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Antidépresseurs :À ne pas prendre à la lègère

14 août 2005, 00:00

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La perte d?un emploi, le décès de son enfant, une rupture sentimentale? autant d?épreuves synonymes de souffrance. Parfois ça passe avec le temps, d?autres fois ça casse. Il arrive même que certaines personnes ne puissent pas surmonter leurs problèmes. Elles sont alors en proie à une anxiété insoutenable, se sentent oppressées, ne s?alimentent plus, ne parlent plus à personne, se réfugient dans le sommeil. Quand ces cataclysmes s?abattent sur vous, quand il n?y a plus d?autres recours, la solution chimique est à envisager. Elle permet d?apaiser la souffrance, d?éviter la désorganisation dans l?esprit et les risques suicidaires.

Mais, les gens se sentent coupables de prendre des tranquillisants, de se faire aider par ces « drogues ». Ils ont peur que les psychotropes ne deviennent une camisole. Pour les psychiatres, il ne faut pas en faire un sujet de honte. « Il faut savoir qu?on prescrit ces médicaments uniquement en cas de nécessité. Les antidépresseurs ont permis de faire un grand pas en avant. Les hypnotiques permettent, quant à eux, aux personnes qui ne trouvent pas le sommeil pendant la nuit, de retrouver un repos réparateur, essentiel pour notre organisme », explique le docteur Gaya de l?hôpital Brown-Sé-quard. Pour lui, pas question de jeter l?opprobe sur ces médicaments, au contraire, il faut lever le voile sur les idées reçues qui circulent sur ces pilules.

Ne pas prescrire à la va-vite

Tout réside dans la manière dont on les prescrit. « Aujourd?hui vous avez des médicaments spécifiques pour des problèmes précis, qui comportent moins d?effets secondaires. Ils ciblent uniquement les régions du cerveau qui sont affectées. Leur action est plus longue, ce qui permet de diminuer le nombre de médicaments à prendre », affirme le Dr Gaya. L?important est de faire confiance à son psychiatre et d?espérer qu?il a bien cerné le problème avant de prescrire un traitement.

Pour G. Requin, responsable de la section pharmacie au ministère de la Santé, un traitement ne doit pas prescrit à la va-vite. « Dans la pratique, on sait que souvent les patients dictent leurs désirs à leurs médecins. Ces derniers, désarmés, capitulent et prescrivent des psychotropes. Il y a même des médecins qui ne prennent pas le temps d?écouter les problèmes de leurs patients pour les aider à combattre les causes profondes de leur mal-être. Les médicaments semblent être une solution plus rapide », constate-t-il en rappelant qu?on ne peut pas prétendre soigner, par exemple, un problème de couple par les médicaments.

Au-delà de la simple déprime, les maladies psychotiques sont toutefois nombreuses et plus graves. Il y a ceux qui souffrent de schizophrénie. D?autres sont victimes de délires de persécution, et sont convaincus qu?on complote contre eux. D?autres, enfin, se prennent pour des princes ou croient qu?ils ont des pouvoirs surnaturels. Les hallucinations auditives, visuelles, tactiles, gustatives, olfactives sont également courantes.

Le docteur Gaya insiste sur le fait qu?il ne faut pas avoir peur de prendre des mécaments dans ces cas-là. « 60% des rechutes sont dues au fait que les gens ne prennent pas leurs médicaments selon la prescription. Ils arrêtent le traitement quand ça va un peu mieux et écoutent leurs proches qui leur disent qu?ils deviendront dépendants », explique-t-il en affirmant qu?on ne de-vient pas accro aux antidépresseurs. « Les Mauriciens ne sont pas assez informés. Ils ne sont pas conscients de l?importance d?un suivi. Il faut savoir qu?à chaque rechute, le cas s?aggrave et le traitement devient plus long. »

Plonger en soi pour répondre à sa souffrance

Le docteur Timol trouve inquiétant que certains malades puissent acheter des antidépresseurs sans prescription. Par ailleurs, elle n?accepte pas quel?on associe ces médicaments au suicide. Idem pour le docteur Gaya. Et il est important de noter que les antidépresseurs ne devraient pas être l?unique façon de traiter cette affection. « Il est important de compléter le traitementpar une psychothérapie », affirmele docteur Timol.

