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La métamorphose des chefs
Un gouvernement qui entend placer l?humain au centre de son action, un chef qui réclame de l?efficience et qui s?attend à des résultats. Une opposition qui s?engage à jouer pleinement son rôle, qui annonce qu?elle sera à la fois ferme et constructive. Vous avez dit métamorphose? changement ?
Navin Ramgoolam s?est-il transformé ? Il est sans doute trop tôt pour l?affirmer. Cependant, la première impression que l?on retient de son intervention de mardi sur le programme gouvernemental 2005-2010, c?est que celui qui est revenu aux affaires a su tirer profit de sa traversée du désert. Et qu?il entend surtout effacer la mauvaise image que ses adversaires donnent en général de lui.
Et puisque l?exercice est avant tout politique, il reprend plusieurs des thèmes abordés lors de la campagne : démocratisation de l?économie, justice à deux vitesses, dégradation de l?ordre et de la paix, mauvaise gestion de l?économie, du libéralisme qui ne tient pas suffisamment compte du social.
De quoi susciter la désapprobation du leader de l?opposition, qui l?invite à laisser de côté le climat de campagne électorale, de se défaire de « certaines mesquineries », afin de ne pas gaspiller la période de grâce généralement accordée à toute nouvelle équipe.
Mais quoi qu?il en soit, dans l?opposition, il y a également lieu de parler de changement. Paul Bérenger, souvent cassant, aborde pour ce premier duel un ton comme il faut, bien dans les limites parlementaires, hormis quelques commentaires sur le différend qui perdure entre l?hôtel du gouvernement et la présidence.
Il reproche à l?exécutif d?avoir, par mesquinerie, adopté une approche différente pour lancer les débats sur le programme gouvernemental et de n?avoir pas présenté de motion de remerciements au président, comme cela a toujours été le cas par le passé. A quoi, Navin Ramgoolam rétorque qu?il entend décrasser les institutions des reliques du colonialisme. L?important, dit-il, c?est que le législatif avalise le programme de l?exécutif.
L?opposition, précise Paul Bérenger, entend être constructive mais ferme. Pour l?essentiel, son leader s?efforce à défendre le bilan économique et social du gouvernement sortant. Il agrémente de temps en temps son intervention de « friendly advice ». Notamment sur la nécessité de parvenir à un juste équilibre dans tout projet de démocratisation de l?économie afin de ne pas effaroucher l?investissement privé, tant local qu?étranger. Le leader de l?opposition invite à la prudence en ce qui concerne l?administration policière. Une administration qui est, dit-il, sensible et qui repose avant tout sur la discipline et le respect de la hiérarchie.
Mais ce qui saute particulièrement aux yeux après les interventions de mardi, c?est que le Premier ministre s?est drapé dans un habit de chef. Il apparaît comme quelqu?un qui veut insuffler un nouveau dynamisme à son entourage et à la population.
Il martèle à plusieurs reprises qu?il entend placer l?humain au premier rang des préoccupations de son gouvernement ? « putting people first ».
Il s?est surtout efforcé de démolir l?étiquette d?homme indécis qu?on lui avait collé.
<B>Une équipe compétente et efficiente</B>
Pour preuves, il clame avec fierté qu?il n?a pas attendu la fin des cent premiers jours de son installation pour honorer certaines de ses promesses électorales : réduction des ministres et des secrétaires parlementaires, décision de réintroduire la pension universelle pour les personnes de plus de 60 ans, transport gratuit pour les élèves, les étudiants, les personnes âgées et les handicapés. (Voir texte plus loin.)
Parlant de la compression de l?équipe gouvernementale, Navin Ramgoolam précise que la décision n?est pas uniquement d?ordre économique. Le nouveau patron entend démontrer sa volonté d?avoir autour de lui une équipe compétente et efficiente.
« I want to show that we will be a government that will be efficient and competent. We need to be a team that acts as Chief Executive Officers and manage public affairs efficiently to show results that have tangible effects on the lives of every man, woman and child in our country. »
Pour être efficient, le gouvernement a besoin de s?entourer d?hommes de confiance. À l?opposition qui parle de chasse aux sorcières, Navin Ramgoolam précise que toute nouvelle équipe a besoin d?avoir les mains libres pour mener à bien le programme sur lequel elle a été élue. Il rappelle l?épisode de 1982. Le gouvernement MMM-PSM avait amendé la Constitution pour permettre la mise à la retraite anticipée de plusieurs hauts fonctionnaires. Sir Anerood Jugnauth, le Premier ministre d?alors, avait réclamé la possibilité pour sa nouvelle équipe de gérer les affaires « with a clean slate and without any encumbrance ».
Dans sa réplique, Paul Bérenger n?insistera pas sur ce point. Mais on sent toutefois que le froid qui persiste entre le gouvernement et la présidence risque de s?infiltrer au sein de l?hémicycle. L?opposition indique sans ambages qu?elle ne cautionnera aucune démarche visant à modifier les prérogatives et le mode d?élection du président de la République. « Commission constitutionnelle ou pas, l?opposition ne soutiendra pas le gouvernement s?il vient avec un amendement concernant la présidence. » Il insistera à plusieurs reprises sur le fait que le nouveau gouvernement n?a pas de mandat pour y toucher.
Paul Bérenger s?est aussi montré très pointilleux concernant toute allusion inconvenante vis-à-vis de la présidence. Il a brandi des Points of Order à chaque fois que le Premier ministre a effleuré le non-respect d?une convention de la part de la présidence. Navin Ramgoolam tentait d?évoquer le sujet des récentes nominations à la Public Service Commission et à la Disciplined Forces Service Commission. Il reprochait à l?opposition d?avoir passé ce différend sous silence et d?avoir monté en épingle la nouvelle procédure adoptée pour les débats sur le programme gouvernemental. Une procédure qui constitue, à ses yeux, une innovation par rapport aux us et coutumes parlementaires.
Cette note discordante entre l?exécutif et l?opposition par rapport à la présidence n?a cependant pas empêché les parlementaires de se séparer dans la bonne humeur. Une ambiance que l?on souhaite voir plus souvent, eu égard aux défis que le pays aura à relever pendant les cinq prochaines années.
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