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Les premiers médecins ?made in Mauritius?

9 août 2005, 00:00

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Pour la première fois de son histoire, le pays voit débarquer des médecins généralistes formés à Maurice dans ses hôpitaux. Le Sir Seewoosagur Ramgoolam (SSR) Medical College de Belle-Rive délivre ses premiers diplômes, demain. 24 jeunes, dont 22 enfants du pays, recevront des mains du Premier ministre, Navin Ramgoolam, le précieux document qui leur permettra de soigner des malades.

Pour Rudra Pratap Narain Singh, pilote du projet et président du SSR Medical Trust, c?est l?aboutissement de ?cinq années sans sommeil?. Son désir de monter une institution pour former des médecins à Maurice date de 1996, lorsqu?il débarque de l?Inde. L?idée naît après que des amis lui racontent leur chemin de croix pour financer les études de médecine de leurs enfants à l?étranger.

Quelques mois plus tard, il débarque avec son dossier ?SSR Medical College? sous le bras au bureau du Premier ministre d?alors, Navin Ramgoolam. Celui-ci n?hésite pas à donner sa bénédiction. ?Il était emballé par le projet et m?a dit d?aller de l?avant. Il en avait compris l?utilité?, dit Singh. C?est d?ailleurs Navin Ramgoolam qui inaugure le bâtiment le 18 septembre 1999, après trois années de tracasseries administratives.

Reconnu comme centre d?excellence

Le plus difficile reste alors à faire. Habitués à accueillir leurs enfants après cinq ans d?études en médecine à l?aéroport de Plaisance, plus d?un se montre sceptique. ?Beaucoup à été dit sur l?établissement. Et dans la plupart des cas, il s?agissait de choses totalement farfelues?, déplore le président du SSR Medical Trust. ?Malgré tous les bâtons qu?on nous a mis dans les roues, nous sommes maintenant reconnus comme un centre d?excellence. De plus en plus d?étudiants viennent vers nous, y compris des enfants de médecins mauriciens. C?est une vraie reconnaissance.?

Aujourd?hui, 500 étudiants suivent des cours auprès de l?institution, qui est reconnue par l?Organisation mondiale de la santé. La moitié d?entre eux sont étrangers et viennent de pays aussi divers que l?Inde, le Canada, l?Afrique du Sud, le Népal ou encore la Nouvelle Zélande. Ils logent dans des dortoirs aménagés sur le campus.

Il faut dire qu?il y avait matière à critiques. Pas évident de faire confiance à une institution qui propose de former un médecin pour 20 000 dollars (Rs 600 000) soit moins de la moitié d?un équivalent indien et un cinquième du coût des cinq ans de médecine dans les pays européens.

Pour Singh, la meilleure preuve de la qualité de son établissement est celle des professionnels. Et, à ce titre, le président du SSR Medical Trust brandit le troisième rapport de l?International Advisory Committee, chargé de superviser l?évolution de l?établissement.

L?organisme, qui comporte des doyens de facultés de médecine d?universités étrangères, se montre, dans son rapport de juin dernier, très encourageant dans ses observations. ?Nous croyons que les facilités sont de loin meilleures que la plupart des collèges médicaux en Inde.? En conclusion, il soutient que ?le collège a atteint un standard élevé de qualité dans ses cours et a développé avec succès un programme qui répond à de très bonnes normes?.

Dans son rapport au sénat de l?université de Maurice, à laquelle est affilié le Medical College, sur les examens de juin, le professeur Gray, de l?hôpital universitaire de Durham en Grande-Bretagne, indique que ?les premiers gradués sont excellents et seront un vrai plus au système médical de l?île?.

