de deux pence, de couleur indigo, plus connu sous le nom de Blue Penny, à l’effigie de la reine Victoria. Ces timbres vont marquer l’histoire à la suite d’une erreur d’impression (voir encadré).
En 1846, le service postal est effectif, avec un bureau central à Port-Louis et onze bureaux ruraux. Deux ans plus tard, les timbres-poste seront imprimés en Angleterre. De 1847 à 1968, les illustrations sont essentiellement issues de l’influence britannique : la reine Victoria, le roi Georges V, etc. Après l’accession de Maurice à l’indépendance, les timbres revêtent les couleurs du quadricolore mauricien. « Le prix était d’un sou, deux sous puis au fil du temps, il y en a eu de 60 sous, d’une roupie et maintenant de deux roupies », indique Iswarnath Govind, responsable au Mauritius Postal Museum.
Il existe deux types d’émissions de timbres-poste – définitives et commémoratives. « Dans le premier cas, la conception des timbres va s’inspirer d’un thème à caractère national. Ce type d’émission se fait environ tous les cinq à sept ans. Pour ce qui est des timbres commémoratifs, ils sont imprimés quatre fois par an, soit en mars, juin, septembre et décembre, et s’inspirent d’un événement ou une commémoration particulière », affirme Giandev Moteea, Chief Executive Officer de la Mauritius Post Ltd.
Comment détermine-t-on les dessins qui y figurent ? Selon notre interlocuteur, cette tâche relève du Stamp Advisory Committee, qui comprend des représentants du ministère des Télécommunica-tions, des archives, des Bois et Forêts et des artistes. « Nous nous inspirons de thèmes autour de l’intérêt national, rattaché à la nature, l’histoire, mais cela peut aussi comprendre des thèmes étrangers qui ont un lien avec Maurice », soutient Jean-Marie Luron, président de ce comité.
Les sujets soumis au cabinet ministériel
Une fois les sujets choisis, il faut les présenter au cabinet ministériel. Après approbation, des photos sont prises et dépêchées en Angleterre, au Crown Agents Stamps Bureau, qui fait le lien avec des entreprises chargées de l’impression. Un appel d’offres est lancé avant d’entamer les émissions de timbres-poste à Rs 2, Rs 5, Rs 7, Rs 9, Rs 10, Rs 12 et Rs 16. Les photos sont retravaillées, envoyées à Maurice pour approbation, modifiées si besoin est, et finalement imprimées.
La production des timbres commémoratifs se chiffre à Rs 2,5 à 3 millions annuellement, alors que celle des définitifs est de 20 à 35 millions, échelonnés sur une durée moyenne de cinq ans. Si le stock s’épuise, ces timbres définitifs seront réimprimés. Après impression, les timbres sont expédiés au quartier général de la poste, certains seront collés sur des enveloppes appelées enveloppe du premier jour et les autres, en feuilles de 50 séries, seront ensuite distribués dans les bureaux de poste de l’île.
La Journée mondiale de la poste sera dignement célébrée à Maurice. En effet, la Mauritius Post émettra dimanche trois nouveaux timbres, avec le thème « Stone Buildings ». Les timbres de Rs 2 représentent le Vagrant Depot à Grande-Rivière, celui de Rs 7 le musée postal de Port-Louis, et celui de Rs 16, la bibliothèque Carnegie à Curepipe. Les enveloppes du premier jour seront également mises en vente ce dimanche. La Mauritius Post compte aussi lancer des packs de 10 timbres dans certains supermarchés et d’ouvrir un comptoir philatélique dans le bâtiment de la poste.
LE « BLUE PENNY »
La légende veut que Joseph Barnard ait commis une erreur en gravant les timbres à un penny et deux pence. En effet, au lieu d’imprimer « Post paid », ce dernier a mis « Post-office ». Il a rectifié le tir, mais les philatélistes se sont alors mis à rechercher ces fameux timbres. Au Blue Penny Museum, un exemplaire du timbre vermillon (bien plus rare) et un autre du Blue Penny sont exposés. Ces derniers ont été rachetés par un consortium de seize compagnies mauriciennes en 1993 pour 2,2 millions de dollars. De nombreux étrangers foulent notre sol pour contempler ces timbres qualifiés de plus rares au monde. Le Blue Penny Museum est d’ailleurs cité pour ses timbres dans la revue Opus 5, de l’Académie européenne de philatélie de 2005.
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