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Le mal-être des pharmaciens
Ils sont dans l?expectative. Et ruminent leur angoisse. Une réduction de 3 % de la marge à la vente des médicaments, qui pourrait être débattue aujourd?hui au cabinet, semble infime. Pourtant, elle fait frémir la grande majorité des 210 pharmaciens de l?île. Depuis que le gouvernement a annoncé qu?il allait ?alléger le fardeau? du consommateur en baissant les prix des médicaments, c?est le leur qui s?alourdit?
Certains roulent à perte, affirment-ils, depuis que la marge a été ramenée l?année dernière de 27% à 22%, à l?instar de Utaam Dinaran, de la pharmacie Le Hochet.
?Quand j?achète un produit à Rs 100 du grossiste, et que je le vends à Rs 122, ces Rs 22 ne constituent pas un profit?, explique-t-il. ?Nous avons des frais géneraux, les salaires et les charges. Si le gouvernement diminue encore la marge, il va tuer notre profession?, renchérit Aswin Shiwpursad, de la pharmacie Saint Pierroise.
Faux problème et confusion
?Comment peut-on parler de cherté des médicaments quand il y a une alternative ? Une personne a le choix entre acheter une boîte de Doliprane fabriqué en France (100 comprimés) à Rs 300 ou une boîte de Panadol ? fabriqué au Kenya ? à Rs160 ou une boîte de Paracetamol venant de Grande-Bretagne à Rs 33. Ou encore d?avoir des comprimés gratuits à l?hôpital ! ? s?exclament les pharmaciens.
Ils veulent bien des génériques. Mais il faut surtout que les médecins contribuent. ?En général, la prescription du médecin est pour les branded médicaments et non pour les génériques qui coûtent moins cher, explique Asha Singh, la propriètaire de J&A pharmacie. Quand nous conseillons un générique au patient, il s?en méfie.? Et pour les médicaments sans prescription, les gens exigent la marque. ?Même quand nous leur disons que le choix du générique est tout aussi fiable?, assure Asha Singh.
Ces commerçants sont convaincus qu?il s?agit d?un faux problème. Ils soupçonnent une confusion dès le départ dans l?esprit des dirigeants.
?J?ai entendu un technicien de l?Etat tenir le langage suivant : un médicament ?Calchek? se vendrait en Inde à Rs 24,50 alors qu?à Maurice, il serait à Rs 239. Ce n?est pas exact. La boîte de Calchek commercialisée en Inde porte l?inscription : Maximum Retail Price Rs 24.50 per strip of 10. Ce qui fait Rs 245 pour la boîte. La version export du médicament se vend ici à Rs 239 pour 30 comprimés?, explique encore Utaam Dinaran. Les pharmaciens affirment avoir fait part de ce détail lors de leurs réunions avec le ministère, en vain.
Ces trois pharmaciens se disent incompris et amers. Incompris parce que ?dimounn krwar farmasyen ena enn ta kas?? et amers parce que ?le gouvernement est intransigeant.? Asha Singh a même pensé changer de profession, mais pour faire quoi ? ?Je suis une pharmacienne et je ne sais pas faire autre chose. Pessimistes, ils estiment à une centaine le nombre de pharmacies qui devront fermer leurs portes. ?Ils laisseront les gros commerçants monopoliser le marché. Et on nous parle de démocratisation de l?économie??, grognent-ils.
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