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La grande hypocrisie
«The Honourable Leader of the Opposition [?] stated that people present were repeatedly encouraged by the artists to smoke gandia, which was freely available there. He went on to say that the campaign for the consumption of gandia was very effective, as many youngsters ware convinced of the benefits of gandia smoking. »
Tels étaient les propos de Navin Ramgoolam à l?Assemblée nationale, mardi dernier. Le Premier ministre poursuit en déclarant à la Chambre qu?aucun des policiers présents n?a remarqué que l?on fumait du gandia. Cependant, a ajouté le PM, « certains en ont peut-être fumé à l?intérieur du stade », les policiers ayant découvert, après le concert, « des mégots contenant peut-être des traces de gandia ». On le voit bien, Paul Bérenger et Navin Ramgoolam s?accordent sur ce point : il faut traquer et punir les fumeurs de gandia et la lutte sera sans merci !
Mais on devrait peut-être s?arrêter et se demander si l?on ne devrait pas cesser de jouer à l?autruche. En effet, il faut se demander si la traque du consommateur de gandia en vaut la peine, et si l?on ne devrait pas plutôt se concentrer sur les barons de la drogue, ceux qui s?enrichissent en faisant le trafic de drogues dures qui leur rapportent gros.
La consommation « sociale »est une chose courante
« Sur 8 000 jeunes présents au concert de Pierpoljak et de Daddy Mory, il y a eu, disons, une dizaine qui fumait des joints. And so what ? Que font les autorités des vendeurs de brown sugar qui ont pignon sur rue dans nos quartiers ? Pourquoi s?acharner sur ces jeunes qui fument un joint de temps en temps ? », se demande Vincent, 50 ans, employé de banque.
« Le gandia est entré dans nos m?urs, dans notre culture de jeunes », affirme Anil, 25 ans, Trainee Engineer. Le jeune homme, qui ne « fume pas », avance que pour beaucoup de ses amis, « fumer un joint fait partie d?un mode de vie, d?une convivialité entre amis ». Selon lui, la consommation « sociale » de cette substance est une chose courante qui « touche toutes les communautés et toutes les couches sociales ».
Est-ce exact ? Krishna, enseignant, abonde dans le même sens. « Pourquoi être hypocrite ? Nombre de mes élèves dans les années 70 fumaient du gandia.
Cela avait diminué entre fin 80 et fin 90, mais on note un retour de cette mode depuis deux ou trois ans. » Ce que semblent confirmer plusieurs travailleurs sociaux contactés. « Il ne s?agit nullement de banaliser la consommation du gandia, mais pas mal de nos députés, que j?ai connu après le collège, en fumaient. Cela ne les a pas empêchés d?occuper de très hautes fonctions politiques ! », constate, malicieusement, Krishna.
Quelques témoignages permettent de brosser les principaux traits du fumeur type : il ou elle a entre 25 et 35 ans, fume pour « se détendre », pour « se relaxer », parce qu?« il n?y a pas d?effets secondaires » et que l?on « peut partager un joint entre amis ».
Fumer du gandia est un « vrai » trait du mauricianisme : il est présent dans toutes les communautés, chez les riches comme chez les pauvres. Y compris dans certaines fêtes religieuses. « Le gandia a parfois été utilisé dans des rassemblements sociaux ou des fêtes religieuses, comme holi, reconnaît le pandit Ved Goopee. Mais il faut souligner que dans la religion hindoue, à aucun moment, mention n?est faite dans le livre sacré de l?utilisation du gandia pendant les rituels. » Et d?ajouter, sans pour autant cautionner l?utilisation du gandia, qu?autrefois, les rishis ? les sages ? consommaient des plantes dont les vertus les aidaient à se concentrer et à retenir des milliers de versets. « Comme ces plantes, le gandia possède des propriétés lorsqu?il est utilisé avec modération. Cependant, malgré ses vertus curatives, je suis contre sa dépénalisation », précise-t-il.
