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La mauricianité de la sinité mauricienne
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La mauricianité de la sinité mauricienne
Redonnons la parole à Joseph Tsang Mang Kin qui nous offrait, en septembre 1980, à l?occasion de la visite à Maurice du vice-Président ministre chinois, Ji Peng Fei, ses vues sur la communauté mauricienne d?origine chinoise, devant, selon lui, avancer sans jeter ses baguettes en s?accrochant autant à sa sinité qu?à sa mauricianité. (Voir l?express d?hier matin).
Signalons tout d?abord, avant de clore le chapitre sur la sinité de cette communauté que culte des ancêtres, comme agapes, jouent un rôle aussi important que le dogme religieux en son sein, au dire de Tsang Mang Kin. La Chine ancestrale n?a légué à ses enfants aucune métaphysique, aucun panthéon de divinités. Le confucianisme est un code de bonne conduite familiale et sociale sans même espoir d?une récompense divine. Le taoïsme se contente de reconnaître le principe qui anime tout ce qui est, ne nécessitant aucun culte mais conférant l?immortalité à qui parvient à intégrer le tao à soi. Le bouddhisme, originaire de l?Inde, mais dûment sinisé retient principalement le renoncement aux désirs, qui permet d?éviter de nouvelles incarnations et d?accéder directement au nirvana.
Tsang Mang Kin souligne l?aspect quelque peu opportuniste de certaines pratiques religieuses et culturelles visant principalement à prier pour obtenir des avantages ou bienfaits matériels. L?absence de doctrine religieuse spécifique favorise l?esprit de tolérance et éloigne tout sentiment de fanatisme.
La mauricianité de la communauté d?origine chinoise s?exprime plus particulièrement par tout ce que ses membres adoptent le plus couramment aux pratiques et aux traditions des autres communautés. La rareté des femmes, au début de l?immigration chinoise, encourage les premiers venus à chercher l?âme s?ur dans les autres communautés existantes. Cela s?ajoute aux nécessités professionnelles et commerciales pour encourager ces immigrants à adopter au plus vite les autres langues parlées dont le bhojpuri et le créole. Le gouverneur Gordon constate l?absence de tout préjugé raciste au sein de la nouvelle communauté. Les nouveaux venus ont certes des préférences et des sympathies comme tout le monde. Elles s?exercent davantage en fonction de la concordance des personnes rencontrées à une foi chinoise (?t?ong sin?), exigeant moralité irréprochable, noblesse des sentiments, identification à l?honnête homme confucéen. Ce dernier est, bien sûr, éduqué et instruit d?où l?importance de la réussite scolaire.
L?immigrant d?origine chinoise se convertit facilement et accepte volontiers le baptême chrétien pour prendre femme. Il accepte que ses enfants reçoivent une double formation religieuse : chrétienne et chinoise (le ?t?ong sin? dans les écoles chinoises). Il y voit pour eux une double chance de devenir de bons citoyens. En 1980, deux tiers des Mauriciens d?origine Chinoise sont chrétiens.
Le Chinois est en paix avec lui-même et n?a aucun scrupule à siniser le message évangélique comme il a sinisé le bouddhisme, le marxisme ou le maoïsme. Il adopte ce qui lui est utile et rejette ce qui l?encombre. L?acquisition des langues universelles l?aide à acquérir savoir et promotion sociale. Il s?adapte à son nouvel environnement. Il n?y a ni aliénation ni rupture avec une culture d?attache mais un atout de plus dans son jeu, un laissez-passer donnant accès à un monde nouveau, une source d?enrichissement tant culturel que matériel.
Les jeunes réagissent comme les jeunes du monde entier. Ils aiment la musique pop, le rock, le disco. Cela ne les européanise pas pour autant ni ne les occidentalise, tout comme le séga ne les africanise pas outre mesure. Cela les installe dans un courant universel de culture. La formation scolaire et humaine, reçue souvent dans les meilleures collèges, fait que les jeunes d?origine chinoise n?ont rien à envier aux autres sans perdre pour autant leur sinité. Il n?y a de perte d?identité culturelle. Il y a une insertion dans des courants universels de civilisation contemporaine. Il ne s?agit pas tant de copier servilement des modèles imposés que de recherche personnelle de son biotope. Une tradition séculaire de découvertes, d?inventions, d?adaptations, tout en maintenant l?adhésion aux croyances essentielles, ne peut qu?aider ces jeunes.
Les jeunes filles reçoivent aussi une formation judéo-chrétienne. Elles ne portent plus le ?cheong sam?, la longue robe fendue sur les côtés. La calligraphie et l?art culinaire chinois sont souvent négligés. Le moindre déclic intellectuel et sentimental peut toutefois transformer des jeunes rétifs(ves) en calligraphes expérimentés et en cordons bleus. Nul n?oublie que l?accès au c?ur de l?âme s?ur passe par son estomac. Le Mauricien d?origine chinoise conserve volontiers quelques valeurs (respect de la famille, sens aigu de l?égalité, méritocratie, noblesse du travail bien fait, sens élevé des responsabilités). Il n?en a pas le monopole mais il les place volontiers avant les dieux.
Joseph Tsang Mang Kin omet cependant de dire, et on le comprend que trop, l?immense merci que l?île Maurice doit constamment dire à ses enfants d?origine chinoise pour tous leurs bienfaits et tous les services rendus jour après jour. Sans eux, elle ne sera pas ce qu?elle est. Nous sommes heureux de pouvoir l?affirmer à sa place et compléter ainsi une analyse d?une grande justesse.
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