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Le non-sens des sacs plastique
En Afrique du Sud, les sacs plastique avaient le triste privilège d?être appelés ?fleurs nationales?, tant ils faisaient partie du paysage. A tel point que le gouvernement avait été forcé de voter une loi rendant illégale leur distribution gratuite.
Cette démarche devrait faire longuement réfléchir les décideurs mauriciens en matière environnementale. Pour cause, chaque Mauricien consomme 291 sacs plastique par an, alors qu?avec 182 sacs par an, un Sud-Africain réalise un score lui-même déjà accablant !
Le précédent gouvernement n?était pas insensible au problème. Après des consultations avec la Plastic Products Manufacturers Association (PPMA), le ministère de l?Environnement avait promulgué de nouvelles régulations prohibant la production de sacs non dégradables. Les sacs devaient, en outre, être d?une épaisseur minimum de 20 micromètres (un micromètre équivaut à millième d?un millimètre) au lieu de 12 auparavant. A titre d?exemple, un cheveu humain mesure environ 50 micromètres d?épaisseur.
C?était fin 2003. Depuis, rien d?autre n?a été fait pour combattre cette pollution visuelle qui enlaidit nos champs, rivières, villes, plages et autres. Même si, comme l?explique le conseiller du précédent ministre de l?Environnement, Ananda Rajoo, de nouvelles régulations étaient sur la planche à dessin, telles la réglementation de la quantité et de la qualité des additifs chimiques ajoutés aux sacs, ainsi qu?une méthodologie distincte pour tester l?efficacité des additifs.
?Grâce aux visites surprises que nous avons effectuées chez les fabricants et distributeurs, nous avons découvert que la grande majorité d?entre eux respectaient l?épaisseur obligatoire. Mais, dans bien des cas, le degré de ?dégradabilité? n?était pas respecté?, confie-t-il.
Dans la même veine, le Mauritius Standards Bureau (MSB), l?organisme qui examine les sacs selon les normes internationales, a acquis un ?Accelerated UV Weathering Tester? au coût de Rs 500 000. Les entreprises qui enfreignent les régulations du ministère sont ainsi passibles d?une amende de Rs 50 000.
Mais qu?en est-il de ce qui est resté à l?état de propositions du précédent gouvernement ? Selon le secrétaire permanent du ministère, Sateeaved Seebaluck, ?tout le dossier sera revu?.
L?usage payant
Une solution serait d?attaquer le mal à la racine, c?est-à-dire la consommation à outrance des sacs plastique. Pour cela, il faudrait que rendre ceux-ci payants. En 2002, l?utilisation des sacs plastique en Irlande a chuté de 90 % grâce à un prélèvement de 15 centimes d?euros par sac.
Mais, comme le souligne le senior executive de la chaîne de supermarchés Winners, Nicolas Merven, cela nécessiterait la coopération de tous les magasins de grande surface. ?Les Mauriciens ont été trop gâtés. Si un supermarché continue à distribuer des sacs gratuitement, les autres ne pourront faire payer les leurs. Il faut donc que ce soit une action concertée.?
Winners distribue un million de sacs par mois au coût d?un demi-million de roupies. Ainsi, seule une législation appropriée rendrait possible une telle mesure. Mais Ananda Rajoo rappelle que ?le lobby du plastique est omniprésent?. Il estime aussi qu?une telle loi devrait surtout se concentrer sur les petits commerces et marchands, qui, contrairement aux grandes surfaces, ne se soucient guère, ou très peu, de l?image qu?ils peuvent projeter et sont donc plus susceptibles de ne pas respecter les directives du ministère.
Pour Mounesh Mareachealee, directeur général de Plaspak et président de la PPMA, les régulations du ministère sont comme mettre la charrue avant les b?ufs. S?il concède être ?tombé d?accord ? avec le ministère, il précise n?avoir ?pas eu le choix?. ?Le tonnage de sacs plastique qui est déposé à Mare-Chicose a doublé depuis qu?on augmenté l?épaisseur des sacs?, ironise le président de la PPMA.
Sensibilisation du grand public
?Il faut encourager le tri et le recyclage?, préconise-t-il avant de s?interroger sur le refus du ministère de s?attaquer au problème des bouteilles en plastique. Alors qu?une bouteille de 1,5 litres équivaut à dix sacs plastique.
?Nous n?avons ni les moyens ni le droit de collecter et de trier les déchets plastique mais les municipalités devraient commencer à le faire?, estime Mounesh Mareachealee. Il cite la Réunion en exemple, où le plastique recyclé est une source importante de revenus.
Par contre, une législation pour rendre payants les sacs ?affecterait toute l?industrie et forcerait beaucoup de boîtes à mettre la clé sous le paillasson?. Mounesh Mareachealee souhaite rencontrer le ministre, Anil Bachoo, pour lui parler du recyclage et des bouteilles en plastique.
Pour sa part, Nicolas Merven nuance : ?Le problème, c?est la réutilisation (?). Les sacs, même ceux qui sont neufs, finissent rapidement à la poubelle. Il y a beaucoup de gaspillage.? Il se prononce pour une sensibilisation du grand public aux mérites du recyclage. La France, par exemple, a pu réduire de 15 % la diffusion de sacs plastique grâce à des campagnes de conscientisation dans la grande distribution.
Cette option serait un moyen réaliste d?alerter le consommateur sur les séquelles environnementales et, surtout, sur le rôle qu?il peut lui-même jouer dans leur atténuation. Dans tous les cas de figure, la route pour réclamer la salubrité de paysage naturel sera encore longue. Comme le dit Ananda Rajoo : ?La guerre contre le plastique ne fait que commencer ?.
SOLUTION
Pas si dégradables que ça !
■ Pour rendre les sacs dégradables, un additif chimique est ajouté à la résine du plastique lors de la fabrication. Dépendant du pourcentage d?additifs (pas plus de 3 % du poids total du contenant), les sacs se dégradent après quelques semaines, au plus tard après plusieurs mois au contact des rayons ultraviolets. Or, cette méthode n?est pas idéale. Car, contrairement aux sacs biodégradables assimilés par des micro-organismes, ces sacs dits ?photo-dégradables? se désintègrent en particules qui ne disparaissent pas tout à fait et peuvent même entrer dans la chaîne alimentaire. Mais cette solution imparfaite pourrait nous éviter de gâcher le paysage pendant un demi-millénaire !
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