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Une certaine vision de la police
Le téléphone sonne sans arrêt dans le bureau exigu de l?ex-chef inspecteur Raddhoa, promu depuis peu assistant surintendant et responsable de la Criminal Investigation Division (CID) de Curepipe. Ce sont tantôt des connaissances qui applaudissent son retour dans le service actif, tantôt des anonymes qui réclament son aide dans une affaire où ils se considèrent victimes. «Et ça, ce n?est rien», précise le principal concerné, qui semble s?être délesté de quelques kilos. «Lundi soir, quand je suis rentré à la maison, il y avait 33 appels manqués sur mon indis.»
C?est cela l?effet Raddhoa. De par le relief de sa personnalité, il déchaîne les passions, étant soit adulé ? il a été accueilli en fanfare lors de son retour aux affaires ? soit vilipendé, ses méthodes ayant été contestées par des avocats et par la Commission des droits de l?homme. Il est sans doute le policier ayant le plus fait l?objet de poursuites dans toute l?histoire de la police. Cela n?a pas l?air de déranger l?homme outre mesure. «Je n?ai rien à me reprocher», affirme-t-il.
Aussi étonnant que cela paraisse, une carrière dans la force policière n?était pas le premier choix de ce fils du deuxième lit de Nundoolall Raddhoa, qui exerçait comme chauffeur pour le grand-père de Siddick Chady, avant de réussir à se mettre à son compte. à l?époque, chez les Raddhoa qui vivent à St Louis, Belle-Rose, on tire le diable par la queue car Jasoda, la mère de Harrydeo, élève non seulement les six enfants issus du premier mariage de son mari devenu veuf, mais également les cinq autres qu?il lui a donnés.
Ce qui fait que dès son plus jeune âge, Harrydeo doit travailler avant de se rendre à l?école au Belle-Rose RCA. Le seul secteur où l?on n?est alors pas pointilleux sur l?âge de l?employé est l?industrie sucrière. Il prête ses bras d?enfant à la coupe. Et même s?il est fatigué durant ses heures de classe, il s?accroche car il aime les études. Et loin de maudire une enfance sacrifiée au profit d?heures de dur labeur, il la vit comme un sport.
Son rêve est d?être enseignant
De ses années à l?école primaire, l?homme conserve le souvenir des classes de catéchisme qu?il ne manquait jamais, de même que les répétitions de la chorale. Une ouverture vers d?autres confessions religieuses, encouragée par son père et sa mère qui la pratiquent.
Tout en continuant à s?activer dans les champs, ne s?absentant jamais pour bénéficier des bonis de présence, Harrydeo poursuit ses études secondaires jusqu?en Form V au collège Eden. Son certificat empoché, il travaille pendant un an comme garde-chiourme, découvre l?univers de la Development Works Corporation en tant que surveillant. Il exerce aussi comme sirdhar à la mairie de Quatre-Bornes. Son rêve est d?être enseignant mais il ne se rend pas à l?interview y relative quand son coéquipier dans les champs lui fait comprendre que son absence équivaudra à une réduction du montant de leur journée.
La force policière offrant une sécurité d?emploi, il se laisse tenter et est recruté. Il commence alors sa formation. Le premier policier à qui il adresse la parole est un certain Sidick Farreedun qui deviendra plus tard un de ses plus proches collaborateurs. Sa première affectation est au poste de Vacoas. à peine y est-il qu?il goûte à son premier transfert punitif pour avoir verbalisé un chauffeur d?autobus qui s?est arrêté là où il n?y avait pas d?abribus. Il est envoyé à l?aéroport SSR et fait tous les jours le trajet Quatre Bornes-Plaisance et vice-versa. Il prend son mal en patience et participe à tous les examens pour monter en grade le plus vite possible.
C?est peu après son entrée à la police qu?il épouse sa cousine Soolekha, écrivain et secrétaire au ministère de la Pêche, qui lui donne trois enfants : Sharon, étudiante en business et marketing en Australie, Karen, étudiante en informatique à l?université de Maurice et Hanley, étudiant de Form VI au collège Royal de Curepipe.
