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?Mon plaisir est sur un vélo?
<B>Ça y est Yannick, vous êtes redescendu sur terre ? </B>
? Oui, ça descend forcément. Surtout après que ce matin (mercredi), j?ai dû reprendre mon vélo pour rouler pendant au moins trois heures. Depuis dimanche, on n?a pas arrêté de fêter avec les amis, la famille et le club. Lundi soir avec les dirigeants et les coureurs, on a fait une fête comme c?est le cas à la fin de chaque saison. Cette année, elle a été encore plus belle avec la victoire sur le Tour. J?ai eu l?occasion de revoir les photos et les films. Ce n?est que maintenant que je réalise tout ce qui s?est produit durant le Tour.
<B>Arrivez-vous à expliquer les sentiments qui surgissent quand on gagne le Tour de Maurice ? </B>
? Difficilement. Je crois que c?est quelque chose qu?il faut vivre soi-même pour s?en rendre compte. J?en ai discuté avec Patrick Haberland et Eric Pitchen (deux vainqueurs du Tour de Maurice), ils estiment aussi que c?est l?un des plus beaux jours de leur vie.
<B>Si vous pouviez changer des choses à cette 24e édition, qu?est-ce que vous auriez changé ? </B>
? J?y ai souvent pensé. Mais au bout du compte, je crois que je n?aurais rien changé. À la limite, j?aurais préféré perdre moins de temps dans la deuxième étape de vendredi. J?avais bien l?intention de laisser filer le maillot jaune. Car je me sens mieux en attaquant qu?en défendant. Cela me mettait moins à l?aise le jaune sur le dos. Perdre ce maillot était dans les plans. Mais tout en limitant les dégâts et au final, j?aurais concédé pas plus de 30 secondes au nouveau leader. Finalement, les choses ne se sont pas passées ainsi et j?ai été relégué à 1?31? de Chris Froome. Ça m?a mis un sérieux coup au moral.
<B>Justement, qu?est-ce qui s?est passé dans votre tête après cette étape ? </B>
? J?étais vraiment down. J?avais paniqué en remontant l?autoroute vers la Montée Lapeyre sachant que ça allait attaquer encore. Je me suis dit s?il vous plaît pas encore une fois le même sort. Quand j?ai vu partir Hudson Mathieu et Richard Baret, là je me suis dit qu?il va falloir limiter les dégâts. Je n?ai même pas pu entrer dans le groupe de Toto (Thomas Desvaux). 1?31? à l?arrivée, j?ai eu des doutes. Mais Gilbert Quéland a su trouver les mots justes. Il a positivé et j?ai pu parler à Bertrand Carabin, mon entraîneur. Il nous a fait comprendre que rien n?est perdu et qu?il fallait y croire. L?ambiance avait pris un coup au sein du groupe. N?empêche qu?après réflexion, j?ai vu que tout était encore jouable. Il y avait quelque chose à tenter. Avec la fatigue, j?ai dormi même si Philippe Colin n?arrêtait pas de ronfler (rires).
<B>Et le coup de poker samedi matin?</B>
? En fait, c?est un heureux hasard. On savait que Chris Froome était là pour aider Toto et non pour gagner le Tour. Je parle de mon idée à Sébastien (Hacques) de partir tôt. Il est tout à fait d?accord. Et en discutant avec Toto, on se rend compte qu?on a la même tactique. Tant mieux donc. Ça nous arrangeait que le maillot jaune reste dans le peloton et les autres allaient forcément l?attendre rouler. Ce qui nous a donné un peu de temps quand même. Et la suite on la connaît.
<B>Le jaune à nouveau sur le dos samedi, il fallait préparer la défense ? </B>
? Oui, effectivement. Aussi étrange que cela puisse paraître, la nuit de samedi à dimanche a été plus difficile que la veille. On a dormi seulement trois heures. À 2 heures du matin, Christophe et moi on causait encore autour de la piscine de l?hôtel. Et Philippe qui ronfle une fois encore (rires), ça n?arrange pas les choses. Mais bon, on était plus stressé qu?autre chose. On se repassait le film de la journée. On envisageait tous les scénarios possibles. Il y avait de la pression. Au bout de trois heures de sommeil, on s?est réveillé à 6 h 30. On s?est dit qu?on allait être beau (rires). Donc, lunettes de soleil recommandées. Et il fallait éviter que les autres sachent qu?on n?avait pas dormi. On pouvait être vulnérable.
