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Moment exquis pour une première artisque

3 octobre 2005, 00:00

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Premiers pas hésitants vers le public. Sur nos têtes, le soleil se fait dur. Devant nous, naissent des tableaux d?artistes-peintres fraîchement sortis de leur cocon. C?est dans une profonde inquiétude et une sincère ouverture d?esprit qu?ils s?offrent aux regards critiques des passants du Jardin de la compagnie. L?artiste et son ?uvre, c?est une initiative du ministère des Arts et de la Culture. Jeudi et vendredi, trois artistes ont saisi l?occasion de nous éblouir.

L?éclosion de la fleur de créativité a su capter notre attention. Plongés dans le tourbillon du monde abstrait, deux artistes qui signent tous deux sur la même ?uvre, se présentent : Dann Luchmun et Yoni Jocelyn. Ils ont été invités par le ministère des Arts et de la Culture pour étaler une parcelle de leur vie et de leurs peintures aux yeux du public. Ils n?ont pas hésité.

?C?est une démarche positive que de lancer des artistes comme cela ! Durant ces deux jours, nous avons vraiment pu recueillir des opinions des passants, certains comprenaient très bien notre art, d?autres pas. Mais c?est une expérience enrichissante !? s?exclame Dann Luchmun.

C?est en parfait accord que les deux artistes façonnent les ?uvres qu?ils font toujours ensemble. L?un commence et l?autre apporte le coup de pinceau final. Symbiose de styles. Bouillonnants d?envie de se faire connaître, c?est en couleurs et en techniques qu?ils cherchent à se démarquer des autres peintres.

L?art contemporain, sous toutes ses formes, ses idées, et ses sens. Autodidactes, ils ont pourtant toujours été séduits par le majestueux derrière l?art. ?Nous pensions faire une exposition variée, pas basée sur un même style. L?abstrait nous permet aussi de mieux nous exprimer et de jouer avec la beauté des éléments.? Des éléments qui reviennent à la vie avec leur acharnement.

Retraçons donc, l?anticonformisme transpirant de ces quelques ?uvres. C?est lentement que nous effleurons les peintures. Contrairement à nos a priori, elles sentent bon le dévouement et l?expérience. Comme un cri dans cet environnement peu flatteur, les tableaux prennent forme comme des puzzles.

L??uvre se fait triple. Comme s?il lui fallait des supports pour se paraître de ses pétales. Car la fleur semble être l?élément d?inspiration qui ranime la matière. Des fleurs de lys, toutes en lignes dépeintes, des fleurs imaginaires qui papillonnent sur la toile tendue.

Derrière ces tons bleutés, nous sentons l?influence de Gilberte Marimootoo-Natchoo. Nous avons deviné juste, l?un d?entre eux a trouvé en cette artiste-peintre mauricienne, un guide artistique.

Ramenés à la réalité du brouhaha port-louisien, nous retombons dans le monde déroutant de Vimala Samynaden, une jeune artiste-peintre, habitante de Goodlands, aussi invitée à participer à ce projet du ministère. Comme dans un magnétique recueillement religieux, elle nous communique sa passion pour les impressions. Son thème : allier l?homme à Dame nature. Médium : la plume et la peinture acrylique.

Du féminisme à déshabiller, non du regard, mais de la personnalité. ?Je veux montrer l?homme qui se perd dans la nature. Il se croit plus fort qu?elle alors que ce n?est pas vrai?, roucoule-t-elle d?un timbre chaud. Embrasser l?inspiration qui vient de la nature, c?est ce que Vimala essaie toujours de s?appliquer à réaliser.

L?art contemporain, qui provoque des convulsions d?émotions, tant par le symbolisme qu?il en dégage que par la puissance des images de Vimala. Première exposition publique à Maurice pour cette ancienne étudiante en beaux-arts de l?université de Delhi. Elle a eu plus de chance au sein de son université, car elle y a réalisé de nombreuses expositions.

Mais ici, c?est le calme plat. Cela devient même inquiétant. Pourquoi ce sont toujours les mêmes qui exposent ? Pourquoi ce monopole des artistes mauriciens dans les galeries ? Les questions se perdent dans ses mots. Vimala ne se les posent pas pour l?instant ; ce qui trame dans son esprit, c?est son métier d?artiste.

De ses images de grenouille sur fond d?une toile de feuilles, Vimala s?évertue à capturer des mains, l?esthétisme poignant de l?art. Sous son jet d?encre naît une série de visages efféminés, à l?allure svelte, dansant sur des notes sombres.

La face ovale de la femme devient la bulle qui soutient la rose. Ses sujets nous passionnent. Ils assistent à cette lente et délicieuse descente dans les entrailles béantes de l?art vu et appliqué par Vimala.

Elle mérite beaucoup plus qu?une exposition des rues. Formidable initiative que de laisser parler les artistes méconnus, qui tentent bec et ongles, de se retranscrire en couleurs.

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