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Un séminaire en faveur de la diversification agricole

24 août 2005, 20:00

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On reparle aujourd’hui mais épisodiquement de diversification agricole. En s’en tenant à des propos superficiels. Le cœur n’y est pas. Il serait intéressant, par exemple, de chercher à quand remonte la dernière conférence de presse ou le dernier atelier de travail du ministère de l’Agriculture, de l’Université, de la Chambre d’Agriculture, du secteur privé de perspicacité, exclusivement réservé à la diversification agricole. Le “mood” est davantage à l’importation. Le rêve, peut-être utopique, d’une île Maurice hors taxe fait miroiter le mirage d’une économie devenant autant importatrice et aussi peu exportatrice que la Réunion (qui exporte sans doute moins de 8% de ses importations). C’est prendre les Mauriciens pour des Singapouriens, des Hongkongais ou encore des habitants de Dubayy qui trouvent un puits de pétro-dollars chaque fois qu’ils veulent planter des choux. N’a-t-on pas vu récemment un ancien ministre de l’Agriculture passer aux Finances et inventer la “winning formula” budgétaire et électoraliste du “Duty-Free Island”, sans sembler s’émouvoir du tort qu’elle ferait, entre autres, aux producteurs locaux de thé, de poulets de table, de yaourts, de boissons, de viande, aux vachers, aux pêcheurs, aux éleveurs, aux planteurs de légumes et de fruits.

Fin août 1980, l’île Maurice, qui se réunit à l’auditorium Octave-Wiehe pour deux journées de réflexion sur les moyens de promouvoir la diversification agricole, paraît plus sage. Pensez-y : une demi-journée est consacrée exclusivement à la… riziculture alors qu’aujourd’hui un sans logis, clamant sa misère et émouvant les bonnes âmes, s’indignerait si on lui offrait gratis du riz de ration (“manzer zanimaux”, pour un spécialiste de la faim justifie les moyens) alors qu’il ne consomme que du basmati de telle marque, ou de tel pays. Après le riz, on accorde autant de temps au maïs, une denrée, aujourd’hui superbement méprisée. L’express parle de 300 participants à cet atelier de travail. Le temps alloué aux interventions est largement dépassé sans susciter, semble-t-il, le moindre grincement de dents. “Il y eut d’intéressantes interventions à l’heure des discussions sur le… riz ”.

Le Pr Jagadish Manrakhan, prédécesseur du Pr Indur Fagoonee, comme vice-chancelier de l’Université, fait un discours des plus remarqués, rappelant avec précision, les objectifs de l’an 2000, en matière de diversification agricole, de besoins énergétiques et de création d’emplois productifs, en sachant qu’un importateur ou un vendeur ne l’est pas autant qu’un producteur et un fabricant de richesse nationale.

Le ministre de l’Agriculture d’alors énumère mesures et projets pour la promotion et l’intensification de l’agriculture et de la diversification agricole. Il mentionne un « Agricutural Development Certificate Scheme », donnant droit à des facilités, concessions, et autres incitations pour encourager la diversification. Plût au ciel qu’Arvind marche de nos jours sur les traces de Satcam, sans surtout lever le nez sur l’agriculture de… papa.

Bonne nouvelle : le FED met Rs 7 millions à la disposition de la riziculture, soit la somme dépensée aujourd’hui par l’Etat pour financer la candidature de Jayen Cuttaree au poste de secrétaire général de l’OMC, l’organisation qui impose la globalisation et la fin des préférences commerciales aux Etats insulaires assez vulnérables pour être condamnés à la production sucrière, rebaptisée depuis peu “cannière” et même pas pour des raisons de diversification agricole. Quelque 200 arpents seront alloués, à Mare d’Australia, à la riziculture. Plus tard, il faudra combattre un projet gouvernemental visant à faire de Mare d’Australia ce que Mare Chicose est devenue, avec davantage de risques, il est vrai, que les résidus les plus toxiques se répandent en aval par la rivière du Rempart. A chaque régime, ses priorités.

Le Plan rappelle que l’objectif à atteindre demeure le maximum d’auto-suffisance alimentaire. Il rappelle sagement, à ce propos, la stratégie des incitations entre autres fiscales, visant à encourager les promoteurs à investir dans les secteurs où les besoins se font le plus sentir. Un mauvais usage de ces incitations finit par créer un phénomène de saturation dans des secteurs paraissant provisoirement plus porteurs au détriment d’une saine diversification. Exemple : l’industrie manufacturière où l’on a trop longtemps encouragé le textile pour n’accorder que des miettes à la diversification industrielle et au non-textile. L’aurait-on fait pendant qu’il était encore temps qu’on aurait, sans doute, mieux profité, aujourd’hui, des avantages de l’AGOA et qu’on aurait moins tremblé devant les ogres chinois et indiens et leurs produits textiles dix fois moins chers que le made in Mauritius.

L’Université se met en 1980 au service de l’île Maurice de l’an 2000. Parle-t-on aujourd’hui de l’île Maurice de l’an 2025 ou encore de celle de 2050 ? On se repose surtout de l’échec de la célébration de 2000 et du passage à un nouveau siècle et à un nouveau millénaire. Nous essayerons de faire mieux dans 94 et 994 ans.

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