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O.I. : Diminution des forces plutôt que démilitarisation
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O.I. : Diminution des forces plutôt que démilitarisation
Beaucoup plus qu?aujourd?hui, il est fortement question, en 1980, du désir, unanime dit-on, pour ce que cela signifie, de faire de l?océan Indien une zone de paix. Cette année-là est certes celle de l?invasion de l?Afghanistan par l?Armée Rouge de l?Union soviétique tandis que, de nos jours, il est surtout question de l?occupation étatsunienne (et de ses alliés anglo-italiens) dans un Irak à feu et à sang depuis la chute, dans les conditions que l?on sait, de Saddam Hussein. La Russie de Poutine, aux prises avec la résistance tchétchène et consorts, n?a guère envie de soulever le petit doigt pour chasser les GI de l?Oncle Sam de Bagdad. Des points chauds donc, aujourd?hui comme en 1980, mais pas guerre froide. Il faut davantage que des points chauds, de nos jours, pour chauffer à blanc les passions à l?intérieur du bassin indocéanique.
Au début d?août 1980, le contre-amiral Philippe Lejeune, commandant en chef des forces françaises dans l?océan Indien, effectue une visite de courtoisie à Maurice. La presse en profite pour l?interviewer. Toute la presse n?a pas droit à ce privilège car pendant qu?un journaliste procède à cet entretien, ses collègues et confrères sont interceptés manu militari à l?entrée du Quai D par deux policiers, affirmant que, comme ils n?ont pas été avertis de cette rencontre médiatico-militaire, il n?est pas question d?accorder à certains journalistes la permission de rencontrer Philippe Lejeune, à bord de son navire de guerre, le Charente. La police a ses raisons que la raison ne saurait comprendre.
Philippe Lejeune estime que, autant il est raisonnable de réduire les forces navales et militaires postées dans l?océan Indien, autant il est impensable d?obtenir une démilitarisation totale de cette région. Il ne connaît pas Diego Garcia. Il ne pense toutefois pas que cette île puisse devenir une base stratégique devant révolutionner l?action militaire dans cette partie du monde. Il l?estime commode pour les transports aériens et les communications. Elle peut faire une bonne base de ravitaillement, d?escale, de relais. Elle ne sera pas une base d?agression importante. Il estime ?modestes et limités? les moyens de cette base.
Le danger dans l?océan Indien est davantage politique que militaire. Disons que les forces militaires sont une poudrière et les conflits politiques l?allumette pouvant communiquer le feu aux détonateurs et provoquer un embrasement explosif général et contagieux.
Invité à se prononcer sur l?appartenance des îles éparses dans le canal du Mozambique, il élude la question de droit et évoque plus volontiers une situation de fait. De facto donc, la France occupe Europa, Juan de Nova, les Glorieuses et Bassas da India. Elles sont certes revendiquées par Madagascar mais l?occupation française de fait permet à Philippe Lejeune de considérer ces îles françaises. L?interview ne dit mot de Tromelin. Le lecteur peut donc conclure que la France, occupant de facto ce banc de sable, le considère comme sa propriété bien qu?il soit continuellement revendiqué, sinon par le gouvernement mauricien, du moins par une certaine opinion publique et médiatique locale.
On retrouve le même silence mystérieux de la part de l?interviewer mauricien quand son invité déclare se réjouir de la publication au journal officiel français d?un accord mauriciano-français concernant la zone économique exclusive (ZEE) réunionnaise dans l?océan Indien. A la même époque pourtant, d?autres journalistes mauriciens font justement état d?un conflit entre Port-Louis et Paris au sujet de la frontière entre les ZEE de Maurice et la Réunion. Il va de soi que le tracé de cette frontière virtuelle change du tout au tout selon qu?on situe Tromelin dans le camp mauricien ou réunionnais. De tels silences médiatiques ne peuvent que nuire à la légitime revendication mauricienne à la restitution et à la rétrocession de Tromelin et des Chagos afin que ces îles lointaines fassent de nouveau, et de façon incontestable, partie du territoire mauricien et que la souveraineté de notre peuple sur elles soit dûment respectée par des pays dits amis.
Sinon, il est question dans l?interview du contre-amiral Philippe Lejeune de la présence navale et militaire française dans l?océan Indien et à la Réunion. Il minimise l?étiquette de ?gendarme de l?océan Indien? que d?aucuns veulent coller sur le dos de la France. Il s?en sort avec une image. La présence de quelques gendarmes et de policiers, au bord d?une autoroute ou dans les rues d?une ville, n?est pas pour autant le signe de la présence d?un Etat policier mais elle est assez dissuasive pour faire respecter l?ordre et la paix publique. Elle ne gêne guère les usagers pacifiques et honnêtes mais empêche les malfaiteurs d?agir librement et impunément. Qu?on se le tienne donc pour dit.
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