<B>Après ce qu?a démontré votre frère Christophe, il ne vous fait pas peur des fois ? </B>
? Oh, peur non, mais ce qu?il a accompli est incroyable. Il part dans la tête avec le fait de n?avoir rien à perdre. En plus physiquement, il est prêt. La préparation avec Bertrand (Carabin) a été excellente. En fait, son rôle de lieutenant le cache. Christophe a fait d?énormes progrès depuis l?année dernière. Il a toujours été fort. Mais vu qu?il évolue dans mon ombre, on ne le voit pas beaucoup. Et puis, il aime aussi ce rôle. Mais au fond, j?aimerais qu?il prenne un peu les devants. Il s?entraîne autant que moi et il mérite de réussir autant que moi. Ici, je suis le leader, par contre à Blagnac je joue le rôle de coéquipier et je fais ce que Christophe fait. J?ai la chance de connaître les deux rôles et ça m?aide énormément.
<B>Quand on gagne le Tour de Maurice, on vise quoi après ? </B>
? La fameuse question ! Le Tour c?est le summum pour un Mauricien. C?est le rêve de gamin. Ils ne sont pas nombreux d?ailleurs les gamins qui réalisent leur rêve. Et moi ça m?arrive assez tôt, je trouve. Bon, après le Tour, on pense aux Commonwealth Games, aux Jeux d?Afrique, aux Championnats du monde des Petits Pays.
Il faut qu?on y soit. On ne doit pas s?arrêter là. Je sais à 90 % que je ne passerai pas pro. Je me fixe donc des petites échéances. Mais si on va rester à Maurice pour s?affronter tous les dimanches entre nous, laissez tomber. Il faut entretenir la motivation.
<B>« Je sais à 90 % que je ne passerai pas pro. Je me fixe donc des petites échéances. Mais si on va rester à Maurice pour s?affronter tous les dimanches entre nous, laissez tomber. Il faut entretenir la motivation. »</B>
<B>En 2004, vous passiez à côté du Tour et en 2005 on retrouve un nouveau Yannick. Qu?est-ce qui s?est passé entre-temps ? </B>
? Je crois avoir changé ma façon d?aborder les courses. Un travail de fond a été fait et j?ai découvert qu?en me mettant trop la pression l?année dernière, ça m?a poussé vers l?échec. En plus, j?avais prévu une année sabbatique, voire arrêter si je gagnais le Tour. Et finalement, 2005 a été ma meilleure année de vélo que ce soit en France ou à Maurice.
<B>Vous êtes en dernière année à la FAC de Toulouse, quels sont vos plans après ? </B>
? J?ai une formation dans le sport. Mon but sera de dénicher des futurs Buckland et Milazar. En 2006, je devrais me lancer dans la vie professionnelle à mon compte ou pour l?État, tout dépend de ce que le gouvernement me proposera. Je veux débarquer à Maurice avec des idées et non pas me donner une année de rigolade et puis trouver un boulot. J?ai hâte de retourner pour partager ce que j?ai appris pendant quatre années.
<B>La vie d?un cycliste comme vous est faite de quoi ? </B>
? C?est fait de beaucoup de sacrifices. Mais je ne m?impose pas une vie de militaire non plus. J?essaie de maintenir des relations amicales, de passer du temps avec les gens que j?aime. Je ne m?enferme pas dans ma chambre après les entraînements et je me remets sur le vélo dans l?après-midi. ll y a certes des restrictions comme éviter les sorties le samedi soir et abuser de l?alcool. Je me fais plaisir ailleurs. Certains pensent que je gâche ma jeunesse. Pas du tout, mon plaisir est sur un vélo et gagner une course.
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