Arrêter les barons de la drogue
En attendant, le fumeur, lui, craint d?être appréhendé par la police. « Si l?on fume chez soi, on ne représente aucun danger pour la société. Pourquoi s?acharne-t-on alors sur nous ? », se demande Isabelle, 33 ans. Avant d?ajouter : « Sur les petites gens ! ». Constat qui revient comme un refrain chez nos interlocuteurs : le ti-dimounn qui fume un joint, s?il est attrapé, sera traduit en justice et condamné, alors que « s?il est friqué, il ne sera pas inquiété », constate Lindsay, un travailleur social.
La preuve ? « Il suffit de lire attentivement la liste des personnes dont les biens sont gelés pour des histoires de drogue. Leurs lieux de résidence parlent d?eux-mêmes », poursuit Lindsay, qui ajoute que « le gandia est aussi cher que le brown sugar ». D?où la tentation pour certains ti-dimounn de consommer des drogues dures, qui donnent des « sensations durables », malgré l?accoutumance. « Le pouliah de gandia se vend à Rs 200, et celui de qualité supérieure, souvent en provenance de la Réunion, est encore plus cher », affirme Lindsay.
« Ramgoolam et Bérenger auraient dû venir avec des mesures concrètes pour arrêter les barons de la drogue au lieu de s?acharner sur des jeunes venus assister à un concert », s?insurge le travailleur social, pour qui la consommation de cette drogue aux concerts « est chose courante et a toujours existé ». Il rappelle les concerts des années 80, où « le gandia s?échangeait au vu et au su de tous ».
« Le gandia dans les concerts ? Cela a toujours existé et, il n?y a pas longtemps, nous avions dénoncé le cocktail gandia et boissons alcoolisées au Jump Around Youth Concert. Pourquoi n?avait-on pas alors abordé la question au Parlement ? Fodre pa asosie lamizik ek gandia ! », dénonce Dany, un travailleur social.
Les sarcasms des travailleurs sociaux
L?intérêt de Paul Bérenger pour le concert du 13 août suscite les sarcasmes de certains travailleurs sociaux : « Cela veut-il dire que quand Bérenger était PM, il n?y avait pas de gandia dans de telles manifestations ? Bérenger était sûrement absent au stade Maryse Justin le 12 juin dernier, lors du rassemblement de jeunes organisé par l?alliance MSM-MMM ! », déplore, pince-sans-rire, Lindsay, « présent ce jour-là à Réduit ».
Bruno Raya, des Ottentik Street Brothers, qui a organisé le fameux concert n?en revient pas. « Je ne comprends pas ce tollé soulevé par une soi-disant consommation de gandia pendant le concert. Je constate que notre arrivée dans le monde événementiel ne plaît pas à tout le monde et qu?on tente de tuer dans l??uf notre organisation. Cet acharnement n?est pas encourageant. Il faut souligner cependant que le gandia est souvent consommé lors de grands meetings au nez et à la barbe des autorités. »
Faut-il pour autant dépénaliser la consommation du gandia ? Lindsay Morvan, travailleur social et ancien président de la Natresa, est contre. Mais il estime que les peines doivent être adaptées à l?importance du délit. Ainsi, un consommateur arrêté pour la première fois devrait être condamné à faire un travail communautaire. Ce n?est que s?il récidive qu?il devrait être passible d?une peine de prison.
Du côté de la police, certains enquêteurs au sein de la brigade anti-drogue sont en faveur de la dépénalisation. Principalement pour des raisons pratiques de procédures. Vu le nombre de petits fumeurs arrêtés, ils passent plus de temps en cour que sur le terrain.
« Je pense qu?il faudrait revoir la législation, punir légèrement le consommateur et sanctionner plus sévèrement les importateurs et dealers de drogues dures », estime Raj, animateur dans un centre de désintoxication. « S?il est vrai que nombre de toxicomanes ont commencé par le gandia, il est également vrai que la très grosse majorité des fumeurs n?a jamais été plus loin. » Le débat sur la dépénalisation est loin d?être clos.
Kaya avait osé?
