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Être le premier en Afrique ne suffit pas

17 septembre 2005, 20:00

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Est-ce facile de faire des affaires à Maurice ? Les conclusions de l?étude Doing Business 2006 de la Banque mondiale (BM) apportent une réponse exhaustive à la question que se pose tout homme d?affaires souhaitant se lancer dans le business. Qu?il soit un industriel écossais désirant fabriquer du tissu pour des kilts ou un petit entrepreneur local projetant d?ouvrir une supérette dans son village.

Pour une première participation, le bilan est plutôt satisfaisant. Sur 155 pays étudiés, Maurice termine à la 23e place, devançant toutes les économies africaines. Mais ce n?est pas un motif de satisfaction.

Tandis que l?étude Investment Climate Assessment, actuellement en cours, interroge les entreprises et les administrations locales sur leur perception du climat d?investissement à Maurice, Doing Business se repose uniquement sur les informations factuelles fournies par les cabinets d?avocats et de consultants ou des administrations de la douane ou du port. Le rapport identifie clairement les forces du système local mais relève aussi, de manière indiscutable, les champs où Maurice a de sérieux progrès à faire.

La protection des intérêts des investisseurs, les étapes pour l?importation ou l?exportation des marchandises, le temps d?attente pour régler un litige commercial devant les tribunaux, la facilité avec laquelle on peut créer ou liquider une entreprise, tout a été passé au crible.

Au chapitre force, Maurice s?illustre comme une des économies où les intérêts des investisseurs sont les plus efficacement protégés. Le pays se classe 11e devançant de puissantes économies, telles celles du Japon ou de la France. Maurice est aussi relativement bien noté sur d?autres indicateurs. Sur le volet Paying Taxes, notre pays se retrouve en 20e position. Ainsi, quand une entreprise locale paye sept fois dans l?année le Trésor, en Inde, la même entreprise le fait 59 fois et une seule fois à Hong Kong !

Les faiblesses de Maurice

Même classement pour le commerce international. Maurice arrive à la 20e place. Le rapport de l?International Finance Corporation (IFC) de la BM note qu?une entreprise mauricienne a besoin de cinq documents pour exporter une cargaison et de sept pour en importer. En Espagne, seuls quatre et cinq leur sont respectivement demandés pour un temps d?attente réduit de presque 50 % à la douane par rapport à Maurice.

Les faiblesses de Maurice apparaissent clairement. Ainsi le pays se classe parmi les derniers, 131 sur 155. L?IFC évalue la facilité avec laquelle on enregistre des biens immobiliers commerciaux à Maurice. Un businessman doit en moyenne attendre 210 jours pour enregistrer ses achats immobiliers. En cours de route, il aura dépensé 16,5 % du coût du bien dans les différents frais d?enregistrements et les coûts des procédures administratives. Beaucoup de pays d?Afrique sont plus rapides et moins coûteux que Maurice à ce chapitre. C?est l?un des précieux enseignements de Doing Business.

Chez nous, obtenir des crédits bancaires à des taux compétitifs n?est pas facile. On le savait déjà mais l?étude de l?IFC le redit en classant Maurice 86e. Toutefois, les lois bancaires étaient plus contraignantes au moment de l?étude. Ce qui fait dire aux autorités locales que Maurice devrait grimper de plusieurs places dans la prochaine étude.

Toutefois dans d?autres domaines, les améliorations doivent intervenir rapidement. Si Maurice est l?un des pays qui protègent le mieux les investisseurs, il est aussi parmi ceux qui retardent la fermeture des entreprises. Maurice est classé 62e au chapitre de la facilité à liquider une société. Les investisseurs accordent une grande importance à la possibilité de pouvoir liquider leurs entreprises et rapatrier leurs capitaux le plus vite possible dès qu?il leur semble inutile de continuer à encourir des pertes dans un pays.

À Maurice, un investisseur passera en moyenne deux ans en cour. À la dissolution de son entreprise et pour chaque dollar qu?il aura investi, il récupérera 30 cents. En Australie, ce ratio est d?un an pour 80 cents récupérés. En Namibie, c?est un an aussi mais pour 45 cents sur un dollar.

Il demeure néanmoins utopique d?aspirer à atteindre de biens meilleurs résultats sur tous les indicateurs. Des impératifs politiques amènent certains gouvernements à ne pas aller au bout de la logique économique. C?est particulièrement vrai pour l?indice Hiring and Firing de l?étude. Il évalue la facilité avec laquelle une entreprise peut recruter puis licencier ses employés. Tous les pays assouplissent, autant que possible, les procédures pour faciliter le recrutement par les entreprises.

Nouvel éclairage sur l?économie informelle

L?indice de la difficulté à embaucher est évalué à zéro à Maurice, soit le niveau le plus bas souhaitable. Tandis que celui de la facilité de licencier atteint 50, l?un des plus hauts en Afrique. À ce sujet, il faut concilier politique sociale du gouvernement et nécessité d?attirer des investisseurs. Ce qui fait dire aux observateurs qu?il ne faut pas, non plus, compter sur un assouplissement supplémentaire des procédures et des indemnités de licenciement dans le pays.

Doing Business offre également un nouvel éclairage sur l?économie informelle. Le rapport établit clairement que les pays les mieux classés ont des économies informelles les moins importantes. La Nouvelle Zélande classée 1er ou le Royaume Uni 9e ont des économies informelles qui ne génèrent que 12,7 % et 12,6 % de leurs produits intérieurs bruts. L?IFC n?a pu établir la part de l?informel dans l?économie mauricienne mais des études précédentes l?ont situé autour des 25 %.

Le rapport est simple à établir. La facilité de faire des affaires dans une économie tend à faire contracter le secteur informel, permettant ainsi à l?État, de percevoir, dans beaucoup de cas, des revenus fiscaux additionnels des entreprises tout en leur offrant un meilleur encadrement dans le domaine de la main d??uvre ou des conditions d?emploi, par exemple.

Le Board of Investment mise gros sur la prochaine participation mauricienne à cette étude. De meilleurs résultats dans le prochain classement devraient améliorer la visibilité de Maurice comme un Investment Destina-tion de choix. Le plan de bataille est en élaboration?

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