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United we stand

5 septembre 2005, 20:00

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Dix-huit ans après Eric Pitchen, sept ans après Patrick Haberland, un autre fils du sol, Yannick Lincoln, a inscrit son nom, dimanche, au palmarès du prestigieux Tour de Maurice. Et il y a, forcément, tout lieu de s’en réjouir.

D’abord parce que cette victoire, peu banale, flatte l’orgueil d’un cyclisme mauricien éprouvé par ses échecs répétés sur les routes du Tour où, traditionnellement, se déjouer de l’opposition réunionnaise relève de l’impossible.

Ensuite, et ce n’est pas rien, parce que ce succès est venu couronner un remarquable et inattendu travail d’équipe. Souvent rongé par d’interminables affaires, par des guerres de clan, par des luttes d’influence, notre cyclisme a, de tout temps, offert l’image honteuse d’un sport incapable de s’acheter une dignité, une conduite, ne serait-ce que le temps d’un grand rendez-vous.

Loin de nous l’idée de réveiller les morts, de réécrire l’histoire, mais ceux qui, en 1998, fréquentaient déjà le peloton n’ont certainement pas oublié comment ce brave Patrick Haberland, prisonnier de la jalousie excessive du 52x14, a failli perdre un Tour qui lui était promis, à force d’avoir à se battre à la fois contre les autres et contre les siens.

Cette année encore, tout nous incitait à penser que nos meilleurs coureurs allaient, une fois de plus, une fois de trop, se tirer dans les pattes, se crêper le chignon. Il n’en fut rien.

Yannick Lincoln et Thomas Desvaux, les deux leaders du peloton, ne seront sans doute jamais les meilleurs amis du monde. Mais, samedi, au moment d’entrevoir les premiers lacets de la mythique montée de Chamarel, ces deux garçons ont eu la grandeur d’âme de mettre de côté leurs différends, de faire cause commune, de placer l’intérêt du pays au-dessus de toute autre considération.

“It’s now or never”, aurait confié Desvaux à Lincoln alors que le Tour entamait son moment de vérité, son mur des lamentations, cette double ascension de Chamarel et de Plaine-Champagne qui, tous les ans, décide de son sort.

Ce voeu d’alliance, appelé par Desvaux, esquissé par Lincoln, a changé la face du Tour et condamné pour de bon une opposition devenue soudainement ridicule en la circonstance.

Si Desvaux, victime d’une fringale, a abandonné ses rêves alors que le jaune lui était virtuellement promis, Lincoln, lui, ragaillardi par la bravoure et le panache de son “meilleur ennemi”, se voyait rouler sans grand mal sur les traces des légendaires Pitchen et Haberland.

Bien sûr, Yannick Lincoln ne doit pas son succès qu’à Thomas Desvaux. Loin de là. Il le doit à cette foule étonnamment partisane venue l’encourager des quatre coins de l’île. Il le doit à son père Bernard, son premier supporter, son éternel guide. Il le doit à son frère Christophe, qui se plaît à être son ombre, ce qui ne l’a pas empêché de terminer deuxième. Il le doit à Jean-François Raboude, toujours présent à ses côtés depuis qu’il a eu l’âge d’enfourcher son premier vélo. Il le doit à son entraîneur personnel, Bertrand Carabin, qui lui a dessiné une carrière. Il le doit au Vélo Club des Jeunes, qui l’a propulsé dans l’arène et dont il est aujourd’hui le plus digne ambassadeur. Il le doit à Gilbert Quéland, qui a donné, qu’on le veuille ou non, une nouvelle impulsion, une nouvelle direction à la sélection nationale. Il le doit à Sébastien Hacques, rouleur au grand coeur, équipier modèle, qui l’a abrité tout au long de la délicate montée de Fantaisie. Il le doit à Mike Chong Chin, Cédric Passée, Loïc Mamet et Philippe Colin, qui l’ont protégé de toutes les bordures de la terre.

Et puis, comment l’oublier, il le doit surtout à son immense talent. Car ne gagne pas le Tour qui veut. Patrick Piat et Gabriel Anazor, légendes d’une autre époque, vous le diront…

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