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Créer l?école de demain
Aujourd?hui, plus que jamais, il est urgent, ici et partout ailleurs, d?enclencher une réflexion sur ce qui doit être enseigné à l?école et sous quelle forme. On le sait, depuis fort longtemps, que fondamentalement, l?école doit apprendre à l?enfant à se comporter dans le sens du devoir, lui indiquant ce qu?il doit faire ou s?abstenir de faire. Elle doit offrir une éducation destinée à faire de lui un adulte de demain, en l?introduisant au monde qu?il ne connaît pas et dont elle est la représentante.
Dans son rapport avec ce monde, son rôle est donc de le sortir de ses instincts primitifs pour le conduire (du latin ?educere? qui signifie ?conduire hors de?) aux valeurs universelles du monde. La discipline aidant, elle peut transformer l?animalité en l?humanité. Elle se fait ainsi elle-même un système qui pratique la culture par contraintes en se donnant pour objectif d?humaniser.
Cependant, si, de ce fait, l?école se doit d?imposer des contraintes à l?enfant, celui-ci, en revanche, a le droit d?être informé de ce à quoi le mènent ces contraintes. Il importe qu?il reconnaisse qu?il est inséré dans un système où l?art de l?éducation exige qu?il soit éduqué d?après son futur possible. Mais trop souvent, le système actuel a tendance à inverser le procédé, cherchant par-là à motiver l?élève d?abord plutôt que de le faire travailler avant toute chose. Dans la pratique, et cela est scientifiquement vérifié, il ne peut s?intéresser qu?à ce pour quoi il a beaucoup travaillé. C?est, par ailleurs, le moyen idéal de le faire passer du monde de l?enfance à celui de l?adulte.
Il n?est, de ce fait, pas à l?avantage de l?enfant d?être toujours habitué à tout voir comme un jeu. Certes, le jeu est ce qu?il y a de plus important dans l?apprentissage : la pédagogie ne saurait être purement livresque. Et ça, nul ne l?ignore. Mais il importe de ne pas oublier que l?objectif même du jeu est de conduire l?enfant à l?autonomie de la pensée : concrètement, il vient à l?école pour apprendre à penser. Mais comment l?école d?aujourd?hui peut-elle assurer une réussite en se donnant pour objectif une telle mission ?
De nos jours, la tendance est celle d?une pédagogie moderne qui adopte la conception que le professeur n?est pas là pour déclencher le désir d?apprendre de l?élève, mais seulement pour faire de telle sorte que ce dernier mette en route lui-même son propre désir. Libéral ou démocratique, ce mode d?enseignement, fort souhaitable, peut cependant générer bien de mauvaises tendances.
On a osé réclamer l?égalité entre le maître et l?élève. On a voulu effacer l?écart entre les deux. Plus de maîtres mais des individus égaux. Plus de maîtres, mais des guides du savoir. On a cependant oublié qu?une certaine forme d?autorité est quelque part une certaine forme de responsabilité du monde. Pour devenir un citoyen libre dans un pays démocratique, il faut d?abord avoir le sens de la responsabilité, c?est-à-dire rentrer dans l?ordre. L?éducation des enfants doit toujours supposer la reconnaissance d?un maître alors que la tendance aujourd?hui est de suspecter ce maître.
L?enfant n?est pas uniquement de l?école, du village ou du pays. Il est du monde. Mieux, de l?univers. Ses problèmes sont d?abord d?ordre humain et le seront toujours. Comment peut-il les affronter si le système scolaire dans lequel il est enfermé lui offre une éducation aux connaissances compartimentées dans diverses disciplines ? L?être humain qu?il est, est complexe par définition. Les réponses à ses questions ne peuvent se trouver dans une discipline quelconque. Il lui faut établir des passerelles entre les divers savoirs pour les trouver.
L?enfant est donc, comme tout adulte, un être culturel qui a une réalité universelle. Il lui faut deux types d?enseignement. Le premier est d?ordre scientifique. Il sera technicien, informaticien, médecin, sismologue? Le deuxième relève de la culture des humanités. Il apprendra à juger, à se donner une identité, à repérer lui-même ses erreurs et ses illusions, bref à affronter la réalité et ses problèmes avec épistémologie.
A l?école, à l?université, la littérature est la passerelle la plus idéale entre diverses disciplines capables de nous offrir la connaissance que nous pouvons avoir de nous-mêmes. Mais force est de constater que les systèmes pédagogiques actuels, partout dans le monde, tendent à ?scientifiser? l?enseignement de la littérature. Ils négligent l?importance de réconcilier les professeurs de français avec la littérature. Par un détour, presque spectaculaire, ils leur apprennent même à en faire le deuil. Du coup, l?enseignement de la langue est plus centré sur la forme. De même, dans l?enseignement des sciences humaines et sociales, l?histoire (aussi importante que la littérature) est également négligée.
Les anciens sont de plus en plus rangés au placard. L?histoire et l?histoire de la littérature brillent par leur absence. L?élève découvre des nouveautés sans vraiment savoir ce qui est à leur origine (tout ce qui est nouveau procède forcément de l?ancien). Il ne parvient pas à découvrir, d?un regard neuf, une problématique qui appartient à l?histoire. Résultat : nos étudiants savent pour la plupart décortiquer un texte qui relève des sciences humaines, mais ils ignorent de quoi ils parlent lorsqu?ils sont amenés à l?interpréter ! L?enfant devient adulte par l?éducation, dit-on. Pour l?instant, notre système éducatif lui apprend à répéter sans penser ! Il ne faut pas plus pour repenser l?école de demain.
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