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Ces disparitions qui font peur

16 septembre 2005, 20:00

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« Ce qui est filtré vers les journaux concernant les disparitions n?est rien comparé à la réalité. De 1994 à 2002, 250 personnes portées disparues n?ont jamais été retrouvées dans un pays aussi petit que Maurice. La situation est alarmante. » Chaussant ses lunettes, le surintendant de police qui depuis voilà plusieurs mois, attire l?attention de ses amis de la presse sur le phénomène des disparitions, brandit une dizaine de feuilles de papier. Des listes des faits quotidiens rapportés à la police à travers l?île. Il compte environ une dizaine de cas de disparitions rapportées par semaine.

Il épluche la liste et fait remarquer qu?il y a là une majorité de jeunes filles. « Des fugues en majorité. Elles retournent chez leurs parents à quelques exceptions près. Il y a eu aussi celle d?une vieille femme disparue en 1997 à Plaine-Champagne, d?une autre, Violette Antoinette, disparue en mai de cette année dans la même région et de Rookaya Bibi Hassenjee, disparue en avril 2002 en compagnie de Mahadev Seeboruth à Pomponette. En fait, ce sont les hommes et les jeunes garçons qu?on ne retrouve jamais. »

Ses paroles ont fini par produire l?effet attendu. « Vous avez peur. Peut-être que ce que je dis n?est pas vrai ? Si vous avez de la mémoire, vous saurez que la zone de Plaine-Champagne, Bassin-Blanc, Forêt Macchabée est devenue une espèce de ?triangle des Bermudes?. D?un autre côté, une vingtaine d?années avant Ackmeez Aumeer, un enfant d?une dizaine d?années a disparu dans les mêmes circonstances que Violette Antoinette. On ne l?a jamais revu. Et la police semble être aveugle sur cet aspect de la question. Il y beaucoup trop de disparitions qui sont les résultats de crime, beaucoup trop. Les circonstances des disparitions parlent haut et fort. »

Des personnes à problèmes

Véritable pavé dans la mare que lance ce surintendant qui requiert l?anonymat. Cependant l?inspecteur Roland Dabeesing de la Central Criminal Division de Quatre-Bornes, délégué officiellement par la police pour nous parler des disparitions, utilisera presque les mêmes termes que le surintendant.

Il parle lui aussi de situation alarmante, du nombre élevé de cas de disparitions, et de disparus non retrouvés.

L?inspecteur Raddhooa évoque également la situation alarmante. « Aujourd?hui, la police a tous les moyens pour faire face à la situation. Il nous faut simplement motiver les hommes. » Il n?en dit pas plus.

Cependant le surintendant en question fait état de sa conviction intime que bon nombre des disparus sont des victimes. « Ils ont été enlevés, tués et leur corps caché. Il y a peut-être un réseau pour ce type de travail. Ou peut-être des sadiques parmi les charbonniers ou les gardiens des forêts. Ou alors ces gens ont découvert des cachettes ou des plantations de gandia et ont été éliminés. »

Le surintendant nous aiguille sur certains cas. L?affaire Anwar en 1998. Cet habitant de Stanley, Rose-Hill, prend la moto d?un de ses voisins en emprunt un lundi matin pour, dit-il, se rendre à une compagnie d?assurance afin de toucher une certaine somme d?argent. Il ne sera jamais plus revu. Ni sa moto. Ses parents se mettent à sa recherche. Ils ratissent tous les lieux qu?il fréquentait, y compris la région du réservoir de la Ferme. Rien.

Une semaine après, un de ses amis intimes, qui habite quelques ruelles plus loin, disparaît à son tour. Lui également ne sera jamais revu.

« Mais il ne faut pas être paranoïaque et penser que toutes les personnes disparues sont victimes d?assassinat », avertit le surintendant. De fait, selon lui, bon nombre de ces disparus sont des personnes à problèmes qui vont se suicider dans la nature. Des malades mentaux ou autres schizophrènes.

« Un cadavre non enterré ou incinéré signale toujours sa présence par une odeur nauséabonde. Mais Maurice, malgré qu?elle soit petite, recèle de milliers de régions qui sont rarement fréquentées. Ainsi une personne qui s?y rend pour se suicider n?est jamais retrouvée, ou alors retrouvée plusieurs années après. On a découvert des squelettes lors des fouilles pour la construction d?hôtels récemment à Bel-Ombre et plusieurs années de cela à Trou-aux-Biches et à la Vigie récemment. Mais le nombre de squelettes retrouvé est minime par rapport aux personnes disparues et jamais retrouvées », nous explique l?inspecteur Raddhooa.

Mas il n?y a pas seulement l?assassinat ou le suicide pour expliquer les disparitions. Il est certain que des personnes, supposément disparues, ont quitté le pays sous une autre identité, alors que d?autres ont abandonné le toit conjugal pour vivre ailleurs. Certains ont été retrouvés et d?autres jamais.

Ce sont ceux laissés derrière qui vivent alors un calvaire. Ils n?arrivent pas à faire une croix sur leur passé.

La psychologue Reeta Reekoye nous explique que les parents des disparus sont submergés par un sentiment qui balance entre espoir et frayeur. Ils sont gagnés par l?angoisse, la panique, le stress.

« C?est l?éternel conflit entre espoir et désespoir. Ces parents croient toujours que le disparu retournera un jour, espoir qui est, de temps en temps, écrasé avant de renaître. »

« Cot li finn ale. Ki finn ariv li. » C?est la question que se pose la mère d?Anwar, huit ans après la disparition de ce dernier.

C?est la question que se posent plus de 200 parents en ce moment. Et chaque jour qui passe, des noms viennent s?ajouter à la liste déjà longue.

CLASSIFICATION DES DISPARUS

La police classe les disparus en cinq catégories et l?enquête s?oriente en fait selon ces catégories. Il y a les enfants de moins de 12 ans, les jeunes de 12 à 18 ans, les personnes âgées et infirmes, les malades mentaux, et les personnes âgées de plus de 18 ans qui sont sains d?esprit. Quoiqu?il en soit, les enquêteurs sont certains d?une seule chose : les enquêtes aboutissent très vite quand il y a une grande coopération entre la police, le public et les parents. L?aide de la presse écrite et parlée est alors inestimable.

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