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« Vous avez des infirmiers très qualifiés »
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« Vous avez des infirmiers très qualifiés »
Quel est le but de votre visite ?
Ma visite, organisée par la Nursing Association, est financée par les ministères de la Santé de l?Union européenne, principalement par les gouvernements britannique, irlandais et hollandais. Ils veulent développer des accords bilatéraux autour d?un programme de gestion sur le mouvement du personnel infirmier entre les pays européens et l?Afrique. Outre Maurice, les pays concernés sont le Kenya, l?Ouganda et le Malawi. Ils ont des problèmes différents mais partagent les mêmes similitudes en termes de migration des infirmiers. Je dois soumettre mon rapport avant la fin de l?année.
Cela concerne aussi les sages-femmes ?
Certains pays ont exprimé leur intérêt à propos des sages-femmes, mais nous sommes principalement intéressés par le sort des infirmiers. Nous étudions comment l?Union européenne peut aider à augmenter et à développer leur nombre, en particulier dans les pays comme Maurice, afin de mieux contrôler l?émigration.
La formation figure-t-elle au programme de votre visite ?
Pas vraiment. Puisque vous en parlez, je vous signale que nous reconnaissons le budget important qu?implique la formation de futurs enseignants à l?étranger. Nous sommes donc en train de voir comment nous pourrons aider à cela, non seulement les diplômés, mais aussi ceux qui ont de l?expérience et qui souhaitent orienter autrement leur carrière. La formation à distance pourrait aider à réduire ces coûts très élevés et éviter un déplacement à l?étranger.
Quel constat faites-vous de la situation des infirmiers à Maurice ?
Vous avez plusieurs problèmes. Je suis étonnée de voir qu?un pays qui dit manquer d?infirmiers, n?en a pas formé l?an dernier ! Vous semblez en avoir formé plus il y a dix ans que maintenant. Il y a aussi un manque d?information. Si j?avais une fille qui voudrait être infirmière, je ne saurai pas dans quelle école l?inscrire, ni si ses qualifications sont valables. Le pays ne semble pas avoir de plan pour le métier d?infirmier.
Sans oublier que depuis plusieurs années, nous faisons face à un exode?
Nous avons tous des problèmes. En Grande-Bretagne, les infirmiers partent aux États-Unis et au Moyen-Orient. Ils partent pour des raisons économiques ou simplement pour changer d?air. Beaucoup vont travailler ailleurs pendant deux ou trois ans, simplement parce qu?ils souhaitent voyager. Puis ils rentrent.
Mais pourquoi reviennent-ils ?
Parce que nous avons un plan qui leur permet d?aller travailler à l?étranger pour un court laps de temps. Ils peuvent partir trois ans, mais doivent rentrer. Sinon, ils risquent de perdre leur ancienneté, leur pension et leur emploi. À son retour, l?infirmier, qui s?est enrichi au contact des autres, peut demander un poste d?enseignant. Maurice devra trouver un moyen de reconnaître cette expérience. Mais cela ne semble pas être le cas pour le moment. Les laisser travailler sur une base contractuelle, serait l?une des solutions pour les empêcher de partir. Cela permettra une meilleure gestion et un contrôle des ressources.
Et quelles autres solutions préconisez-vous ?
Beaucoup partent pour acquérir davantage de connaissances et de qualifications. Le gouvernement devrait donc leur offrir l?occasion de se former. D?ailleurs, je crois que ce dernier est assez prévoyant en mettant l?accent sur l?e-learning. Les futurs infirmiers pourront aussi profiter du fait que l?International Council of Nurses ouvrira bientôt une bibliothèque dans la région. En général, les conditions, ici, sont en train d?être améliorées, mais il y a encore du chemin à faire.
La migration des infirmiers est donc un phénomène mondial?
L?Organisation mondiale de la Santé a prédit dès 1991 que la migration des infirmiers commencerait lorsque les pays développés ne pourraient plus satisfaire leurs besoins. Les infirmiers maltais émigrent pour la Grande-Bretagne (GB) et sont vite remplacés dans leur pays par ceux qui viennent de pays moins développés. Outre Malte, la GB accueille les infirmiers d?Afrique et de l?Inde. Mais deux ans après, ces derniers peuvent aller aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Arabie Saoudite. La GB est un lieu de transit. Ils commencent à y travailler, sont inscrits au registre des infirmiers, obtiennent leur visa et s?envolent vers d?autres cieux au lieu de revenir dans leur pays natal.
Quelles doivent être les nouvelles aptitudes des infirmiers ?
Nous faisons face à un vieillissement croissant de la population. Donc, on aura besoin de différents types de soins, tels que la promotion de la santé, la prévention et l?entretien. Des situations que gèrent bien les infirmiers. Vos centres de santé sont capables d?offrir cela et les infirmiers doivent reconnaître cette nouvelle responsabilité et être récompensés pour cela. Nous aurons aussi besoin d?infirmiers qui ont des qualités (skills) de leadership et de management.
Vous avez des infirmiers capables et très qualifiés, c?est la raison pour laquelle ils sont très intéressants lorsqu?ils vont à l?étranger. Ils n?ont pas besoin de grosse formation pour s?établir dans un nouveau pays, parce que la leur est bonne.
■ Propos recueillis par B. B.
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