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Exclusion de la culture
de Nazim ESOOF
La classe politique fait de la place à tout le monde. De plus en plus, même nos vedettes sportives se laissent séduire. Les ?cultureux?, par contre, restent bien à l?écart de ce que beaucoup estiment être, au mieux, un phénomène de foire et, au pire, un bal de vampires qui suce l?instinct de création des hommes qui s?y investissent.
Il faut aussi dire que le landerneau politique traditionnel ne s?intéresse que très peu à la culture. Pour preuve, il suffit de se reporter au choix des hommes qui sont appelés à occuper le fauteuil des Arts et de la Culture !
Il est aisé de caricaturer à l?extrême la posture des uns et des autres. C?est une tentation à laquelle on ne cédera pas. Parce que l?enjeu est grand. Parce que le mal est profond. Ce mal, c?est l?exclusion de la culture parmi les priorités de nos gouvernants, quels qu?ils aient été et quels qu?ils soient. Pourtant c?est par la culture que se forge une nation, que l?âme d?un peuple prend forme, que l?imaginaire d?un pays devient une palpitante aventure de créativité.
Repoussée au magasin des accessoires, réduite à sa plus simple expression, banalisée à l?extrême, la culture, du moins dans son acception officielle, est devenue au fil des ans, une vilaine sorcière fardée, qui encombre la sérieuse technocratie de l?État. Pour celui-ci, c?est un moloch qui n?est d?aucune utilité. Pire, parfois la culture peut compromettre les desseins politiques d?une nation clivée.
Certains hommes de culture ne sont pas non plus exempts de critiques. Le réflexe de l?assistanat que quelques-uns ont développé, la passivité des autres devant les événements qui pervertissent leur pays, l?instrumentalisation à laquelle d?autres cèdent et l?appât du gain qui pourrait animer certains autres, sont autant de facteurs qui confinent la culture à un rôle réducteur. Quant au reste, une certaine attitude de dédain n?est certainement pas la bonne recette pour créer un dialogue constructif avec la politique. Or, c?est un dialogue qu?il convient d?encourager désormais.
On en a bien besoin. Parce qu?il nous faut de l?imagination au pouvoir. Nos artistes et nos hommes de culture sont supposés posséder cette dose de créativité. Non seulement au ministère des Arts et de la Culture, mais aussi à l?éducation nationale, à l?économie, au social?
La culture, c?est ce qui quadrille notre espace de parole, notre corpus attitudinal, notre ambition identitaire, entre autres. C?est ce qui contribue à lire les courants souterrains des différentes tensions sociales. En un mot, c?est le miroir qui permet à une nation de comprendre les multiples faces qui la composent. Peut-être est-ce la raison pour laquelle la politique montre si peu d?intérêt pour elle à cause de sa hantise de se voir en face ?
Dans un monde imprégné de l?ère du zapping, la culture peut finir par représenter une force fixiste. Et dans un pays qui n?a pas pris depuis longtemps le temps de s?arrêter pour essayer de se comprendre un peu mieux, cette culture a fini par devenir un luxe, la cause d?un recul, voire une négation de ce pragmatisme qui devrait nous habiter de manière congénitale.
C?est effectivement parce qu?elle est à milles lieux de ce pragmatisme ambiant que la culture fait figure de dos-d?âne chez un citoyen mauricien, sculpté et programmé pour ne répondre qu?aux exigences de productivité et d?efficience.
Il est temps aujourd?hui que la politique et la culture arrivent à se provoquer mutuellement. Le corps s?est émancipé. L?âme s?est retirée dans la sphère du privé. L?identité s?est figée à la litière des préjugés. La parole se laisse paralyser dans les interdits et les autocensures. Un pays a évacué la culture de son champ de reconnaissance. Les conditions de dialogue ne sont pas réunies. Aux hommes de la politique et de la culture de nous convaincre du contraire.
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