Si pour une vraie dépression, le traitement médical est indispensable, on peut arriver à bout des petites déprimes de manière « naturelle ». On a en effet constaté que certaines plantes ont une influence sur les états d?âme. Petite précision du docteur Timol : toute consommation de ces produits doit être mentionnée à son médecin. Il existe aussi d?autres voies pour apaiser le corps et l?esprit: l?acupuncture, le sport, etc. Finalement, quand on est désespéré, il faut plonger en soi et répondre à sa souffrance de manière personnalisée.

LES DIFFÉRENTS TYPES DE MÉDICAMENTS

■ Les psychotropes modifient l?activité psychologique et mentale. Les antidépresseurs, les somnifères (ou hypnotiques) et les anxiolytiques en font partie. Les drogues (cannabis, héroïne, cocaïne, LSD, ecstasy, etc.) sont aussi des psychotropes.

■ Les hypnotiques ou somnifères sont des inhibiteurs de l?éveil et de la vigilance (effet sédatif). Ils sont prescrits en cas d?insomnie et provoquent un sommeil normal, c?est-à-dire avec conservation des cycles de sommeil.

■ Les anxiolytiques ou tranquillisants mineurs combattent l?anxiété et le stress. Ils sont sédatifs, à plus forte dose que les somnifères.

■ Les neuroleptiques ou tranquillisants majeurs sont utilisés pour traiter les psychoses : schizophrénie, états maniaques, etc. Ils sont sédatifs et provoquent une inhibition psychomotrice (indifférence au monde extérieur).

■ Les antidépresseurs sont des psychotropes destinés à faire disparaître la tristesse, les troubles de l?humeur. Certains stimulent les patients, d?autres sont sédatifs et d?autres, enfin, sont à la fois tranquillisants et stimulants. Les médicaments modernes sont bien tolérés. Ceux qui sont conseillés en priorité font partie de la famille des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS). En fait, la sérotonine est une substance fabriquée dans le cerveau. Elle est probablement en partie responsable de votre humeur. Les ISRS viennent probablement combler le manque de sérotonine qui peut exister dans le cerveau en cas de dépression.

Leurs effets secondaires :

Les Drs Timol et Gaya s?accordent à dire que les personnes qui prennent ces médicaments peuvent éprouver de faibles symptômes de sevrage s?ils cessent brusquement de prendre leurs médicaments. Ils devraient donc cesser progressivement, avec l?avis de leur médecin traitant. Ces médicaments ne devraient pas être pris en même temps que l?alcool ou d?autres dépresseurs du système nerveux central, car leurs effets d?inhibition sur ce dernier, pourraient se multiplier, causant une somnolence excessive, une perte de coordination et une augmentation des risques de chute. Outre ces effets généraux, chaque type d?antidépresseur peut entraîner ses propres effets secondaires. Ils varient d?un médicament à l?autre, mais les plus fréquents sont: des maux de tête, nausées, étourdissement, bouche sèche, une vision trouble, de la constipation, des problèmes urinaires, une prise de poids, des troubles du sommeil, la fébrilité et des problèmes sexuels. Ils sont habituellement temporaires et diminuent ou disparaissent avec le temps.

MYRIAM TIMOL, PSYCHIATRE

« Ce ne sont pas des pilules du bonheur »

Psychotropes, antidépresseurs, tranquillisants, somnifères? peut-on parler de passeports pour le bonheur ?

Il faut d?abord bien comprendre ce que ce que sont ces médicaments. Un psychotrope est une substance susceptible de modifier l?activité psychologique et mentale. Les somnifères ou hypnotiques sont, quant à eux, des médicaments inhibiteurs de l?éveil et de la vigilance, avec un effet sédatif. Ils sont prescrits en cas d?insomnie. Les anxiolytiques ou tranquillisants mineurs sont, comme leur nom l?indique, des substances destinées à combattre l?anxiété et le stress. Les antidépresseurs exercent une action favorable sur l?humeur dépressive pathologique. Leur utilisation n?est pas justifiée pour des états de tristesse non pathologiques. En fait, tous ces médicaments n?ont aucun effet sur la personne normale et ne sont donc nullement des pilules du bonheur, comme ont pu le faire croire certains articles et publicités vantant les mérites du Prozac. De plus, comme tous les médicaments, les antidépresseurs ont des effets secondaires et peuvent présenter des risques pour la santé. Ils sont toutefois indispensables pour les dépressifs, et s?ils sont utilisés sous stricte surveillance médicale, ils soulagent vraiment et peuvent prévenir les tentatives de suicide.

