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La formation sur le tas et sur le tard du MMM
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La formation sur le tas et sur le tard du MMM
Terminons, aujourd?hui, avec les observations d?un commentateur anonyme, signant simplement ?Démocrate?, sur la crise d?identité que traverse innocemment le MMM en 1980 (voir la rubrique ?réminiscences? dans l?express d?hier matin). Du refus volontaire de ce parti d?assumer sa nature propre découle une série d?incohérences et de contradictions. Il parle à ce sujet d? ?acrobaties ahurissantes?, un commentaire guère éloigné de la confession d?un politicien, connu pour se vanter volontiers de ses ?coustiks? continuels et interminables. Avec le MMM, on passe ainsi d?une rupture avec le capitalisme à l?adoption d?un socialisme nouveau, d?une rupture avec le stalinisme à un approfondissement de la social-démocratie. Notre commentateur rappelle, fort à propos, que la social-démocratie veut réformer le capitalisme et non le supprimer. Il note, au passage, le désir de Paul Bérenger d?accréditer la thèse de Jean Ellenstein à l?effet que le fait totalitaire du stalinisme est une perversion historique du marxisme alors que pour Bernard Henry Levy et pour André Glucksmann le ?marxisme porte en lui-même le venin totalitaire?.
Dans ses fantasmagories politiques, Bérenger a beau jeu de vouloir atténuer les nationalisations rêvées par son parti, en faisant ressortir que la gestion des affaires courantes sera laissée aux employés. On sait l?insignifiance de ce terme quand le personnel d?une entreprise donnée est, soit totalement et naturellement désorganisé, soit artificiellement structuré afin de céder légalement ses droits et pouvoirs à une poignée d?activistes, ainsi totalitairement privilégiés, en raison d?un militantisme forcément plus efficace ou plus adroit que l?inertie habituelle de la grande majorité des personnes concernées. On voit mal l?inorganisation ?pot de terre?d?employés d?une entreprise pouvant lutter avec ce ?pot de fer? qu?est un Etat hyper-organisé politiquement, surtout s?il est animé de vieux rêves totalitaires et anti-libre entreprise, pouvant, en sus et à tout moment, légiférer pour renforcer, indûment et de la façon la plus anti-démocratique qui soit, le contrôle d?une poignée de privilégiés politiques ou syndicaux sur une masse par nature désorganisée. Parler alors d?économie de marché relève de l?utopie.
On retrouve, en 1980, les mêmes incohérences du MMM à l?égard de l?impérialisme soviétique. Ce parti se vante volontiers de ses manifestations anti-Kremlin au moment du Printemps de Prague de 1968 mais observe un silence assourdissant à l?égard des atrocités commises en 1980 par les Soviétiques en Afghanistan, silence contrastant avec sa contestation répétée et systématique des efforts du bloc occidental pour renforcer son dispositif défensif dans l?océan Indien, la revendication des Chagos donnant une justification locale à ses attaques anti-Occident.
Rien d?étonnant alors de voir le MMM changer, en 1980, ses options économiques avec tant d?ingénuité. Le blouson de cuir cède alors la place à la veste Cardin et à l?attaché-case. Ce parti, ou plus exactement son ?deus ex machina?, découvre tout juste ?les techniques d?administration, les mécanismes budgétaires, le contrôle financier, les méthodes de gestion, l?analyse comptable? et n?hésite pas à confesser publiquement son ?émerveillement?. Le prétendu sérieux des analyses économiques du MMM fait rigoler quand on sait qu?il ne dépasse pas le B.A. ba du premier étudiant venu en sciences économiques. ?C?est ce qu?on appelle la formation sur le tas? et sur le tard !?
Loin de faire du marxisme-léninisme sans le savoir, le MMM nage à l?aise dans des eaux essentiellement hypocrites. Il ne joue pas ?Le Bourgeois Gentilhomme? mais ?Le Tartuffe?. Ce parti se condamne ainsi à aller de contradiction en contradiction entre sa pensée, sa nature profonde et une rhétorique, devant devenir de plus en plus pragmatique.
Se pose alors la question de la responsabilité individuelle de chacun des intellectuels et des politiciens, ayant même temporairement soutenu activement et publiquement le MMM, depuis sa création. Peuvent-ils s?en sortir, comme Ponce Pilate, en se lavant les mains par rapport à toutes les élucubrations contradictoires de Paul Bérenger ? Espèrent-ils se laver de tout soupçon idéologique après avoir joué, à tel ou tel moment, le rôle de Judas vis-à-vis du même Bérenger et continuer, aujourd?hui encore, de plastronner grâce aux trente deniers de leur reniement ? Reste à savoir si la pratique d?une idéologie, perverse au départ, et savamment ?twistée? depuis pour la rendre acceptable au goût du jour, vaut encore mieux que de n?avoir aucune pensée politique (le propre des autres partis politiques locaux) et n?être que bouchon de champagne dans la tempête des mille et un tourbillons de l?actualité, tant locale qu?internationale. Plus grave encore : combien sommes-nous à accorder une once d?importance à la crise d?identité du MMM de 1980, la seule quête idéologique sérieuse dont peut se prévaloir notre marmite politique du dernier quart du XXe siècle ? Une réponse publique à cette question suffirait cependant à réveiller l?intelligentsia locale, plus endormie que jamais.
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