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« Ce qui est paradoxal, c?est que le suicide est aussi une terrible revendication d?exister »
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« Ce qui est paradoxal, c?est que le suicide est aussi une terrible revendication d?exister »
Qu?est-ce qui pousse une personne à se suicider ? Comment en arrive-t-elle là ? Que se passe-t-il dans sa tête à ce moment précis ?
Une personne qui pense au suicide cherche à faire cesser la tourmente qui agite son esprit. Celle qui avale des cachets espère plusieurs choses : ne plus penser, arrêter de souffrir, mettre sa vie en mode « pause », se réveiller en réanimation pour que son entourage prenne enfin acte de sa souffrance et que tout le monde essaie de faire des efforts pour réaménager des choses sur le plan affectif. Et si elle ne doit pas se réveiller, tant pis ! Le destin fera le reste. La personne prend le risque de mourir car elle espère un changement à travers la tentative, sans savoir exactement lequel.
Ce qui est paradoxal dans le suicide, c?est que la mort est envisagée comme une délivrance, sans être une fin en soi. Elle vise à se libérer des tensions intérieures, à mettre un terme à la souffrance. Mais elle est aussi une terrible revendication pour « exister » davantage, mort que vivant. Le corps va cesser de vivre et avec lui les tourments vont disparaître.
À partir de quel âge peut-on commencer à avoir des tendances suicidaires ? Comment peut-on expliquer que dans certains cas cela se manifeste très tôt ?
Habituellement confondues avec les tentatives de suicide de l?adolescent, les tendances de l?enfant sont beaucoup plus rares, il est vrai, mais non exceptionnelles. Plus un enfant est jeune, plus le désir avoué de mourir est masqué, parfois énoncé comme un désir de « se faire du mal », « de partir », « d?arrêter d?être fatigué ». On observe souvent un état dépressif identifié par un vécu d?accablement et de fatigue, un sentiment de ne pas être à la hauteur de ce qui est demandé par les parents ou l?entourage, une perte d?estime de soi, un sentiment de faute et de culpabilité?
Si on retrouve, comme aux autres âges, le désir de fuir une situation déplaisante ou de recherche de la dramatisation et d?appel face à un conflit ou une frustration, certaines motivations semblent être plus typiques de l?enfant. Cette configuration s?observe très souvent dans un contexte familial difficile marqué par des expériences de rupture (entre les parents, divorce-séparation des parents, de décès), de violences physiques et surtout quand l?un ou les parents apparaissent vulnérables (maladie, chômage, pauvreté, état dépressif, exclusion/marginalité etc.) ou défaillants (conflit parental majeur, utilisation de l?enfant par un parent contre l?autre, disparitions du domicile?). D?autres cas correspondent à un vécu de honte quand l?enfant a subi un abus ou des violences sexuelles ou qu?il a été confronté à quelque chose d?inavouable.
Comment peut-on prévenir le suicide ? Le fait de parler est-il un moyen d?apaiser la souffrance de la victime ?
Afin de prévenir et d?éviter toute récidive, il faut essayer de comprendre pourquoi la personne en est arrivée là, se poser des questions, essayer de discuter avec elle et ne pas hésiter à dire : « Nous n?allons peut-être pas bien nous tous » plutôt que « tu es le seul à aller mal ». Dans un dialogue, il faut être deux et pour que le dialogue s?installe, chacun doit pouvoir exprimer ce qu?il ressent, remettre en question ses propres attitudes et certitudes. Lorsqu?on n?y arrive pas, il faut accepter de se faire accompagner par un professionnel comme un médecin, psychiatre ou un psychologue pour l?aider à comprendre d?où vient sa souffrance. L?écoute de la souffrance et du désespoir de la personne est fondamentale car si la personne arrive à verbaliser, en toute liberté, ses maux intérieurs sans crainte d?être incomprise, jugée ou rejetée, elle aura le sentiment d?être soutenue et acceptée dans sa détresse. Elle pourra alors avec l?aide et le soutien de ses proches mieux faire face, combattre et surmonter ses douleurs.
Doit-on prendre au sérieux une personne qui menace souvent de se suicider ? Peut-elle un jour vraiment passer à l?acte ?
Il n?y a pas de pires propos qu?on puisse tenir, même si la personne n?a avalé que trois cachets de somnifère, que « ce n?est rien, on ne va pas appeler un médecin pour ça ! » ou « Elle a fait une petite bêtise » ou encore « Ce n?est pas la première fois qu?elle essaye de nous impressionner, pas question de marcher dans son jeu ». On ne fait que rajouter davantage au sentiment de solitude dans lequel la personne a sombré dans sa position d?incomprise. Quand un individu dit souvent qu?il a envie de « se foutre en l?air », d?en finir, il y a une idée qui circule selon laquelle tant qu?il en parle, il ne passera pas à l?acte. C?est une idée fausse et il faut au contraire le prendre au sérieux. Lui-même ne sait pas forcément quand il passera à l?acte, mais il y a un risque à ne pas écarter et un événement peut précipiter son acte suicidaire.
La peur du qu?en-dira-t-on, la volonté de minimiser l?acte suicidaire pour ne pas s?angoisser davantage ne font qu?aggraver la situation. La récidive est alors plus à craindre et risque cette fois d?être fatale.
N?oublions jamais que l?enfant, l?ado ou l?adulte qui pense au suicide veut être reconnu, éprouver le sentiment d?exister et de compter pour les autres. Cela à travers l?acte ou l?intention suicidaire.
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