Le promoteur du projet enrage. ?Comment se fait-il que les vrais spécialistes ne trouvent rien à redire sur le SSR Medical College, alors que des cadres d?organismes mauriciens trouvent que rien qui va au sein de l?établissement ? Certaines personnes sont des dangers pour ce pays?, s?emporte-t-il. Singh crie presque au complot. ?Au lieu de nous aider, certains voulaient nous tuer pour des raisons que seuls eux-mêmes connaissent. Heureusement que les tenants du pouvoir nous ont toujours soutenus?, indique l?homme d?affaires.

Le soutien des gouvernements successifs lui a cependant mis du baume au coeur. ?Peut-être n?aurions plus été là aujourd?hui sans leur soutien.? Aujourd?hui, une quarantaine de médecins, provenant surtout de l?Inde, et des médecins mauriciens, sont au service des étudiants du SSR Medical College pour lequel son président a de grandes ambitions. ?Nous voulons devenir une référence mondiale en la matière?, soutient ce dernier.

AVANTAGES

Coût et proximité familiale

■ Assises dans le bureau de Rudra Pratap Narain Singh, président du SSR Medical Trust, qui opère l?établissement, Uzmah Malabaccus et Bhavna Tohodoo racontent leur expérience vécue dans l?établissement.

?Etant donné que nous étions les premières à venir étudier ici, nous avions quelques appréhensions. Les profs n?ont cessé de nous mettre à l?aise et de nous rassurer faisant disparaître nos craintes?, soutient Uzmah. Son amie Bhavna acquiesce en ajoutant qu?elle a trouvé les médecins des hôpitaux qui venaient dispenser des cours ?très coopératifs?. Si elles ont opté pour le SSR Medical College, c?est notamment en raison des coûts. Mais ce n?est pas le principal. Pour certains étudiants, le fait de pouvoir rester à Maurice est également un facteur déterminant.

?Le facteur coût était très certainement important tout comme l?était le fait de pouvoir rester dans le giron familial?, assure Bhavna. ?Je n?avais pas vraiment envie de me couper de ma famille pour si longtemps?, ajoute-t-elle. Si le collège n?existait pas, la majorité de ces étudiants serait probablement allée dans une institution d?Europe de l?Est. C?est ce que confirment Bhavnah et Uzmah.

Après avoir passé cinq ans sur les bancs de l?établissement de Belle-Rive, 24 médecins formés au SSR Medical College font leur internat dans une institution publique de santé pendant un an avant de pouvoir voler de leurs propres ailes. Leur diplôme, reconnu par l?Organisation mondiale de la santé, leur permet d?exercer dans n?importe quel pays.

INFRASTRUCTURE

Bâtiment et équipements à la pointe de la technologie

■ Vu de l?extérieur, le SSR Medical College paraît plutôt sinistre. Un immense bâtiment, avec peu d?ouvertures vitrées, flanqué de bâtiments séparés pour les dortoirs accueillant des étudiants étrangers. L?humidité élevée de Belle-Rive fait que les édifices sont gris et ça n?inspire guère confiance. Mais, une fois qu?on a franchi le hall d?entrée, le décor change. Le blanc domine, est omniprésent. A un moment, l?on se croirait dans un hôpital. Les élèves en blouses blanches circulent dans les couloirs, vont d?une classe à l?autre, d?un cours à l?autre. Ça fourmille. Les quatre étages de l?institution en font un vrai labyrinthe. De laboratoires en salles de classe en passant par des salles de dissection ou des laboratoires informatiques, la visite est longue. Les départements se succèdent : anatomie, physiologie, biochimie, pharmacologie, microbiologie, pathologie, médecine générale, pédiatrie, pour ne nommer que ceux-là. En tout, le collège compte une vingtaine de départements. La fierté du moment est le département dédié à la dentisterie. Plusieurs chaises de dentistes flambant neuves, réparties dans plusieurs salles, attendent la poignée d?étudiants qui y sont inscrits. Le promoteur Singh concède toutefois que le bâtiment n?est pas totalement terminé. ?Nous sommes constamment en chantier et cela sera ainsi pour encore un moment.? En témoignent les nouveaux dortoirs pour les filles, en construction.

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