À qui prescrit-on des antidépresseurs, comment le fait-on, et sur quelle durée ?

On le fait pour des personnes déprimées chez qui le niveau de certains neurotransmetteurs, tels que la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, est anormalement bas. Les antidépresseurs agissent alors directement sur ces neurotransmetteurs, ce qui permet aux patients de demeurer plus longtemps dans la synapse. Les antidépresseurs sont divisés en différentes familles en fonction de leur mode d?action et de leurs effets indésirables : les tricycliques, les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, les IMAO (sélectifs ou non sélectifs). Le médecin décide, en fonction de la pathologie et des antécédents médicaux, quel médicament prescrire, et tente alors d?ajuster la posologie selon l?état du malade. Il est important de prendre la dose qui est prescrite.

Il faut ainsi prendre un antidépresseur pendant deux à six semaines pour rétablir l?humeur, et continuer le traitement sur une durée de quatre à six mois au minimum.

Que faut-il faire pour que ces médicaments n?exposent pas celui qui les prend au risque de dépendance ou de suicide ?

Les inhibiteurs de capture de la sérotonine (sérotoninergiques), arrivés plus récemment sur le marché, sont moins dangereux en cas de surdose. Précisons que le risque suicidaire est dû à la dépression elle-même, et non aux médicaments. Cela dit, il ne faut surtout pas laisser ces médicaments à la portée d?une personne suicidaire. Le mode d?action des antidépresseurs comporte deux aspects principaux : le soulagement de la souffrance morale et la lutte contre l?inhibition qui enlève toute volonté d?action au patient. Il arrive qu?un décalage survienne entre ces deux effets : la souffrance morale peut alors persister, alors que la capacité d?action réapparaît. Pendant cette courte période, le risque suicidaire présent chez certains patients peut être accru. Quant au risque de dépendance, il est bien réel pour ce qui est des tranquillisants et des somnifères. C?est pourquoi il est très important de ne les prescrire que quand il y a une nécessité et pour une durée très limitée.

Ces médicaments sont parfois diabolisés. On a honte de dire qu?on en prend, on se sent coupable de se faire aider par ces « drogues ». Pourquoi ce tabou ?

Il y a beaucoup de conceptions fausses autour des psychotropes. Ce phénomène est dû, en partie, au fait que les médicaments qu?on prescrivait autrefois avaient beaucoup d?effets secondaires, et les personnes étaient comme « zombifiées ». On pense également que ce sont des « drogues » et qu?on aura du mal à arrêter le traitement, ce qui n?est pas vrai en ce qui concerne les antidépresseurs.

Et si on consultait les plantes

Le moral en berne? Les plantes viennent à la rescousse grâce à la phytothérapie. Les plantes médicinales ont en effet des propriétés préventives et curatives. « La phytothérapie peut aider dans les états d?anxiété et de dépressions moins graves, de type réactionnel »,explique le Dr Timol. Quelles sont ces plantes qui aident à lutter contre le blues?

Le millepertuis est un antidépresseur végétal. Si l?arrêt de la cigarette vous déprime, si la perte d?un emploi vous afflige, si votre moral est en chute libre, le millepertuis est reconnu pour le traitement des baisses de moral passagères ou saisonnières, des troubles de l?humeur, du stress et de l?anxiété. Il y a dans le millepertuis un principe actif, l?hypéricine, qui agit en provoquant un effet global de normalisation de l?humeur. Il permet notamment de lutter contre les dépressions « réactionnelles », c?est-à-dire, liées à une situation matérielle ou affective difficile. La qualité du sommeil est améliorée, le stress et l?anxiété sensiblement atténués.

La passiflore, originaire du Mexi-que, est utilisée pour ses propriétés sédatives. Elle possède des flavonoïdes et des alcaloïdes, bénéfiques pour les troubles de sommeil, et restaure progressivement chez les insomniaques un sommeil réparateur de qualité. Elle supprime l?anxiété, la nervosité et l?angoisse accumulées par la vie stressante que nous menons et prépare à l?endormissement.

L?aubépine, aussi appelée « l?amie du c?ur », est conseillée pour les palpitations, l?anxiété, la nervosité, l?insomnie de l?adulte et de l?enfant. Deux principes actifs majeurs, l?hypéroside et la vitexine agissent comme régulateurs du rythme cardiaque, tout en diminuant les palpitations du c?ur et la perception exagérée des battements cardiaques chez les personnes anxieuses et nerveuses.