Il sert ensuite au sein de la Riot Unit, est envoyé au poste de Quatre-Bornes après sa nomination comme sergent et ensuite à l?Anti-Drug and Smuggling Unit où il agit comme chef commis, organisant les opérations sur le terrain. Un commentaire dénigrant une équipe de football locale passé chez un parent devant des voisins est à la base de son transfert à la CID de Beau-Bassin. Il découvre alors que l?investigation lui convient le mieux. «Notre équipe avait réussi à contrôler la région. à tel point que pendant six mois, il n?y avait aucun cas de vol rapporté. C?est vérifiable cela.»
Remarqué par Raj Dayal qui est alors commissaire de police, il est envoyé à la CID de Curepipe où il passe deux ans. Quand Dayal est destitué, Harrydeo est envoyé au poste de Baie-du-Tombeau puis à celui de Terre-Rouge où il dépoussière les dossiers. Les habitants de Vallée-Pitot composent pendant un temps avec lui jusqu?aux élections de l?an 2000. Renvoyé à la CID de Curepipe, il s?illustre dans de nombreux cas d?assassinat que l?on sait, y compris dans les enquêtes menées par d?autres unités de la police. Il y reste jusqu?à son transfert au garage de la SMF le 16 octobre 2001. Il avoue avoir vécu l?enfer. «J?étais éc?uré. Il y a eu de grands moments d?abattement et même des pensées suicidaires. Mais ma famille, les encouragements d?amis journalistes et de fans, les procès en cour et la certitude que la roue de la fortune en cas d?injustice finit toujours par tourner, m?ont fait tenir le coup.»
Les hommes qui servaient sous lui autrefois et qui sont toujours à la CID de Curepipe, sont ravis de le retrouver. Sentiment partagé par lui, même s?il regrette les départs de Sidick Farreedun et Robert Raimbert, ses plus proches collaborateurs, sur qui il pouvait «compter à 100 %». Farreedun conserve de lui le souvenir d?un homme capable de travailler jusqu?à 78 heures d?affilée sans jamais se plaindre. Le second retient surtout sa patience et son sens de l?observation. Des défauts, ils ne lui en trouvent point.
«Il faut toujours dire ce que l?on pense»
D?où viennent alors ces critiques? Serait-ce son franc-parler qui lui joue des tours ? «Peut-être. Mais je refuse l?hypocrisie. Même si certaines vérités ne sont pas bonnes à entendre, on ne vit qu?une fois. à ce titre, il faut toujours dire ce que l?on pense».
Sont-ce ses méthodes qui ont terni son image de fin limier? «On a essayé de me coller toutes sortes d?étiquettes sur le dos mais personne n?a rien prouvé jusqu?ici. Mes méthodes sont sévères et fermes. J?agis avec détermination quand des informations sont vérifiées à propos d?un suspect. Et puis, quand quelqu?un entre dans le bureau de la CID. Il doit sentir que l?autorité est présente.»
Certains de ses collègues estiment qu?il ne recherche que la gloire. L?homme n?épouse pas cet avis. «Je pensais qu?en aidant, je les soulageais. C?est après que j?ai su que cela dérangeait. Il n?y a aucune gloire personnelle à tirer. C?est la police qui sort gagnante quand une enquête est résolue. Et puis, pendant les quatre ans que j?ai été mis sur une voie de garage, pourquoi ces collègues bien intentionnés ne se sont-ils pas illustrés dans des affaires comme Bassin-Blanc ou Ackmez Aumeer par exemple ? Enquêtes toujours non résolues. Nous n?avons pas la même vision des choses. Mais j?ai appris ma leçon. Je ne me mêlerai plus des enquêtes des autres. Sauf si on me le demande en négociant autour d?une table.»
Quelle est sa vision de la police ? «Je veux, qu?après mon retrait, que la CID de Curepipe soit devenue le garant de la sécurité. C?est ce que réclame le public et c?est ce que je ferai.» Foi de Raddhoa?
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