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M. Claude Rouillard : ?Pas d?abeille gréviste!?

5 octobre 2005, 20:00

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Début octobre 1980, l?Express donne la parole à M. Claude Rouillard. L?apiculture mauricienne lui doit l?introduction de ses deux premières reines italiennes. Elles voyagent avec lui, en 1934, dans sa cabine, à bord du Compiègne, navire des Messageries maritimes. Et comme les reines ne peuvent supporter toutes seules un voyage, long de 35 jours, une ruche les accompagne sur le trajet Marseille-Port Louis avec escales à Port Saïd, Suez, Djibouti, Mombassa, Dar es-Salaam, Nossi-be, Majunga, Diego Suarez, Tamatave, Pointe des Galets.

Il raconte. Pendant un séjour de sept ans en Europe, vers 1930, il s?intéresse à l?apiculture, passion de son cousin Ernest Wiehe. Il s?abonne à diverses revues et visite une dernière exposition apicole à la Porte de Versailles à Paris. Il confie à un exposant son désir d?introduire une reine italienne à Maurice. Son confident est sceptique : le voyage dure trop longtemps. A moins de transporter une ruche entière. Claude Rouillard lui achète ruche et reines, avec deux paires de pigeons Mondains et deux de Carneaux.

A bord du Compiègne, notre apiculteur s?installe dans une cabine particulière donnant sur le pont. Le garçon de cabine, qui y a seul droit d?accès, est intringué par un bourdonnement. C?est celui des abeilles. La traversée de la mer Rouge est pénible. La chaleur y est étouffante. Rouillard humidifie sans cesse le grillage de sa ruche au moyen d?une serviette mouillée. Ses abeilles meurent de soif. A Nossi-Bé, il parvient à leur donner un peu de? miel.

Ernest Wiehe l?attend au Quai D, avec des entomologistes et des inspecteurs sanitaires. L?ouverture de la ruche se fait à Mon Rocher chez le cousin Wiehe. La population de la ruche franco-italienne est réduite au quart, mais les deux reines ont survécu. C?est l?essentiel. Le maître de Mon Rocher, apiculteur chevronné, prend la suite des opérations. Grâce à ses soins, l?essaim se repeuple. Et voilà comment l?île Maurice dispose depuis d?une variété d?abeilles italiennes.

Claude Rouillard est intarissable au sujet de l?apiculture. Il possède un terrain, à côté de l?ancienne filature de Riche-Terre. Là où se trouve, de nos jours, une autre ruche, commerciale celle-ci, celle du Jumbo de Riche Terre. S?y trouvent des plantes rares : l?Alga roba (mesquite), originaire d?Hawaï, ramenée d?un congrès sucrier, et le Vitex fleur originaire de Chine, pouvant idéalement produire jusqu?à une tonne de miel à l?hectare. Ces plantes, pourtant si précieuses, ne se retrouvent qu?à Riche-Terre et à Mon Rocher. Claude Rouillard n?a pas de mots assez tendres pour des plantes qu?il estime bénéfiques pour l?apiculture, malgré l?effet nuisance que certaines peuvent présenter par ailleurs : framboise marronne, liane cerf, liane poc-poc, herbe condé, privet, campêche, herbe pistache. Il souhaite l?établissement d?un laboratoire apicole moderne et la propagation des meilleures plantes mellifères. Il rêve de faire revivre l?ancienne industrie de cire d?abeille, jadis si renommée et si florissante. Il encourage sans réserve l?action de M. Raj Boodhoo, le Monsieur Abeille de Maurice.

Il apprécie que, chez les abeilles, il n?y a jamais de mouvement de grève. Elles respectent la hiérarchie. Elles ont le sens de l?organisation. Des cerveaux coordonnent leurs actions collectives. Quand il leur faut essaimer, par exemple. Des éclaireurs se mettent en quête d?endroits propices et font leur rapport au comité central qui délègue alors des vérificateurs. Puis, une décision collective est prise. De bons exemples pour le genre humain.

La passion de Claude Rouillard pour les abeilles date de son enfance sur la propriété sucrière de Saint-Antoine : un essaim sauvage sur un avocatier, une caisse en guise de ruche et de protection. Les ruches à cadre viendront plus tard. Les ?boucauts?, d?anciens barils contenant du ciment, font office de ruches. L?amateurisme le plus pur. Certains apiculteurs improvisés pensaient même qu?il fallait lier la reine pour qu?elle ne se sauve pas, sans se rendre compte de l?absurdité de la chose. L?aide et l?expérience du cousin Ernest lui sont alors précieuses.

La localité de Madame Azor est alors réputée pour le nombre de ses apiculteurs avisés. Ceux-ci s?intéressent autant à la cire qu?au miel. La cire d?abeille est prisée des ménagères. La production de miel s?améliore avec l?introduction des ruches à cadres. L?initiative en revient à M. Aubin, administrateur de Labourdonnais Sugar Estate. Un autre propagateur de la ruche à cadres est Robert, le fils du propriétaire de Saint-Antoine S.E., Régis de Chazal. Il mourra en Mésopotamie pendant la guerre de 1914-18.

Claude Rouillard regrette que rien ou presque ne soit fait pour propager les plantes mellifères ni pour promouvoir l?apiculture. Un gouvernement plus intelligent que les autres, peut-être. Qui interdirait, par exemple, l?importation d?un miel pouvant être produit à Maurice et à Rodrigues.

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