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Quelle efficacité ?
Le Premier ministre exagère à peine en proclamant que ?le changement a déjà commencé?. Il n?y a pas eu de big-bang depuis le 4 juillet dernier mais le changement est bien perceptible. En 38 jours, il y a eu une réorientation de la politique sociale et l?application prompte de certaines mesures populaires annoncées dans le manifeste de l?Alliance sociale. Toutefois, ce qui compte, ce n?est pas le changement en soi, mais les conséquences du changement.
Navin Ramgoolam cite, au début de son discours à l?Assemblée nationale hier, la réduction du nombre de ministres comme une illustration concrète du changement. C?est vrai qu?il a tenu parole sur cette question. Mais cette mesure, comme plusieurs autres évoquées par le Premier ministre, ne constitue pas une finalité. Il ne suffit pas de changer pour changer. Il reste à voir dans quelle mesure cela va améliorer les conditions de vie du Mauricien. En somme, le régime peut estimer avoir accompli son devoir seulement si le changement s?avère efficace. Pas avant.
Deux mesures emblématiques pour un Etat providence figurent parmi les actions citées par le gouvernement comme la preuve de sa volonté de changer notre vie : le transport gratuit et la réintroduction de la pension universelle. Dans les deux cas, on peut se demander si, à terme, cela ne conduira pas au chaos. Pour l?immédiat, le régime a beau jeu de revêtir les habits du Père Noël, mais ses cadeaux seront-ils supportables pour notre économie ? Les experts ont prévenu que le système de pensions va exploser à brève échéance, sapant même les acquis des classes défavorisées pour qui la pension de vieillesse est parfois vitale. Quand au transport gratuit à certaines catégories de passagers, il alourdit les dépenses de l?Etat à un moment où les déficits publics atteignent le plafond.
Pour que le changement modifie en profondeur la vie des Mauriciens, il faut aller au-delà des meures symboliques et de l?expression d?une volonté de bien faire. Il faut répondre à l?urgence d?un nouveau cap économique. Il s?agit de définir un projet qui porte une politique industrielle offensive, favorable à l?emploi. La politique généreuse qui est suivie ces temps derniers n?est pas durable si les conditions d?une économie prospère n?existent pas. Le Premier ministre n?a pas encore détaillé les actions qu?il prendra pour favoriser l?investissement productif et créateur de richesses.
De même, Navin Ramgoolam a donné peu d?indications sur les mesures qu?il compte prendre pour traduire dans les actes ce qui était pourtant l?axe central du programme politique des travaillistes : la démocratisation de l?économie. On peut comprendre qu?il est difficile de donner rapidement une forme concrète à ce slogan qui fut très mobilisateur mais il faut espérer que les ébauches d?un projet créatif seront connues avant l?expiration des cent jours.
Sur un plan plus politique, le changement passera par un référendum sur la réforme électorale. Ce mode de gouvernement peut surprendre de la part d?un dirigeant qui se dit un grand admirateur de l?ex-Premier ministre de Singapour, Lee Kwan Yew. Ce dernier ne se serait pas soucié de consulter son peuple aussi longtemps qu?il était convaincu, lui, d?agir dans l?intérêt de son pays. Dans le cas de la réforme électorale, des sommités mondiales ont réfléchi et trouvé ce qu?il convient de faire pour notre pays. Cela devrait suffire.
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