Les autres : Vous trouverez aussi l?Avena sativa pour combattre l?anxiété. Quant aux cauchemars, le coquelicot peut en venir à bout. La ballote possède également des propriétés anxiolytiques et antidépressives pour les troubles nerveux, notamment chez les femmes ménopausées. L?escholtzia, le houblon, la valériane font partie du guide des plantes utilisées en cas de dépressions.

Précisions : Ces médicaments à base de plantes sont, en principe, garantis sans effets secondaires. Il y a tout de même une posologie conseillée. Dans certains cas, ils sont déconseillés à la femme enceinte ou en cas d?allaitement. Il ne faut pas non plus les mélanger aux anti-rétroviraux, etc. Votre pharmacien saura vous guider. Vous pouvez aussi vous renseigner auprès de Nature Verte (rue Winston Churchill, Curepipe.Tél. : 674.52.53), qui commercialise les produits des laboratoires Arkopharma.

GUÉRIR SANS MÉDICAMENTS, UNE AUTRE VOIE

«Sans Feud ni Prozac », ce message dominant du best-seller Guérir, du psychiatre David Servan-Schreiber, a suscité pas mal de passions dans la profession médicale. Le psychiatre préconise de recourir aux méthodes douces, de travailler le mental, pour soigner les troubles de l?humeur, les maladies cardiovasculaires, les cancers et l?asthme. Il ne s?agit pas de rejeter la médecine classique (n?allez surtout pas faire du yoga pour soigner un cancer), mais de donner une chance à la nouvelle médecine des émotions pour transformer votre vie.

La cohérence cardiaque

Apprivoiser le c?ur pour apprivoiser ses émotions. Apprendre à faire entrer son rythme cardiaque en « cohérence » et éviter le « chaos » dans lequel il est habituellement. Il est aussi précurseur d?hypertension artérielle, de maladie cardiaque et même de l?augmentation de la mortalité de toutes causes.

L?intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires (EMDR)

Lorsqu?un événement traumatique bouleverse votre vie , il ouvre une plaie dans votre cerveau émotionnel. Pourtant votre cerveau a une capacité innée à « digérer » ces événements , tout comme la peau se régénère. En imitant les mouvements des yeux qui ont lieu spontanément pendant les rêves, la thérapie EMDR permet au cerveau de digérer très rapidement les résidus de traumatismes du passé.

L?énergie de la lumière

Le cerveau émotionnel est très sensible aux différents rythmes biologiques, plus particulièrement à celui de la lumière. Grâce à une lampe qui simule l?apparition progressive de l?aube, il est possible de se lever sans réveille-matin. Le réveil naturel avec l?aube ? qui a précédé de plusieurs millions d?années l?apparition du réveille-matin ? est un traitement remarquablement efficace pour le blues des longs mois d?hiver.

Le contrôle du « Qi »

Depuis 5 000 ans, la médecine traditionnelle chinoise ou tibétaine soigne l?anxiété et la dépression par l?acupuncture. Ces dix dernières années, les progrès de l?imagerie du cerveau a démontré que la stimulation par les fines aiguilles d?acupuncture contrôle directement des régions clés du cerveau émotionnel.

Les acides gras Omega - 3

60 % du cerveau est constitué d?acides gras. Un apport important d?acides gras essentiels Omega - 3, que l?on trouve principalement dans l?huile de poisson, permet de normaliser le fonctionnement du cerveau émotionnel. Ces cinq dernières années, il a été prouvé qu?ils sont de puissants antidépresseurs et stabilisateurs de l?humeur en plus de leurs multiples effets bénéfiques sur le c?ur, les articulations, la peau etc.

Adidas plutôt que Prozac

L?exercice physique ? même seulement trois fois par semaine pendant vingt minutes ? a des effets puissants sur les neurotransmetteurs du cerveau émotionnel. Deux études de l?université de Duke ont ainsi démontré que l?exercice physique était plus efficace qu?un antidépresseur moderne. L?effet de l?exercice sur le stress et l?anxiété est encore plus frappant.

La communication émotionnelle

La relation affective est un véritable régulateur de toutes les émotions et donc de toute la physiologie du corps. L?amour est un besoin biologique, au même titre que la nourriture ou la protection contre le froid. Plusieurs études montrent que même l?amour d?un chien ou d?un chat a des effets très importants sur l?humeur, comme sur la réponse au stress.

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