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La peine

17 septembre 2005, 20:00

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de Christophe VALLÉE

Il semble aller de soi, lorsque l?on pense peine, d?évoquer l?enfermement : c?est le discours courant.

Il convient, pour essayer de mieux comprendre le rapport entre la peine et la prison, de présenter les grands modèles du sens de la peine, tels qu?ils existent ou ont existé, avant de s?interroger sur la crise de ces modèles, puis de proposer des pistes de réflexion. Le premier modèle est celui de la réparation. Dans ce modèle apparaissent plus clairement les notions d?infraction et de peine. La peine est, en effet, une réparation, mais cette réparation est due à l?État souverain.

Tout acte infractionnel se conçoit comme une atteinte à la souveraineté de l?État qui se désigne lui-même comme étant le principal offensé, et le principal débiteur.

L?Ancien Régime, qui s?inspire de la philosophie pénale de l?Antiquité, ne fait exécuter les peines que rarement dans les lieux d?enfermement.

En effet, à cette époque, il est question surtout d?intimidation, d?exemplarité. On est convaincu de l?exemplarité du châtiment, de son rôle d?intimidation. Les siècles passés ont légué aux juges d?alors un terrifiant arsenal : le feu, le fouet, les tours de pilori, le carcan, la marque au fer rouge, les oreilles ou le poing coupés, l?exposition du corps sur une claie, la roue, le bûcher, l?ébouillantage, la galère?

Cette circonstance a pu faire écrire que jamais la prison n?est infligée comme pénalité distincte. La prison alors un lieu de passage avant l?exécution ou les galères ; quand elle accueille des condamnés, ce sont des mendiants, des vagabonds, des prisonniers politiques ou des petits délinquants multirécidivistes mis à l?écart de la société, parfois par simple lettre de cachet.

Ce modèle commence à évoluer au début du xviiie siècle où sont dénoncés l?arbitraire et l?injustice de la justice royale, dont les juges achètent leurs charges et rendent la justice sur des sources de droit très hétérogènes, ce qui a pour conséquence des écarts dans les jugements. On se souvient de Voltaire et de l?affaire Calas qui montre que ce débat devient un débat de société à la veille de la Révolution. Un auteur va esquisser une autre logique de la peine : Beccaria.

Cet obscur marquis milanais fait paraître en 1765 un ouvrage intitulé Des délits et des peines. Sa philosophie est claire : le délinquant doit savoir ce qu?il risque. Pour Beccaria, la sûreté des peines doit être préférée à l?ostentation. Nul ne doit échapper à la loi, mais à la cruauté des peines doit être préférée leur supposée douceur, la prison qui outre d?être « plastique » en ce sens qu?elle est adaptable, (on peut être condamné à un jour ou à 20 ans) est aussi facteur d?une prise de conscience du coupable.

Évidemment Beccaria n?invente pas la prison pour peine, mais il essaie de lui donner un sens en en faisant un lieu d?amendement de l?individu.

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