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Remise en cause
La mauricianisation des examens du secondaire est un thème que les dirigeants politiques et les techniciens de l?éducation s?arrangent pour exclure du champ des débats publics. Pourtant, cela fait longtemps que des pays semblables au nôtre ont commencé un sevrage progressif avant de se débarrasser complètement de Cambridge au bout de quelques années.
Les enseignants du secondaire qui sont invités, ce matin, à assister à une causerie qu?anime Christiane Daw, ?Group Manager? de Cambridge International Examination (CIE) doivent surtout s?interroger sur le maintien de ce lien démodé avec l?institution britannique. Certes, les enseignants peuvent continuer à s?enrichir au travers d?interaction avec les professionnels des universités étrangères. Mais, en vertu de quel raisonnement la mauricianisation des examens du secondaire doit-elle demeurer un sujet tabou ?
Toutes les colonies africaines de l?ancien Empire britannique ont rompu le lien avec Cambridge. Elles ont opté pour des examens préparés et corrigés par des locaux. D?ailleurs, il suffit d?entrer sur le site de l?institution britannique pour constater le retard de Maurice : ?CIE International A Levels are offered ? as the national examinations of certain Commonwealth countries such as Singapore and Mauritius.? Le Singapour a des particularités qui justifient son attachement à Cambridge. En revanche, il y a une foule de raisons qui justifierait la fin de cet archaïsme en ce qui nous concerne.
Oublions les sentiments nationalistes qui peuvent pousser certains à rejeter la dépendance envers Cambridge. Restons sur le plan de l?argumentation économique. Pourquoi faut-il payer à une institution étrangère une centaine de millions de roupies pour des services qui peuvent être fournis tout aussi bien par des Mauriciens ?
Dans deux jours, les premiers médecins formés par le SSR Medical College de ?Belle-Rive? recevront des diplômes délivrés par l?université de Maurice. Or, cette même institution, en concertation avec le MIE et le MES, ne serait toujours pas capable de préparer des sujets d?examen pour le secondaire et de corriger les épreuves des candidats ?
Un argument fallacieux est parfois avancé pour rejeter d?emblée l?idée de se séparer de Cambridge. Il tend à faire croire qu?un certificat délivré par l?université de Maurice priverait ses titulaires de la possibilité de se faire admettre dans des universités prestigieuses. Cela est évidemment totalement faux car les équivalences de diplômes se négocient plutôt facilement entre les autorités concernées. Par exemple, les élèves qui ont fait leurs études au Lycée polytechnique de Flacq et qui ont passé des examens entièrement préparés à Maurice peuvent poursuivre des études d?ingénieur en France.
De toute façon, même si on peut comprendre que pour des raisons sentimentales ? ou de méfiance ? les gens préfèrent que l?examen du HSC reste sous le contrôle total de Cambridge, il est incompréhensible que celui du SC le demeure aussi. Contrairement au HSC, le SC n?est pas un examen qui ouvre la voie à l?université ou à des bourses. Il n?y a vraiment pas lieu de confier la préparation d?un examen de la ?Form V? à une institution qui est aussi chère que Cambridge. Les syndicats des enseignants devraient, en premier lieu, se battre pour que l?argent qui est versé chaque année aux correcteurs britanniques soit distribué plutôt à ceux de leurs membres qui seront commis aux tâches d?examen.
En outre, les dirigeants gagneraient à engager la réflexion sur la mauricianisation des examens pour mieux garantir la pertinence des programmes d?études. Le ?syllabus? de Cambridge convient, avant tout, aux petits Britanniques.
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