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La moto dans la peau
Leurs copines ou leurs épouses en sont jalouses. Les vieux jeu crient à l’exhibitionnisme et les jeunes les envient à mort. Mais rien ne peut réfréner les amateurs de grosses motos. Ils sont nombreux à dépenser leur temps et à claquer une fortune pour l’entretien de leurs cylindrées. Mais la passion n’a pas de prix. Ces inconditionnels ont organisé hier une expo-moto au collège Saint-Esprit, histoire de montrer leurs fauves apprivoisés. Les adhérents du Motor Daimlers Club sont non seulement des fanas de motos, mais aussi des bourlingueurs.
Au départ, on voulait vous brosser le portrait d’un de ces mordus de motos.
À l’arrivée, on s’est retrouvé avec plusieurs d’entre eux devant le Plaza. Face à la gueule de leurs mangeuses de bitume et leurs vrombissements ahurissants, nous avons craqué. Et nos motards ne sont pas des êtres solitaires. Ils forment une sorte de communauté qui exalte l’idée d’une certaine solidarité sur la route comme dans les interviews. Résultat : une véritable croisade sur leurs bolides qu’ils vénèrent comme des bijoux.
Roadster, Custom, Trails. Est-ce là du charabia ? Non, c’est le jargon des motards pour décrire les traits de caractères des motos. Où commence cette obsession pour la « bécane » ? Karo, la seule femme du Daimlers Club se lance en tête du peloton. « C’est venu comme ça, on se sent libre sur la moto, on prend de grands bols d’air », confie-t-elle.
Karo, qui est enseignante à l’École du Nord, a eu sa première moto à l’âge de 15 ans (sa fille la conduit maintenant). Aujourd’hui, elle fait corps avec une Honda CBX 750 et suscite l’admiration de ses élèves qui n’ont pas l’habitude des « maîtresses à moto ». Sa vie, elle la résume ainsi : « J’ai trois filles, trois motos, trois chiens et pas de mari. » C’est connu, les adeptes de belles mécaniques ne jurent que par leurs engins. Ses filles sont d’ailleurs atteintes par le même virus.
« Les copines de mes filles sont jalouses car c’est rare qu’une mère pousse ses enfants à piloter des cylindrées. » Si Karo sent que, pour certains hommes, la femme et la moto ne sont pas compatibles, notre motarde ne se résigne pas. Son engin est un moment de détente et pour elle, et il n’y a rien de mieux qu’un petit tour à moto quand on ne se sent pas bien.
« Tant pis pour ceux qui pensent qu’une femme n’est pas faite pour piloter une moto. Je me sens tout à fait femme sur ma cylindrée et même si au feu rouge, les gens rigolent parce que je dois me mettre sur la pointe des pieds, pour rien au monde je ne me séparerai de mon bolide. »
<B>Ils se vouent corps et âme à leurs « bécanes »</B>
Dessen Mootien, le président du club, est bien loin de sa première Peugeot 103. Il avait alors 15 ans et a dû beaucoup négocier pour que ses parents lui payent cette mobylette. Il y a dix ans, des amis et lui créent le Daimlers pour faire des virées. « La moto est plus conviviale. Le dernier dimanche du mois, on fait des tours de l’île, on partage notre passion, on se fait des amis et on découvre le paysage », explique-t-il. Quand il enfourche sa Honda 750 VFR, il se sent libre comme l’air. Et même si les automobilistes ne font pas de cadeaux aux motards, Dessen ne s’essouffle pas, il a l’esprit baroudeur.
Denis Valéry peut passer des heures à farfouiller son Aprillia 650 cc, bichonner son carénage, régler par-ci, régler par-là. Les reproches de sa moitié ne le découragent pas pour autant. Il y a entre lui et sa moto qui vaut Rs 300 000, « une complicité que je ne peux pas expliquer ».
Pour Bernard Armanssin, la moto est synonyme d’aventure. Il a fait venir une sportive de la Belgique, il a inves-ti dans le blouson, les gants et les bottes et attend que Maurice ait une piste où les pilotes de grosses cylindrées pourraient faire des rallyes. « En attendant je prends beaucoup de plaisir à sortir en groupe. Une moto c’est plus fun qu’une voiture sauf quand il y a des chiens qui vous courent après. »
Rakesh Callychurn est très à cheval sur les qualités de sa Honda 900 Hornet et cumule les superlatifs à son sujet. « Elle a une bonne prise en main, permet une bonne position de conduite, est maniable et stable, elle n’est pas du tout fatigante. » Il nous a même emmenés faire un tour pour nous prouver combien sa Honda est joueuse.
Charles Chan, le vice-président du club, ne s’en cache pas. Il a choisi la Kawasaki 1 100 pour sa vitesse. « J’aime être couché sur la route quand je conduis. La route est dangereuse, on le sait mais l’important c’est de ne pas avoir peur une fois qu’on est au guidon. »
Nos motards se vouent corps et âme à leurs « bécanes ». Derrière cet amour un peu macho pour les grosses cylindrées, se cachent des têtes d’ange qui plébiscitent avant toute chose la convivialité et l’amitié. Alors, si vous croisez sur votre route une trentaine de motards en file indienne et en tintamarre, ne changez pas de trottoir. Ils font beaucoup de bruit, mais ils sont très sympas.
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