Joseph Réginald Topize, dit Kaya, est le seul artiste mauricien à avouer avoir fumé un joint lors du concert live organisé par le Mouvement républicain, le 16 février 1999. Ce rassemblement politique était aussi orienté vers la dépénalisation du gandia. Kaya a payé le prix fort pour cet aveu, publié dans la presse écrite, puisqu?il a été arrêté deux jours après, en vertu du Dangerous Drug Act de 1986. Kaya était alors détenu à Alcatraz. Une caution de Rs 10 000 lui avait été demandée contre sa liberté provisoire parce que cet artiste de Camp-Zoulou, à Roche-Bois, avait déjà été arrêté le 18 novembre 1990 pour possession d?héroïne. Tandis que Rama Valayden, alors leader du MR, tentait de le faire sortir de prison, Kaya était déjà condamné. C?est vers 6 heures, le 21 février matin qu?il a été retrouvé inconscient dans sa cellule. Sa morta été attribuée à un violenttraumatisme crânien.
Ce décès a eu les conséquences que l?on sait? Alors que la populace était en ébullition, Rama Valayden clamait lui : « C?estle système et une campagne hystérique qui ont tué Kaya. »
« Gandia Ordinance » de 1888 : quand le gandia était réglementé
« La vente en détail du gandia est désormais autorisée à Maurice. Si ce commerce vous intéresse, il vous faut contacter le bureau du Receiver General pour l?obtention d?un permis d?une durée de six mois. La redevance est de Rs 150 l?an. Si la vente au gros vous intéresse, il faut prévoir quelque Rs 500. Attention, les conditions imposées sont les plus strictes. »
C?est là un extrait de l?Ordinance N° 7 de 1887, publié en janvier 1888 dans le Journal officiel, et réglementant l?importation et la vente de gandia dans la colonie.
L?Ordinance N° 7 précise que l?autorisation d?importer du gandia est accordée par le receveur des douanes (Collector of Customs) et que le gandia importé doit être conservé dans un entrepôt appartenant à la Couronne ou agréé par le receveur des douanes.
Des conditions très contraignantes réglementent les activités de tout détenteur d?un permis de vente de gandia :
a) Interdiction de vendre plus de 20 g de gandia en 24 heures à un même acheteur, sinon l?amende est de Rs 500 pour une première infraction et de Rs 1 000 plus une peine d?emprisonnement, et pas plus de six mois en cas de récidive.
b) Ouverture des débits uniquement entre 5 heures et 21 heures. Une amende de Rs 100 sanctionne tout non-respect de ces horaires.
c) Retour immédiat du permis au Receiver General à son expiration et fermeture obligatoire du point de vente en cas de non-renouvellement du per-mis. Le non-respect de cette clau-se entraîne une amende maximale de Rs 100.
d) L?importation illégale de gandia est assortie d?une peine d?emprisonnement d?un an et d?une amende maxi-male de Rs 1 000. Le gandia saisi est alors confisqué.
e) La culture du gandia est interdite. L?article 18 de l?Ordinance N° 7 prévoit une amende de Rs 1 000 à l?encontre de toute personne reconnue coupable de culture de gandia. Outre la confiscation de sa production, le contrevenant risque une peine d?emprisonnement maximale d?une année.
« Rave parties » : sexe, drogue et électro
Les ravers font de nouveau parler d?eux. Cette fois encore, gandia, LSD, cocaïne, ecstasy, et autres rohypnol s?échangent lors des rave parties. Le constat est alarmant, car les jeunes recherchent de plus en plus ce type de divertissement, même si pour cela, la drogue semble être le catalyseur de sensations.
« J?allais souvent à ces rave parties. J?ai connu ce phénomène en Afrique du Sud, et c?est là-bas que j?ai goûté pour la première fois à l?ecstasy ! », confie un ancien raver, d?une vingtaine d?années. Il semblerait que ces drogues chimiques, aussi appelées love drugs, soient introduites par ceux qui font souvent le va-et-vient entre l?Afrique du Sud et Maurice : étudiants, personnel de l?aviation, ou touristes. Ces soirées de loud music électro, qui commencent à partir de minuit, s?organisent discrètement et se déroulent le plus souvent dans les campements de chasse, ou dans les bois du Yémen. « C?est toute une organisation, je suis même allé à une rave party sur l?île-aux-Bénitiers ! Filles et garçons consomment certaines drogues, et quand ils sont sous leur influence, cela peut donner lieu à des orgies », poursuit notre interlocuteur.
