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Liaison France-Maurice, l?objet des convoitises

8 août 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Peu de liaisons peuvent susciter autant de convoitises après plus de 40 ans. Loin d?être une fleur fanée, la ligne aérienne Paris-Maurice est comme le bon vin qui se bonifie avec l?âge. Chaque année, elle devient plus productive, prouvant le grand amour qui existe entre les touristes français et la destination mauricienne.

Jusqu?ici, Air France et Air Mauritius ont été les seules à desservir cette route. Mais il sera bientôt question d?un ménage à trois. Le gouvernement mauricien accepte finalement ce que l?Etat français voulait depuis l?an dernier : l?axe France-Maurice passera de la monodésignation à la pluridésignation. Ainsi, chaque pays pourra désigner plus d?un transporteur.

Étant donné que Maurice n?a qu?Air Mauritius comme compagnie aérienne, tous les yeux se tournent vers l?Hexagone. Jusqu?ici, trois sociétés se sont montrées intéressées à desservir Maurice : Corsair, Star Airlines et Air Austral. Les trois intensifient leur lobbying depuis que le gouvernement mauricien s?est dit prêt à accueillir un deuxième transporteur français. Alors que Corsair s?est offert les hôteliers comme supporters, Star Airlines et Air Austral ont lancé une opération de charme visant à faire succomber le gouvernement. Corsair veut entrer sur le marché garanti qu?est la ligne Paris-Maurice, Air Austral compte proposer du Paris-Réunion-Maurice. Star Airlines compte, elle, offrir une route Paris-Nice-Maurice. ?Le nouvel entrant doit apporter de la valeur ajoutée à ce qui existe déjà, démontrer un potentiel de développer davantage l?axe France-Maurice?, soutient Megh Pillay, directeur general d?Air Mauritius.

Le privilege des droits acquis

Il ne faut toutefois pas se leurrer : le choix final est une prérogative de l?Etat français. Ce dernier prêtera, certes, une oreille aux sentiments des Mauriciens, mais ne se laissera pas dicter son choix.

A ce jour, Air France et Air Mauritius opèrent 17 fréquences hebdomadaires entre Paris et Maurice. Les deux transporteurs admettent qu?il y a déjà surcapacité. En pleine saison, les avions sont remplis à 80 % alors qu?en période creuse, ce taux baisse jusqu?à 60 %. L?an dernier, 210 000 touristes français sont venus à Maurice alors que 27 000 Mauriciens se sont rendus en France. ?Il y a deux compagnies allemandes qui desservent Maurice, même si l?Allemagne n?est pas votre principal marché émetteur de touristes. Alors pourquoi pas deux compagnies françaises ?? se demande Cédric Pastour, fondateur et conseiller du président de Star Airlines.

Le principe de la multidésignation sur l?axe France-Maurice est acquis mais ses ramifications sont complexes. Air France et Air Mauritius disposent de droits acquis (grandfather rights) sur la desserte Paris-Maurice. Dans l?aviation, ce privilège est accordé aux compagnies qui ont créé et aidé à développer une desserte particulière. Air France dessert Plaisance depuis 1945. L?accord bilatéral repose sur une parité de capacité entre les opérateurs des deux pays. Le nouvel entrant n?obtiendra de vols additionnels uniquement par rapport à la croissance anticipée de la demande. Et il faudra tout partager. Par exemple, si les autorités estiment que l?augmentation des arrivées françaises justifie la mise en service de deux nouveaux vols, la partie mauricienne (donc Air Mauritius) en obtiendra un et la partie française l?autre. Les deux transporteurs français auront alors à se chamailler.

Dans la situation actuelle, le deuxième transporteur français n?obtiendra qu?un vol hebdomadaire entre la France et Maurice. Une fois désigné, ce deuxième transporteur français aura besoin d?un minimum de six mois pour préparer son premier vol vers Maurice. Ainsi, ce n?est pas avant l?année prochaine que Star Airlines, Corsair ou Air Austral débutera la desserte France-Maurice.

Et ceux qui s?attendent à une guerre de prix seront déçus. Aucun des nouveaux entrants n?est disposé à se lancer dans une telle pratique vu l?augmentation des coûts dans l?aérien. Le billet France-Maurice ne devrait donc pas coûter moins cher. ?Le client trouve toujours qu?il paie son voyage trop cher, mais il paie également la nuit d?hôtel trop cher. Il y a de vraies réflexions à faire sur la politique tarifaire des hôtels à Maurice?, précise Cédric Pastour.

