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« On rencontrera Duff demain »
<B>Avocat, vous avez milité pour le bien-être des détenus. Quelle est votre lecture de la situation dans les prisons ? </B>
L?ancien gouvernement a aboli la remise des peines pour l?ensemble des délits de drogue. Or ces gens-là représentent 70 % de la population carcérale. Ensuite, on a été très sévère envers les détenus on remand sans que leurs cas ne soient suivis. Les procès tardent et le Parole Board n?a pas fonctionné. 99,9 % des cas n?ont pas été pris en considération par la Commission de pourvoi en grâce.
Sam Lauthan a repris l?une de mes propositions en adoptant le travail d?intérêt général. C?est dommage que le champ d?action ait été limité.
<B>Comment tout a dégénéré ? </B>
La population carcérale a augmenté, l?indiscipline a suivi. De l?autre côté, il y a le même nombre de gardiens qui ont des moyens et des méthodes qui datent de l?ère post-indépendance. C?est très difficile pour eux de contrôler la situation. On a commencé à banaliser le crime. Bon nombre de personnes ont été incarcérées car elles ne pouvaient pas payer leurs amendes, d?autres pour dettes civiles.
L?âge des criminels a baissé et le nombre a augmenté, ce qui explique pourquoi nous sommes un des pays qui a la plus grande population carcérale comparée au nombre d?habitants.
<B>Comment expliquez-vous la révolte des détenus de la New Wing ? </B>
Beaucoup sont en détention préventive depuis longtemps. Ils ont le sentiment qu?on ne les écoute pas. En plus, ils sont malades. Ils ne savent plus où ils en sont, n?ont pas les moyens de payer un avocat.
Zot senti zot crazer. Puis tout à coup, leurs proches apprennent qu?ils sont à la New Wing, là où sont détenus les séropositifs et les sidéens. C?est le bannissement. Ils font face à un problème psychique et psychologique. Les gardiens sont alors dépassés. Ils n?ont pas été formés pour faire face à ce genre de criminels qui montent sur les toits pour protester contre la nourriture ou l?hygiène.
<B>La nourriture revient toujours?</B>
Il y a un trafic de nourriture en prison. Ceux qui ont les moyens se paient les bons mets, les autres récoltent les miettes. Le système mafieux est recréé entre les murs des prisons. Ni Sam Lauthan ni Paul Bérenger, n?ont compris ce qui se passait.
Je ne dis pas qu?ils n?avaient pas la volonté de revoir les problèmes à la prison. Ils s?y sont simplement mal pris.
<B>Où en sont les travaux du High Powered Committee ? </B>
Les membres ainsi que le Premier ministre ont rencontré les personnes concernées. Ce gouvernement va régler les problèmes. Lorsque nous construirons des centres pénitentiaires, ce ne sera pas avec l?idée de les remplir ou que la criminalité va augmenter. Il faut plus d?espace aux prisonniers. Le Premier ministre est réformiste, tout sera fait dans la discipline.
<B>Vous parlez souvent de réinsertion?</B>
Il faut un type de réhabilitation pour un type de criminel. Pour un escroc, la méthode doit être différente. Il faut aussi un suivi pour les délinquants sexuels. On dispose de l?arsenal légal en ce sens mais on ne l?a jamais utilisé. Il faut juste qu?on le dépoussière. Les magistrats auront un rôle à jouer et on aura un juge d?application des peines, qui existe déjà, et qui n?a pas fonctionné comme il faut.
<B>Êtes-vous satisfait du travail de Bill Duff ? </B>
On aura une rencontre demain. À mon avis, il a la capacité de gérer la prison, mais il a hérité d?une situation malsaine. Même s?il dispose d?un bon track record, il aurait mieux valu qu?il ait été nommé conseiller au bureau du Premier ministre.
Nous aurions sans doute eu moins de problème. Le mettre à la tête des officiers mauriciens, c?est comme si vous leur disiez qu?ils ne pouvaient pas régler la situation. Il y a de la frustration et de la démotivation.
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