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La prison

2 octobre 2005, 00:00

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de Christophe Vallée

À partir de la Révolution française et jusqu?au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l?enfermement et l?évacuation des délinquants vers les bagnes d?outre-mer sont la réponse essentielle à la peine.

Cet enfermement et cette évacuation devaient « normaliser » le délinquant grâce à la pénitence et au travail. La prison et bagne sont pendant un siècle et demi au c?ur du système pénitentiaire français, comme le dit Michel Foucault. Punir le coupable et le rendre meilleur pour l?État devient la mission de la peine au travers de la prison.

À partir de 1792, s?élabore un nouveau modèle de l?enfermement et de la peine dont Le panoptique de Bentham donne une des expressions les plus parfaites. Jérémy Bentham a un système simple d?explication du monde : « La nature a placé l?humanité sous l?autorité de deux maîtres souverains : la peine et le plaisir. » Ces idées, développées dans ses Principes du code pénal, paru en 1789, sont complétées par Le panoptique, édité en 1791. Dans les Principes, Jérémy Bentham pose la règle de la prévention générale : « Le but principal de la peine, c?est de prévenir des délits semblables. [?] Dans bien des cas, il est impossible de remédier au mal commis, mais on peut toujours ôter la volonté de mal faire. »

La prison qu?il imagine, simple idée d?architecture (une structure cellulaire et circulaire avec le gardien au centre) constitue un modèle global d?organisation sociale applicable à tout univers clos (école, usine?). Devenu le centre rayonnant du système pénitentiaire l?enfermement assume une triple fonction : punir, défendre la société en isolant le malfaiteur, amender le coupable pour le réintégrer dans la société.

Lors de la première moitié du xixe siècle, les théoriciens n?ont aucun doute sur la valeur répressive et éducative de l?enfermement. Moreau-Christophe, Inspecteur général des prisons, n?écrit-il pas : « La justice pénale est donc une vengeance sociale, la vengeance sociale une légitime satisfaction, la satisfaction une expiation, l?expiation une douleur réelle. »

Cette certitude se renforce au lendemain des journées de juin 1848, qui remplissent les prisons de 50 000 reclus. La discussion d?alors porte seulement sur le meilleur type de prison à adopter. Le constat de l?époque a un côté contemporain : la prison, qui a un coût, ne produit que du négatif : elle tue (foyer d?épidémie), pervertit (foyer d?homosexualité) et produit un extravagant taux de récidive (70 % en 1827).

La solution est alors imaginée de séparer, pour limiter les inconvénients liés à la promiscuité. Et l?un des promoteurs de cette idée est Tocqueville qui, outre De la démocratie en Amérique, produit un opuscule en 1832 intitulé Du système pénitentiaire en Amérique et de son application en France.

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