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Descente aux enfers pour la famille d?un prisonnier
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Descente aux enfers pour la famille d?un prisonnier
Shirley broie du noir depuis mercredi. Son mari, Bruno Ah-Thing, 38 ans, a été salement amoché à la prison centrale de Beau-Bassin. Et pourtant, il ne devait y faire qu?un bref séjour? Avec neuf enfants à nourrir, Bruno a choisi de passer cinq jours au cachot plutôt que de payer une amende. Même si la somme peut ne pas être importante, elle vaut pour lui son pesant d?or.
Lundi, il se présente donc à la prison centrale pour payer sa dette envers la société. Mais mal lui en a pris car c?était mal connaître la faune carcérale. À peine se retrouve-t-il entre les murs de la prison qu?il est pris à parti par des fortes têtes qui ne lui sont pas inconnues : il y a plusieurs mois, voire des années, il a eu maille à partir avec eux, à Pointe-aux-Sables, sa localité.
Plus par prudence que par crainte de représailles, il met les gardiens au courant de sa situation. Il est aussitôt dirigé vers un « endroit sûr », relate Shirley. Pour Bruno, les cinq jours allaient passer très vite. Cependant, comme les gardiens le lui ont avoué, ils ont eux-mêmes à faire face à une montée de l?insécurité. Ce qui devait arriver, arriva.
« Kan ena ena, kan pena, pena »
Mercredi, immédiatement après le déjeuner, Bruno est encerclé. Il est pris au piège. Le détenu Abel Moussa, fraîchement débarqué de la New Wing pour désordres répétés, lui fait sa fête. Moussa, aidé d?un acolyte, laboure les côtes et la tête de Bruno tombé par terre. Comme il l?a fait avec le chauffeur de taxi marron McLeod Alexandrine, condamné à six jours de prison, le mois dernier. Les gardiens parviendront à intervenir mais le mal est fait.
Bruno, portant des blessures à la tête et sur d?autres parties du corps, est immédiatement conduit à l?hôpital Jeetoo. Le lendemain, il est transféré à la prison de Grande-Rivière-Nord-Ouest. Sa détention devait prendre fin vendredi. Mais il a été inculpé pour un autre délit. N?ayant toujours pas les moyens de régler sa caution, il devra encore rester au trou, à titre préventif, au grand dam de Shirley.
Bruno derrière les barreaux, Shirley ne sait plus comment nourrir ses nombreux enfants issus de quatre liaisons. Certes, avant son incarcération, Bruno avait déjà fait le nécessaire pour les provisions. Mais depuis lundi, c?est la misère noire qui pointe de nouveau son nez. Le matin, les enfants ont droit uniquement à une tasse de thé. Au déjeuner, rien. Ce n?est que le soir qu?ils peuvent prétendre à un repas chaud. « Kan ena ena, kan pena, pena. »
Sa fille Deborah a maintenant 14 ans. Dans le temps, elle n?a pu l?envoyer au collège, faute d?argent. « Pa ti ena kass pu pay so bis, entreten letan inn pase, linn vinn tro vie. » Deborah passe donc ses journées à aider sa mère dans les tâches ménagères. Comme ce jeudi, à faire la lessive. Les petits jouent, eux, dans la cour, buvant à même leur pistolet à eau. « Ena finn resi manz enn de Apollo. Bann tipti la pu res vant vid », se désole Shirley en lorgnant sur les arbres de fruits à pain. Mais les fruits ne sont pas encore prêts.
« Pena kass tifin pu donne zot »
Il y a bien la modique pension dont Bruno est bénéficiaire, étant atteint de « trouble mental ». Mais cette fois, elle servira à régler sa caution afin qu?il puisse retrouver la liberté. Pas de sous, pas d?école. Depuis lundi, les quatre derniers, âgés de 10 à 4 ans, vagabondent allégrement dans la cour familiale, pistolets à eau au poing. « Pena kass tifin pu donne zot. » Le salaire que ramène le second fils de Shirley, Gérald, électricien à 17 ans, et la pension pour maladie mentale de l?aîné de 19 ans, suffisent à peine à faire bouillir la marmite.
Shirley a bien tenté de s?en sortir. Elle a travaillé, pendant un temps, dans une conserverie en dehors de la capitale. Pour Rs 2 900 par mois, elle devait quitter la maison à 6 heures pour prendre son poste à 6 h 45. La journée commençait à 7 heures et se terminait à 17 heures. C?était intenable pour la mère d?une famille aussi nombreuse.
« Mo finn koz ek misie la. Monn dir li les mwa fer night shift, kumsa mo kapav okip bann tipti gramatin, me linn pen oule. Monn bizin kite », soupire Shirley. Quand Bruno était à ses côtés, elle parvenait à joindre les deux bouts. Il cumulait les petits boulots et trouvait de quoi remplir le garde-manger. Quand il n?est pas maçon, il se fait pêcheur.
Mais maintenant, c?est une misère noire qui guette Shirley, dans l?attente du retour de Bruno. Ou plutôt de la pension qui permettra de le faire libérer. En attendant ces jours plus roses, Shirley et ses huit enfants « crèvent la faim »?
Un autre détenu tabassé
Bruno Ah-Thing passé à tabac. Un autre détenu répondant au nom de Carosin a été pris à partie mercredi par une bande de prisonniers alors qu?il traversait le terrain de foot où ils jouaient. Toute l?équipe lui est tombé dessus. Ils ne lui ont laissé aucune chance. Carosin, un des membres du gang appelé Karo Kalyptis, a la sale habitude de voler ses codétenus et de racketter les pensionnaires de la New Wing. Il a été admis à la section des prisonniers de l?hôpital de Rose-Belle. Et dire qu?il revenait alors d?une comparution en cour...
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