Les rave parties sont aussi connues pour les viols que subissent des jeunes filles sous l?influence de la drogue. C?est le rohypnol qui est alors utilisé pour cette basse besogne. Il s?agit de pilules incolores qui se dissolvent dans des boissons alcoolisés. Le produit vous plonge dans un état second en moins de 20 minutes. Mais peut-on parler de viol si garçons et filles sont sous l?influence d?une substance ? C?est la question que ce pose ce jeune homme. Certains de ses amis ont vécu de telles expériences, mais il reste évasif à ce sujet. Bien des cas ne sont pas rapportés à la police parce que les filles qui ont été abusées ressentent toujours l?effet des drogues le lendemain, ou qu?elles ont peur d?ébruiter une telle histoire.
En attendant le phénomène continue. Comment stopper ces rave parties ? C?est la question à laquelle nombre de parents aimeraient pouvoir répondre.
La législation dans le monde?
Dans toute l?Union européenne, la détention de cannabis pour sa consommation personnelle est réprimée par des sanctions pénales ou administratives. Aux Pays-Bas, il n?y a pas légalisation, mais une tolérance. Les Hollandais peuvent détenir jusqu?à 5 g de cannabis et sont autorisés à s?en procurer dans les coffee shops. La consommation de cannabis est légalisée en Belgique, à condition de respecter ces conditions : détention de 5 g maximum, ne pas fumer en présence de mineurs, ne pas nuire à l?ordre public.
La vente n?est pas légalisée. En Espagne, au Portugal et en Italie, pas de sanctions pénales pour tous les actes préparatoires à l?usage de drogues. Ces pays appliquent des sanctions administratives qui consistent à donner des contraventions. La Suisse est le seul pays à prévoir une véritable libéralisation de tous les actes préparatoires à l?usage du cannabis. En France et au Canada, l?usage de cette drogue est sanctionné.
Quelques chiffres
L?Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu) ne chôme pas. De janvier à juin 2005, elle a saisi près de 45 kg de cannabis, 26 grammes de haschisch et 6,250 kilos d?héroïne. Le nombre de psychotropes saisis ? comprimés de Subutex, sédatifs et tranquillisants ? est de 8 365. De janvier au 16 août 2005, 1 200 personnes, ont été appréhendées pour des délits divers.
À voir les chiffres, on comprend que le trafic des drogues dures attire davantage de monde que la vente de gandia. Ainsi, 121 personnes ont été arrêtées pour trafic d?héroïne, alors que 108 autres sont à l?ombre pour trafic de gandia. Peu d?importateurs de drogues ont été pris dans les mailles du filet de l?Adsu : en huit mois, un seul importateur de gandia et de haschisch a été arrêté, alors que 22 sont parvenus à passer de l?héroïne en contrebande avant d?être écroués. La même tendance se retrouve pour ceux qui sont arrêtés pour possession de drogue. 513 personnes ont été arrêtées pour possession d?héroïne, 204 pour le cannabis, 177 pour des psychotropes et quatre pour détention de haschisch.
Qu?est-ce qu?on fume ?
Le cannabis se présente sous trois formes : l?herbe,le haschisch et l?huile. L?herbe est composée de feuilles, de tiges et de parties fleuries et séchées. L?herbe se fume mélangée à du tabac, roulée en cigarette, de forme conique, qu?on appelle joint ou pétard.
Le haschisch est la résine obtenue à partir des sommités fleuries de la plante.Il se présente en général sous forme de barrettesde couleur verte, bruneou jaune. Il se fume mélangé à du tabac.
L?huile est une préparation plus concentrée en principe active. Consommée au moyen d?une pipe, son usage est peu répandu.
Dossier réalisée par
Bindu BOYJOO, Lindsay PROSPER Erick BRELU-BRELU et Tania HUET
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