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Gaëtan Benoît cherche Clair et Berger

13 septembre 2005, 20:00

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Seuls d’authentiques historiens, ceux accordant l’importance voulue aux sources de référence primaires, dûment inventoriées et répertoriées, afin d’en faciliter l’usage, peuvent mesurer correctement l’ampleur du vide causé dans leurs rangs par la disparition prématurée de chercheurs aussi méticuleux et consciencieux que les deux Gaëtan, Raynal et Benoît. Il y a 25 ans, dans l’express, le frère de Norbert Benoît, alors bibliothécaire de Port-Louis, redit l’importance du patrimoine culturel, composé par les collections de documents manuscrits se trouvant, soit dans des bibliothèques municipales (Carnegie ou de Port-Louis), soit chez des particuliers. Il parle à leur propos de “richesses intellectuelles et culturelles mais inexploitées”. Il déplore l’absence de toute bibliographie digne de ce nom pouvant signaler leur existence aux chercheurs de confiance.

Gaëtan Benoît cite en exemple les 55 volumes contenant les procès-verbaux du conseil municipal de Port-Louis, pour les années 1850 à 1920. Rivaltz Quenette, l’ancien secrétaire de l’Assemblée nationale, les a étudiés en long et en large. Il nous offre le résultat de ses recherches dans les cinq volumes de son Histoire de la Corporation municipale (1850-75, 1876-1903, 1903-23, 1924-35, 1936-50). A lire et à relire. Surtout si l’on veut mesurer ce qui sépare les édiles de 1850-1950 à ceux du temps présent.

Gaëtan Benoît présente deux personnalités de l’intelligentsia mauricienne du XIXe siècle, et qu’on peut découvrir à travers des documents manuscrits. Il s’agit de Lucien Clair et de C. Edouard Berger. Son article s’illustre d’un magnifique portrait de celui-ci qu’encadre une paire de favoris bouclés à souhait.

Le manuscrit de Lucien Clair s’intitule Mélanges poétiques. Il date de 1889. Il contient 21 poèmes, écrits entre 1832 et 1889. Le Dr Chasteauneuf le remet à la municipalité de Port Louis, en 1907. L’auteur se définit “ancien maître de ballet de Sa Majesté Guillaume II, roi de Hollande” des Pays-Bas et du Luxembourg de 1840 à 1849. Il se réclame du patronage du poète français, Ch. Hubert Millevoye (1782-1816).

De mes chants imparfaits recueillez l’héritage

Et sauvez de l’oubli quelques uns de mes vers

L’auteur précise, dans sa préface que trois poèmes ont été publiés : La fable du fauteuil, dans Le Républicain d’Agen, Lot et Garonne, France, en 1848, Le dernier vœu et L’enfant aux cieux dans l’ancien Mauricien. Le recueil manuscrit compte 92 feuilles. L’auteur se met volontiers en scène dans ses poèmes. Il se plaît à raconter ses souvenirs. Benoît nous dit que Clair s’essaya à tous les genres : romance, élégie, satire, chanson, fable, madrigal, épigramme. Heureux sont ceux pouvant distinguer ces différents genres littéraires et connaissant les règles et les formes que leur imposent l’Académie et le bon usage. Dans son discours en vers pour l’ouverture de l’Athénée Mauricien, Lucien Clair parle des poètes locaux, Coqueval, Lolliot, Castelain, Moïse Constant, Chrétien, Lorquet, De La Faye, ce Lamartine créole au chant de séraphin. Le recueil contient des visions patriotiques. Il atteint parfois des irréalités cocasses, comme ces deux épitaphes dédiées à Louis Napoléon (Napoléon III) et au pauvre Clair :-

“Ci-gît Louis Napoléon”

“Le fléau de la France et de la République”

“Prince qui n’eut de grand en fait de politique”

“Que le nez et le nom”et

“Ci-gît le pauvre Clair”

“N’ayant ni sou ni maille”

“Il vécut sans amis”

“Et mourut sur la paille”

Le second manuscrit est un recueil du chanteur, musicien et compositeur C. Edouard Berger (1819-1889) “dont les occupations pourraient amener les chercheurs à l’identifier à Pierre Edouard Berger (1850-1916) qui possédait les mêmes talents”. Benoît rappelle qu’Antoine Chelin a décrit Berger, avec sa verve particulière, dans son livre Le théâtre à l’île Maurice, son origine et son développement (1954). Le recueil de Berger s’intitule Romances et mélodies. Il est annoté de la main de Léoville L’Homme. Il s’agit d’un recueil de 158 pages, agrémenté d’un index d’une grande utilité. Les compositions s’échelonnent de 1837 à 1888. Les compositions de Berger sont le plus souvent des poèmes mis en musique par lui. On y voit, par exemple, un Chant du cœur de Moïse Constant, Le pardon de Coqueval, des poèmes de Fernand Duvergé, des textes d’Evenor Hitié.

Gaëtan Benoît conclut son article en faisant l’éloge de la culture comme on le concevait à la fin du XIXe siècle. A lire et à méditer.

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