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Un buste de Raoul Rivet au Jardin de la Compagnie
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Un buste de Raoul Rivet au Jardin de la Compagnie
Début septembre 1980, il est question de placer un buste de Raoul Rivet au Jardin de la Compagnie. Son dévoilement coïncide avec la Quinzaine civique de la municipalité de Port-Louis, dont ce tribun a été le maire en 1934, 35 et 44. Un socle en marbre, placé entre le buste de Rémy Ollier et le monument commémorant l?arrivée des premiers Français, attend celui de Rivet. Sur ce socle en marbre est gravé un de ses propos, ?Je dois à la France d?être un roseau pensant?. Il dit bien pourtant sa francophilie, manifestée plus particulièrement par ses talents littéraires et sa participation au mouvement rétrocessionniste des années 1920. Il a pourtant le don d?irriter plus d?un, dont des employés du journal ?qu?il a dirigé de 1922 à 1957?. Sa référence à une puissance ?colonialiste et impérialiste? les offense au plus haut point. C?est d?ailleurs cet état d?esprit qui explique, peut-être, la disparition du monument voisin commémorant l?arrivée des premiers Français, victime des derniers travaux de rénovation du Jardin de la Compagnie, après avoir été celle de nombreux vandales. Ces derniers profitaient du manque d?élévation de ce monument pour le défigurer. Il ne manquait pourtant pas de grâce ni d?allure, évoquant avec finesse la voilure d?un des navires du XVIIIe siècle, ayant conduit à Maurice les premiers colons français mais aussi africains, tamouls et musulmans.
L?idée d?ériger un buste à la mémoire de Raoul Rivet fut prise au lendemain même de sa mort, en novembre 1957. Un comité, présidé par Félix Laventure, et composé de Madeleine Mamet, Marcel Cabon, André Decotter, Raymond Hein et Georges Coombes, est mis sur pied pour recueillir les donations. Une fois la somme requise obtenue, le comité approche un sculpteur de talent aux Quatre Bornes, originaire de Chine, M. Chue Vee Tow. Il confectionne un buste en plâtre à partir de photographies du défunt. Le buste en bronze est ensuite coulé dans ce moule en plâtre par les Ateliers Raoul Harel de Coromandel.
Se pose alors la question du site. André Decotter propose d?approcher, à cet effet, la municipalité de Port-Louis. Une cérémonie a lieu en 1975. Sont alors remis à Hamid Moollan, président de la Commission administrative de Port-Louis, le buste ainsi qu?un reliquat devant servir à l?érection d?un socle en marbre. Ce n?est qu?en septembre 1980 que le buste de Rivet prend sa place au Jardin de la Compagnie. Longue attente tout de même préférable au sort infligé à Jules Koenig qui attend toujours son buste, son parti, le PMSD, n?ayant jamais été capable de lui rendre cet honneur que sa longue carrière politique et son zèle à défendre les opprimés et les démunis méritent pourtant amplement.
Restons dans la ville dont Raoul Rivet est un des maires les plus illustres. L?historienne Marcelle Lagesse, une des promotrices de l?ancien monument en l?honneur des premiers Français, nous invite à une promenade dans le Port Louis au début du XIXe siècle. Elle nous offre comme guide le baron Antoine Marrier d?Unienville, auteur de précieuses ?Statistiques de l?île Maurice?. Au Champ de Mars, les citadins peuvent entendre la musique jouée par les orchestres des régiments en poste au Port Louis. Le Jardin de la Compagnie n?est pas ouvert au public car on vient d?y planter des arbres et il convient de leur donner le temps de pousser et se mettre hors de portée des vandales. Les maisons du centre-ville sont souvent à étage. Elles sont remarquables et élégantes. Dans les principales rues (Royale, l?Eglise, la Chaussée) les bâtiments sont attenants les uns aux autres comme dans les grandes villes d?Europe. La présence de la Librairie Liénard et Legoff ne saurait échapper à Marcelle Lagesse.
Les canaux Dayot et Bathurst approvisionnent les citadins en eau. La Grande Rivière possède hôpital civil et casernes. Le bourg est défendu par un fortin, dit le Donjon, situé sur un monticule.
Les Portlouisiens sont au nombre de 27 277 en 1830. Ils étaient 22 837 en 1825. Depuis 1817, le bazar central est transféré dans la partie de la ville incendiée en 1816. Il occupe l?ancien emplacement du bassin des chaloupes, comblé depuis peu. Des bâtiments en pierre se construisent dans la partie incendiée. La salle de spectacle du Jardin de la Compagnie endommagée pendant le cyclone de 1818, est reconstruite en pierre à l?entrée de la rue du Gouvernement. Il s?agit de notre théâtre municipal, situé aujourd?hui à la rue Jules-Koenig. Le baron d?Unienville déplore ce transfert de la salle de spectacle du Jardin de la Compagnie à son emplacement actuel. Si encore il était à l?abri des inondations mais ses caves se rempliront d?eau plus d?une fois.
Le baron d?Unienville s?extasie devant le clocher posé sur la poudrière française de la rue du même nom et devenue depuis peu temple anglican. Il semble ignorer que ses contemporains ont baptisé ce clocher, plutôt effilé, le ?cure dent de Denny? (du nom du premier pasteur de la future cathédrale Saint-James).
Pas d?embouteillages en vue dans le Port Louis de 1830 qui ne compte que 179 haquets ou tombereaux, 45 charrettes à deux roues, 6 charrettes à quatre roues, 103 calèches à deux roues et 52 voitures à quatre roues.
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