L?ouverture du ciel est une chose, mais le marketing de Maurice et le prix des chambres en est une autre. Reste que Maurice est essentiellement un marché de forfaits, et les différents partenaires ne peuvent plus se regarder en chiens de faïence. L?ouverture, c?est pour tout le monde.

<B>Une seule place pour trois prétendants</B>

Overbooking sur la ligne France-Maurice. Trois prétendants jouent des coudes pour obtenir un siège qui sera alloué par l?Etat français. Si Corsair, Star Airlines et Air Austral luttent ferme, c?est bien parce que rien n?est encore joué.

A ce jour, Star Airlines jouit d?une petite longueur d?avance car sa proposition comprend l?ouverture d?un nouveau marché dans le sud de la France. Il compte effectuer un vol Paris-Nice-Maurice chaque semaine. Les 364 sièges de l?Airbus A330 seront répartis également entre Paris et Nice.

Star Airlines misera beaucoup sur l?aéroport de Nice, le deuxième plus important de France, et une zone de chalandise de dix millions d?habitants s?étalant de Marseille à Gênes (Italie) via Cannes et Monaco. ?Le trafic typologique d?un vol direct entre Nice et Maurice est largement constitué de passagers haut de gamme, ce qui est en parfaite adéquation avec la politique de développement touristique de Maurice ?, déclare Cédric Pastour, fondateur de Star Airlines. Vu qu?il n?offrira pas de vol direct entre Paris et Maurice, Star Airlines dit qu?il ne sera qu?un faible concurrent pour Air Mauritius et Air France au départ de la capitale française : seulement 7 % de l?offre totale de sièges sur l?axe Paris.

Corsair ne l?entend pas de cette oreille. La deuxième plus importante compagnie aérienne française tente de desservir Maurice depuis des lustres. Maintenant qu?une brèche est ouverte, elle ne lâchera pas prise. Corsair fait partie du très puissant TUI, le plus important voyagiste européen.

<B>L?impact sur Air Mauritius</B>

Son intégration verticale est impressionnante : 3 600 agences, 104 avions, 285 hôtels avec 157 000 lits, et 37 agences réceptives. Les hôteliers mauriciens ont été séduits par ce potentiel. Et ce, même si le groupe TUI a la réputation d?être un négociateur difficile pour le prix des chambres. ?Corsair dispose d?un réseau qui amènera puis transportera les touristes vers les chambres que TUI aura déjà prises ici. En nous ouvrant à Corsair, nous nous ouvrons à toute la machine TUI?, explique le responsable d?un hôtel du Nord-Ouest. Corsair compte opérer un vol hebdomadaire entre Paris (probablement Orly) et Plaisance avec des Boeings 747. Ces avions transportent jusqu?à 587 passagers.

Si le choix d?un deuxième transporteur français ressemble à une partie de chaises musicales, Air Austral s?est fait l?invitée surprise. La compagnie réunionnaise dessert déjà Maurice au départ de l?île soeur mais veut maintenant le gros morceau. Elle détient une flotte de Boeing 777 pour le long-courrier, et veut opérer un vol Paris-Réunion-Maurice. Opérant déjà des vols Paris-Réunion et Réunion-Maurice, elle veut une dérogation pour créer cette nouvelle ligne.

Cette idée n?est toutefois pas du goût des autorités mauriciennes qui ne veulent pas que le tourisme dépende de l?île soeur. Selon elles, la liaison Paris-Réunion est un vol domestique français qui bénéficie de nombreuses subventions fiscales. Air Austral étendrait donc simplement un vol domestique vers Maurice tout en jouissant d?un marché garanti entre Paris et Plaisance.

Dans son plan stratégique sur l?accès aérien publié en début d?année, Netherlands Airport Consultants avait souligné que la multidésignation sur la route France-Maurice équivaudrait à un grand pas vers une libéralisation totale, étant donné que la France est le plus important marché touristique du pays. Les Néerlandais avaient recommandé l?octroi des droits d?atterrissage à Star Airlines, mais sous certaines conditions.

L?Etat devra toutefois agir comme garde-fou, en limitant les fréquences des vols et surveiller la qualité du service. Il aura également à suivre de près l?impact de la compétition sur Air Mauritius. Après tout, la compagnie nationale d?aviation est cruciale pour la pérennité du tourisme mauricien. Il n?empêche qu?il y a surréservation sur la desserte France-Maurice. Et deux transporteurs français essuieront un refus d?embarquement prochainement...

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