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L?usine de Bois-Chéri vide son camp théier

5 octobre 2005, 20:00

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Les fines gouttes de pluie glissent des feuilles jusqu?à terre. Sous la brise glaciale des hauts, Bruno Bégué frémit, s?essuie le visage et s?adosse au mur de sa maisonnette. Son regard est rivé sur ce vert tapis qui s?étale autour de l?usine de Bois-Chéri. Ce paysage a vu défiler 11 ans de sa vie. Mais il faut lever le camp?

Hier après-midi, la Société usinière de Bois-Chéri a distribué des titres de propriété à 42 familles qui habitent le camp théier jouxtant l?usine. Cela fait partie de la politique de l?Etat d?éliminer les camps à travers le pays.

Contre la modique somme de Rs 7 000, chaque chef de famille a obtenu un lopin de sept perches. Là-bas, ils construiront dans un environnement meilleur, doté de tous les aménagements et infrastructures. De quoi se bâtir un toit fort agréable.

Sadeo Kheeroo, 50 ans, planton, et Soondhiren Vythilingum 43 ans, du département mécanique, s?empressent de comparer leurs titres. La joie y est certes : ils sont propriétaires. Enfin ! Et appelés à une nouvelle vie.

Pour ces familles, c?est un volumineux chapitre qui est mis sous scellés. Ils sont nombreux ceux qui y sont nés, y ont grandi, se sont mariés. Certains ont pris leur retraite tandis que d?autres y ont laissé la vie. A l?instar des Desha. Le couple, originaire de Tyack, qui s?est installé au camp dans les années 60, n?est plus. Leurs filles sont mariées et parties. Mais leurs trois fils occupent deux maisonnettes. Deux sont toujours employés à l?usine alors que le troisième est serveur dans un restaurant.

Un sentier cahoteux longe le camp et sépare les maisonnettes en pierre du champ théier. Divisées en rangées par d?étroites ruelles aux herbes folles éparses. Au fil des ans, le climat humide a eu raison de ces demeures. La dalle a viré au noir et les fenêtres sont pendantes. Les cours sont vétustes et de vieux tuyaux véhiculent l?eau usée dans un canal bouché.

L?aubaine de vider les lieux explique le sourire sur le visage de Wellinda Sambarkie, qui guette le retour de son mari parti chercher ses titres de propriété. ?J?habite ici depuis mon mariage et pendant 25 ans, j?ai participé à la cueillette.? Mais une question lui trotte à l?esprit : où trouver l?argent pour la construction de leur future maison ?

La direction de l?usine se dit à la disposition de ses employés pour les aider à trouver des plans de financement afin qu?ils puissent se reloger dans un délai de deux ans. Car le camp a fait son temps?

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